Les nitazènes, opioïdes de synthèse interdits en France depuis 2024, continuent de circuler et de provoquer des overdoses mortelles. Jusqu’à 40 fois plus puissants que le fentanyl, ces produits échappent souvent aux tests classiques et se retrouvent mélangés à d’autres drogues.
Interdits en France depuis 2024, les nitazènes, des opioïdes de synthèse 40 fois plus puissants que le fentanyl, se propagent en Europe et inquiètent de plus en plus les autorités sanitaires. Leur détection difficile et leurs effets fulgurants en font une menace sanitaire majeure.
Les nitazènes ont été développés dans les années 1950 et 1960 en Suisse pour remplacer la morphine, mais jamais autorisés pour un usage médical, ils sont apparus sur le marché européen en tant que substance récréative en 2019.
Depuis leur interdiction en France le 9 juillet 2024, ils circulent pourtant toujours sur le marché noir, généralement incorporés dans l’héroïne, les benzodiazépines ou l’oxycodone.
Et leurs effets sont dévastateur : ils sont jusqu’à 40 fois plus puissants que le fentanyl selon l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), 250 fois plus que l’héroïne et 500 fois plus que la morphine. Même de très faibles doses peuvent provoquer une overdose quasi immédiate, parfois fatale.
Une drogue difficile à détecter
Les nitazènes échappent à la plupart des tests toxicologiques classiques. Consommés sous forme liquide, en poudre ou en comprimés, ils provoquent une euphorie intense, mais mettent rapidement le système nerveux en danger. Les symptômes d’overdose incluent une respiration lente ou arrêtée, des nausées, une somnolence extrême et un risque de coma.
Le mélange avec d’autres substances pour augmenter la puissance ou réduire les coûts de production accroît encore le danger. Les usagers sont souvent exposés sans le savoir, ce qui explique le nombre élevé d’intoxications involontaires.
Une propagation alarmante en Europe
Le Wall Street Journal rapporte que les autorités de santé redoutent une «catastrophe sanitaire publique majeure» si les réseaux criminels européens, notamment albanais, turcs, italiens ou mexicains, se lancent massivement dans la distribution de nitazènes.
Le Royaume-Uni est déjà frappé de plein fouet. En dix-huit mois, 400 décès par overdose ont été recensés, selon l'étude du chercheur Adam Holland, dont une grande partie liée à ces opioïdes de synthèse. L’Écosse, où la mortalité par overdose est la plus élevée d’Europe, connaît une situation particulièrement critique.
Les autorités sanitaires européennes, appuyées par l’ANSM en France, alertent sur le risque d’une diffusion rapide si les réseaux criminels se lancent dans leur distribution à grande échelle. Vanda Felbab-Brown, chercheuse à la Brookings Institution, a assuré auprès de la BBC qu'«une expansion de ces produits en Europe pourrait provoquer une catastrophe sanitaire majeure ».
Les nitazènes ne se limitent pas à l’Europe et aux États-Unis. En Afrique de l’Ouest, ils sont incorporés dans des mélanges locaux comme le kush, provoquant des effets graves : endormissements, chutes et chocs à la tête. Plusieurs pays, dont la Sierra Leone, la Guinée et le Liberia, ont dû déclarer l’état d’urgence sanitaire face à cette menace.