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Etats-Unis : pourquoi ce shutdown s'annonce-t-il plus menaçant que les précédents ?

Le shutdown le plus long de l'histoire des États-Unis a duré trente-cinq jours. [REUTERS/Ken Cedeno]

Les Etats-Unis sont entrés en période de paralysie budgétaire ce mercredi, entraînant le gel d'une partie de l'administration fédérale et des conséquences en cascade.

Les Etats-Unis ont connu une vingtaine de shutdowns depuis 1976. On pourrait penser le pays rompu à l'exercice, pourtant cette nouvelle paralysie budgétaire, entrée en vigueur à minuit dans la nuit de mardi à mercredi (04h00 GMT), pourrait être plus redoutable que les précédentes.

En matière d'emploi notamment, l'addition s'annonce salée, puisque le Bureau budgétaire du Congrès estime que quelque 750.000 fonctionnaires seront quotidiennement mis au chômage technique, avec une solde différée.

Les fonctionnaires considérés comme «essentiels» doivent continuer à venir travailler mais sans être payés. Cela concerne notamment les militaires en service actif, les forces de sécurité, le contrôle aux frontières ou encore les contrôleurs aériens. Mais aussi l'entretien des réseaux électriques ou les soins médicaux hospitaliers. Pour les agents «non essentiels», la paralysie entraîne du chômage partiel, sans rémunération, jusqu'à ce qu'un budget soit voté.

Ce genre de mises à pied temporaires est monnaie courant en période de shutdown mais, cette fois-ci, il semble être davantage question de licenciements massifs et définitifs. 

Donald Trump n'a en effet pas caché son intention de profiter de cette paralysie budgétaire pour «faire des choses qui sont irréversibles, qui seront mauvaises pour eux (les démocrates, ndlr). Comme licencier de nombreuses personnes, mettre fin à ce qu'ils aiment, cesser les programmes».

Pour la Maison Blanche, c'est l'occasion de reprendre le démantèlement de certaines administrations, amorcé par Elon Musk au printemps dans le cadre de sa Commission à l'efficacité gouvernementale (Doge).

La particularité de ce shutdown réside également dans le fait qu'aucune des 12 lois dites «d'appropriation» n'a encore été votée cette année. Sachant que celles-ci déterminent les crédits des ministères et agences fédérales, cela signifie qu'aucune administration fédérale dépendante de ces fonds n'échappe au blocage.

Cela implique des conséquences multiples telles que la fermeture totale ou partielle de certains parcs nationaux et des musées, un temps allongé pour passer la sécurité dans les aéroports, une réduction des contrôles sur l'alimentation ou l'environnement ainsi que des perturbations pour certains programmes d'aide alimentaire.

0,2 point de croissance perdu chaque semaine

«Les anciens combattants perdent les soins de santé et les programmes de prévention du suicide. La Fema (l'agence américaine de réponse aux catastrophes naturelles, ndlr) perd des moyens pendant la saison des ouragans. Les soldats et les agents de la sécurité aérienne ne sont PAS PAYÉS», a encore énuméré Mike Johnson, président républicain de la Chambre des représentants.

Pour l'instant, Wall Street ne souffre pas de la situation, mais les marchés gardent un oeil inquiet sur son évolution. A l'heure actuelle, leur souci principal est l'incertitude liée à la suspension de la publication des statistiques officielles de l'emploi, du chômage et de l'inflation, en raison de la mise à l'arrêt de Département du travail.

De réelles conséquences macroéconomiques pourraient en revanche être à craindre si la paralysie budgétaire se maintient dans le temps. D'après une estimation de la compagnie d'assurance NationWide, chaque semaine de blocage pourrait en effet réduire la croissance de 0,2 point de pourcentage.

Le shutdown le plus long de l'histoire des États-Unis, et également le dernier en date, a duré trente-cinq jours en décembre 2018 et janvier 2019, sous la présidence de Donald Trump. En moyenne, depuis le premier en 1976, la paralysie n'a cependant duré que huit jours.

Dans les faits, le blocage peut durer aussi longtemps que le bras de fer continue entre républicains et démocrates. D'un côté, les républicains proposent une extension du budget actuel jusque fin novembre. De l'autre, les démocrates veulent obtenir le rétablissement de centaines de milliards de dollars en dépenses de santé, notamment dans le programme d'assurance santé «Obamacare» pour les ménages des classes populaires, supprimés par l'administration Trump.

Or, si les républicains disposent de la majorité aux deux chambres du Congrès, le règlement du Sénat fait qu'un texte budgétaire devra être adopté à 60 voix sur 100, nécessitant donc au moins sept voix démocrates. Tant que chacun campe sur ses positions et rejette la responsabilité sur l'autre, les négociations resteront donc dans l'impasse. Le pays aussi.

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