Un jour de vote historique en Centrafrique. Les citoyens sont appelés aux urnes pour quatre scrutins différents ce dimanche 28 décembre. Ils vont voter simultanément pour les élections municipales, régionales, législatives et présidentielle.
Toute la politique centrafricaine va peut-être basculer ce dimanche. Le président en poste depuis 2016 Faustin-Archange Touadéra, qui a modifié la constitution en 2023 pour pouvoir se représenter indéfiniment, fera face à six candidats dans la présidentielle. Un vote qui se fera au suffrage universel direct, avec des élections municipales pour la première fois depuis 1988.
Les yeux seront rivés sur le possible changement de président. Anicet-Georges Dologuélé, deuxième lors des deux dernières présidentielles, et Henri-Marie Dondra, ancien premier ministre de Touadéra, sont les principaux opposants au pouvoir. Ils ont dû batailler pour faire valider leur candidature, les conditions d’éligibilité étant très restrictives.
un bilan positif pour le président sortant
Le premier, qui avait contesté le résultat de l’élection de 2020, considère que cette année, «devant les urnes, les électeurs parleront avec leur cœur». Le second, en conflit avec le parti présidentiel, reproche au pouvoir des dérives depuis qu'il a quitté le gouvernement, tout en reconnaissant son bon bilan.
En effet, le président sortant a de nombreux arguments en sa faveur, en plus de moyens supérieurs pour sa campagne. Pour une bonne partie de ses soutiens, il a grandement amélioré la sécurité dans le pays, après le coup d’État de la coalition rebelle Séléka.
Depuis, les gendarmeries et les tribunaux ont fleuri dans le pays. Plusieurs groupes rebelles ont fui ou déposé les armes. Le pouvoir a fait appel à des alliés, l’armée du Rwanda et les mercenaires russes du groupe Wagner, pour sécuriser la population. Quelques inquiétudes persistent à l’est du pays, qui subit les effets de la guerre civile au Soudan.
A l’approche de l’élection, les partisans de Touadéra ont distribué des cadeaux aux Centrafricains pour inciter à la réélection leur président, annonçant un troisième mandat où l’économie bénéficiera à la population.
Sous surveillance de l'ONU
Les opposants restent critiques face à la situation. Ils considèrent que les routes sont neuves, mais les hôpitaux et les écoles délabrés. Les salaires sont payés à temps mais il est difficile de manger à sa faim chaque jour. «Il n’y a plus d’argent, mais on ne sait pas où il passe», dit-on sur place.
En plus de la présidentielle, il faudra aussi surveiller les élections législatives. En 2021, le parti Mouvement Cœurs Unis (MCU) du président n’avait remporté que 40 des 140 sièges de l’Assemblée nationale. Bien loin des 71 nécessaires à une majorité absolue.
Par ailleurs, le pays va connaître ses premières municipales depuis 1988. Une absence qui avait peu à peu renforcé la centralisation du pouvoir. L’ONU, dans l’accord de paix signé en 2019, avait imposé le retour de cette élection, tout en déployant la mission MINUSCA. Même libre et en paix, la Centrafrique conserve les stigmates de sa guerre civile.