L'île de Kharg, située à quelques kilomètres des côtes iraniennes dans le Golfe est menacée par Donald Trump. Les Américains auraient l'ambition de se saisir de ce point stratégique pour la stabilité économique du régime des mollahs.
Un point crucial. L'île de Kharg est une petite terre d'à peine 25 kilomètres carrés, située à quelques kilomètres des côtes iraniennes : c'est ici que se trouve le principal terminal d'exportation du pétrole iranien. Ce lundi 30 mars, Donald Trump a menacé d'anéantir l'île si les discussions avec Téhéran n'aboutissaient pas.
Sur Truth social, le président américain a pourtant salué les «énormes progrès» réalisés selon lui dans les «discussions sérieuses» entamées «avec un régime nouveau et plus raisonnable» afin de «mettre fin» aux opérations militaires en Iran.
Mais si «pour une raison quelconque un accord n’est pas conclu rapidement [...] et si le détroit d'Ormuz n'est pas immédiatement "ouvert aux affaires", nous conclurons notre charmant "séjour" en Iran en faisant exploser et en anéantissant complètement toutes leurs centrales électriques, leurs puits de pétrole et l'île de Kharg (et peut-être toutes les usines de dessalement !), que nous avons délibérément choisi de ne pas encore "toucher"», a-t-il ajouté.
De précédentes menaces
Donald Trump multiplie depuis des jours les déclarations visiblement contradictoires, entre ouverture vers l'Iran pour trouver une issue négociée à la guerre et menace d'une amplification des combats avec intervention de troupes américaines sur le sol iranien.
Le 13 mars dernier, il avait annoncé des frappes ayant «complètement détruit» des cibles militaires sur Kharg, notamment «la base navale Joshan, la tour de contrôle de l'aéroport et le hangar à hélicoptères de la Continental Shelf Oil Company». A l'époque il avait déjà menacé de s'en prendre aux «infrastructures pétrolières», assurant les avoir volontairement épargnées jusqu'ici.
En réponse, l’armée iranienne avait promis de «réduire en cendres [...] toutes les installations pétrolières, économiques et énergétiques appartenant à des compagnies pétrolières de la région en partie détenues par les États-Unis ou qui coopèrent avec les États-Unis».
«le pétrole iranien est secondaire pour le reste du monde»
Selon un rapport déclassifié de la CIA, environ 90% du pétrole exporté par l'Iran transite sur l'île de Kharg. «L'économie iranienne est relativement subclaquante [épuisée], il n'y a plus grand-chose. L'essentiel des ressources extérieures, c'est la vente du pétrole. L'Iran produit un peu plus de 3 millions de barils par jour pour l'essentiel à 80-90% vers la Chine», a analysé Philippe Chalmain, professeur à l'université Paris Dauphine, à notre micro.
Récemment, des médias américains ont fait état d'intenses spéculations selon lesquelles des forces terrestres américaines pourraient être en cours de préparation en vue d'un déploiement, en particulier sur Kharg. Mais une telle opération terrestre serait «très difficile» à mener sur cette île entièrement recouverte d'infrastructures pétrolières, d'oléoducs et de réservoirs, selon Farzin Nadimi, chercheur au Washington Institute for Near East Policy.
Ainsi, l'occupation américaine de l'île mettrait à mal l'économie de la République islamique d'Iran. Mais, selon Philippe Chalmain, cela n'aurait pas d'impact majeur sur le prix du baril de pétrole : «Une intervention américaine sur Kharg aurait une dimension symbolique importante mais elle n'aurait pas une importance majeure sur le marché mondial du pétrole parce que ce qui est important, c'est la fermeture du détroit d'Ormuz. De toute façon, le pétrole iranien est important pour l'Iran mais il est devenu quasiment secondaire pour le reste du monde», a-t-il ajouté.
Les pays qui se fournissent avec le pétrole iranien comme la Chine pourraient alors davantage se tourner vers l'or noir russe.
En raison de la guerre, les prix du pétrole poursuivent leur flambée, provoquée par la quasi-paralysie du détroit d'Ormuz, point stratégique pour l'approvisionnement mondial de l'or noir.
Le West Texas Intermediate (WTI), référence du brut aux Etats-Unis, a franchi à nouveau le seuil des 100 dollars (101,88 le baril, en hausse de 2,25%). Le baril de Brent de la mer du nord s'échangeait lui à 115,57 dollars (+2,67%). Avant le conflit, ils évoluaient autour des 60 dollars le baril.