Interview : quand Florian Picasso invite Steve Aoki... au musée Picasso

Steve Aoki et Florian Picasso devant le tableau "Flûte de pan" de Pablo Picasso. [Debora Ramos]

De passage la semaine dernière à Paris, le DJ superstar Steve Aoki en a profité pour visiter le musée Picasso, invité par l'arrière-petit-fils du peintre, Florian Picasso, 25 ans.

 

Désormais amis, les deux hommes ont été réunis par la musique. Florian Picasso a sorti avant l'été son premier single électro "Keep your eyes on me", et vient de dévoiler son dernier titre, "The Shape", sorti sur Dim Mak, le label de Steve Aoki. Après avoir arpenté les couloirs de l'Hôtel salé, qui abrite les oeuvres de Picasso, les deux producteurs reviennent pour Direct Matin sur leur relation, leur rapport à la musique et à l'art. 

 
 
Comment vous êtes vous rencontrés ? 
 
Florian Picasso : on s’est rencontrés au festival de Montreux, en Suisse. Steve jouait sur la scène principale, et moi sur une toute petite scène. J’ai croisé Steve en backstage, et je lui ai parlé. Il était très accessible. On a commencé à parler de musique, de mes liens avec Pablo Picasso. Je lui ai fait écouter un de mes morceaux, il a apprécié et m’a demandé de lui en envoyer d’autres. Il m’a alors demandé un remix de son morceau avec Flux Pavillon, "Get me out of here". Ca s'est très bien passé, et nous sommes devenus amis. 
 
 
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Steve, votre père était un collectionneur d'art. Que représente Pablo Picasso pour vous ? 
 
Steve Aoki : Qui peut ne pas aimer Picasso ? C’est comme si on n’aimait pas Star Wars ! Venir ici, des décennies plus tard, et de voir ces œuvres, c’est fantastique. Picasso est l’une des premières personnes dont on entend parler lorsqu'on commence à étudier l’art. Florian m’avait invité dans la maison familiale à Cannes, qui a abrité une telle créativité, d’énergie. Cela a été une expérience incroyable de me promener dans un tel lieu. Que l’on fasse de la peinture, de la musique, ou n’importe quel type d’art, lorsque l’on sent une telle énergie, c’est excitant. Florian est lui-même un artiste incroyable, et je suis heureux que l’on ait pu travailler ensemble. Et cela n’est pas juste une collaboration, puisque je l’ai signé sur mon label Dim Mak. Il a beaucoup de sons intéressants et uniques en lui. 
 
 
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Florian, pourquoi avoir voulu inviter Steve Aoki à visiter le musée Picasso ? 
 
FP : C’est important pour moi, car Steve est un ami. Et tout ce que l’on voit ici fait partie de moi. J’ai été adopté au Vietnam, et sans toute cette histoire familiale je ne serais pas là aujourd’hui. Je voulais que Steve puisse découvrir mes racines, ma famille, mon monde, et c’est une bonne manière de lui montrer cela. Quand il vient à la maison, nous parlons d'art, de Picasso... Vous savez, les gens ont des préjugés, quand ils me rencontrent ils voient avant tout un jeune homme riche, un héritier. Mais la musique fait vraiment partie de moi, et c’est cela qui nous a uni avec Steve. C’est une manière de l’accueillir dans mon monde, de le traiter comme quelqu’un de ma famille. 
 
 
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Considérez vous un peu Steve Aoki comme votre grand frère ? Vous donne-t-il des conseils ? 
 
FP : Oui. Steve me donne de bons conseils. C’est drôle, parce que nous sommes tous les deux asiatiques, et il vient d’une famille fortunée, comme la mienne. Il a du s’imposer en tant qu’artiste malgré les préjugés accolés au fait d’être bien né. Cela a été très difficile pour moi de m’imposer au début, les clubs ne voulaient pas me booker, ils exigeaient en échange que mes amis paient leur table, achètent leurs bouteilles. Steve m’a dit de ne pas me soucier de cela, et de continuer à faire ma musique. Et regardez où j’en suis aujourd’hui ! Je suis signé sur Dim Mak et d’autres labels prestigieux. Je suis heureux, car c’est un complexe pour les «gosses de riche» de montrer que vous êtes capables de faire quelque chose par vous même, d’être aimé pour ce que vous faites, pas pour votre nom. 
 
SA : Tout le monde a un parcours différent. Cela importe peu ce que font vos parents. Ce qui compte, c’est vers quoi vos affinités vous guident. Mais c’est une bénédiction d’avoir baigné dans un milieu artistique, je me sens privilégié pour cela. 
 
 
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Steve, y a-t-il des oeuvres de Picasso qui vous on particulièrement marquées ? 
 
SA : C’est difficile de choisir une pièce plutot qu’une autre. Il y a eu différents périodes, mais à chaque fois Picasso était le meilleur. Il a été un pionnier tout au long de sa carrière, et c’est ce qu’il y a de plus difficile pour un artiste. Il y a une chose qui m'a paticulièrement marqué : en 1981, Pablo Picasso a crée une collection totalement déconnectée de la période dans laquelle il évoluait. Picasso a dit : "je m'en fous, je vais faire ça, même si ce n'est pas quelque chose que font les autres". Il savait que cela pourrait choquer, et cela a été le cas. Il l'a juste fait. A l'époque, les gens n'ont pas aimé son travail, mais aujourd'hui ces oeuvres sont exposées ici, et ce sont des oeuvres majeures. Quand vous faites quelque chose et que personne n'aime, mais que vous y croyez, c'est le plus important, il faut continuer à créer, sans écouter les autres. C'est ce que Picasso a fait. Nous pouvons tous apprendre de cela, en tant qu'artistes mais aussi que personnes.
 
 
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Avez vous d'autres projets ensemble ?
 
SA : Le nouveau titre de Florian, "The Shape", vient de sortir. C'est un projet de Florian Picasso, ce sont ses idées, je l'ai juste aidé à les mettre en forme, afin que le maximum de personnes puissent le jouer. Beaucoup de DJ devraient le jouer. Florian a trop d'idées, j'essaie de le guider, de le canaliser ! Nous avons d'autres projets, mais pour l'instant nous restons concentrés sur "The Shape".
 
 
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Florian, vous commencez à jouer dans de gros festivals, a être booké... comment voyez vous l'avenir ?
 
FP :  Je vais continuer à travailler sur ma musique. C'est difficile de se projeter, mais j'ai un plan, des objectifs et j'espère bien les atteindre. 
 
 
Crédits photo : Debora Ramos
 

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