Ce ne sont pour l'instant que des annonces, qui demandent confirmation. 95 %, 94,5 %, 70 %... Des taux d'efficacité impressionnants sont donnés depuis quinze jours par les laboratoires du monde entier travaillant sur un vaccin contre le coronavirus. L'occasion de faire un premier bilan de cette course, où la surenchère est de mise.
Sur les onze candidats vaccins en phase finale d'essais cliniques sur l'homme (la phase 3), seulement quatre ont communiqué leurs résultats (préliminaires ou complets) sur cette dernière phase de tests, à grande échelle, portant sur plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Pour l'instant, c'est le remède développé par les sociétés Pfizer et BioNTech qui mène la danse, avec une efficacité de 95 %, selon les résultats complets de leur essai clinique portant sur 44.000 personnes, publiés le 18 novembre dernier. Concrètement, cela signifie que le risque de tomber malade du Covid-19 a été réduit de 95 % entre le groupe de volontaires ayant reçu un placebo et celui ayant été vacciné. Ce taux est meilleur que celui annoncé la semaine précédente, issu de résultats intermédiaires, qui s'élevait à 90 %.
Le vaccin russe Spoutnik V, développé par le centre de recherches Gamaleïa de Moscou, peut lui aussi se targuer d'une efficacité de 95 %, selon un communiqué publié ce mardi 24 novembre. Mais il ne s'agit pour l'instant que de résultats intermédiaires. De plus, le nombre de cas utilisés pour donner ce taux - sur les 40.000 volontaires - n'a pas été communiqué. Le 11 novembre dernier, de premiers résultats sur la phase 3 avaient fait état d'une efficacité de 92 %.
Derrière l'alliance Pfizer-BioNTech et Spoutnik V suit de très près Moderna. Le 16 novembre, la biotech américaine dirigée par le Français Stéphane Bancel a annoncé dans un communiqué que son vaccin était efficace à 94,5 %, d'après des résultats intermédiaires.
La prudence reste de mise
Le laboratoire suédo-britannique AstraZeneca et l'université britannique d'Oxford, qui travaillent ensemble sur un vaccin, ont de leur côté affirmé lundi 23 novembre que leur remède était efficace à 70 % en moyenne, mais jusqu'à 90 % pour l'un des deux protocoles de tests.
Le chiffre de 70 %, quoique largement inférieur à ceux des autres laboratoires, reste particulièrement élevé. L'Agence américaine des médicaments (FDA) a en effet fixé à 50 % le taux d'efficacité minimum requis pour qu'un vaccin obtienne de sa part une autorisation de mise sur le marché. Et le taux d'efficacité affiché par AstraZeneca et Oxford reste supérieur à celui du vaccin contre la grippe par exemple, qui «prévient environ 60 % des infections chez les adultes en bonne santé âgés de 18 à 64 ans», indique l'OMS sur son site.
Si ces résultats suscitent de l'espoir, ils doivent être pris avec prudence. Ils ont été annoncés dans des communiqués de presse, avec très peu de détails. Ils n'ont pas (encore) fait l'objet de publications dans des revues scientifiques, qui nécessitent une évaluation et une validation par des experts indépendants. La durée de la protection contre le coronavirus conférée par ces vaccins est par ailleurs inconnue, faute de recul suffisant.
![Le vaccin Oxford-AstraZeneca est pour le moment moins efficace mais également moins cher à produire et plus facile à stocker.[JUSTIN TALLIS / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/000_8vd3xe-taille1200_5fbb7e454fad9.jpg?itok=GCw9j31o)