Ancien membre des forces spéciales et de la DGSE, Guillaume Hassinat livre dans «Par-delà les épreuves» une réflexion profonde sur la résilience. À travers une carrière hors norme passée à servir la France, il raconte, non sans émotion, pour CNEWS une lecture du combat le plus universel : celui de la vie.
Et si la plus grande mission de sa vie était de se confronter à soi-même ? A 43 ans, Guillaume Hassinat publie «Par-delà les épreuves» (Éditions Solar), un retour d’expérience unique de ses 22 années passées au sein des forces spéciales. Retraité de l’armée depuis deux ans, le Lozérien partage ses doutes et ses réflexions sur la manière de faire face aux difficultés de la vie, et propose une analyse du combat intérieur que chacun peut rencontrer.
Pour CNEWS, celui qui a intégré à 18 ans le 13e régiment des prestigieux dragons parachutistes, puis la DGSE (Direction générale de la Sécurité extérieure) en tant qu’agent opérationnel, se livre à cœur ouvert sur les années qui ont changé sa vie.
Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à écrire ce livre ?
Le but était d’écrire un livre sur un retour d’expérience, plus qu’un récit personnel. Un bouquin sur la résilience qui est arrivé comme une thérapie.
J’ai vu, vécu et je vis encore le pire, comme tout un chacun. L’armée et la DGSE m’ont offert une famille soudée où on apprend à faire face, seul et ensemble. C’est cette sagesse que j’ai voulu partager. Montrer que nous avons, en nous, les ressorts pour tout affronter. Transmettre au plus grand nombre ce que j’ai reçu et qui m’a aidé. Beaucoup considèrent une épreuve comme un fardeau. Or, c’est tout le contraire, cette fatalité doit vous porter.

J'entame ce livre par l’histoire de ma mère. Cette femme, qui a perdu sa mère, son père, son mari, sa sœur et ses deux frères… Tous ont été emportés par la maladie ou par des accidents. Aujourd’hui, à 59 ans, ma mère est elle-même frappée par une maladie génétique incurable du cerveau. J’ai cette épée de Damoclès au-dessus de ma tête. En étant son fils, j’ai une chance sur deux de l’avoir aussi. Mais elle ne s’est jamais laissé abattre. Une force et une résilience qu’elle m’a transmises. Ce livre est aussi le sien.
Que vous ont appris vos 22 années passées au sein des unités d’élite ?
Elles m’ont appris à relativiser, à me donner le droit de rêver même quand tout se délitait sous mes pieds. Les forces spéciales ont été une thérapie. Dans ce métier, vous ne pouvez pas tricher, vous êtes face à vous-même, tout en évoluant dans un groupe. Pendant 20 ans je me suis levé avec le sourire, avec cette sensation de ne pas aller travailler. Les forces spéciales sont une deuxième éducation.
Ces années m'ont appris la force du collectif. Il faut accepter le caractère des uns, la personnalité des autres. Ce sont 22 ans, où je suis sorti grandi et j'ai constamment repoussé mes limites. J’ai vu partir beaucoup de camarades, non pas des collègues mais de vrais camarades. Des personnes avec qui je partageais une chambre, des soirées. Que je voyais plus que ma propre famille. Et en un claquement de doigts, vous perdez tout ça. C’est difficile, et vous relativisez sur le fait que la vie peut s’arrêter à tout moment. Ils ont donné leur vie pour leur pays.
Les premiers mois de la formation sont les plus durs. Beaucoup ont l’impression de ne rien apprendre. Rester trois heures debout sous la pluie, ne pas dormir... Certains peuvent se dire que c’est injuste et qu’il n’y a rien d’intéressant. En réalité, on vous pousse dans vos retranchements pour voir si vous êtes capable de passer ces obstacles.
Vous expliquez qu’à terme le confort est un frein à l’épanouissement. Pourquoi ?
On est tous conditionnés pour rechercher le confort. C’est un objectif de vie, un besoin humain fondamental. Pour beaucoup d’entre nous, la vie semble s’articuler autour d’un objectif simple : atteindre un certain bien-être. Cela signifie bien manger, bien dormir, éviter les désagréments extérieurs, etc. La routine est une zone de confort. Or, au moindre petit accroc, les difficultés de la vie deviennent insurmontables.
S’affranchir de cette zone, c’est agrandir, comme je l’appelle, un cercle imaginaire qui permet de repousser ses limites, de briser la routine qui nous maintient dans un état de stagnation. C’est dans ce processus que réside le véritable voyage vers l’accomplissement. Prenez les sportifs de haut niveau, certains acteurs ou entrepreneurs : en clair, des personnes qui ont «réussi». Pour la grande majorité, tous expliquent que leur réussite n'est pas tombée du ciel, qu'à force de travail et d'échecs, ils sont arrivés à leur objectif. Il faut comprendre que ce qui est inconfortable hier deviendra plus facile demain.
Avez-vous été confronté à l’échec durant votre carrière ou dans votre vie ? Et quel a été celui qui vous a le plus appris ?
Un des échecs qui m’a le plus perturbé, accrochez-vous, a été le permis moto (sourires). J’avais 30 ans, et avant ce jour, je n’avais pas connu l’échec. Ça a été une vraie leçon. Néanmoins, l’échec est un vecteur de progression. Il est inévitable dans nos vies.
Chaque revers se transforme en une précieuse opportunité de renforcer sa résilience
La question est de savoir comment on ressort de cet échec. Il ne doit pas entamer votre confiance. A l’inverse, feindre qu’il ne vous touche pas serait une auto-duperie. Vous devez le digérer, apprendre à l’accepter, et en tirer les leçons en cherchant à comprendre ses causes. Chaque revers se transforme en une précieuse opportunité de renforcer sa résilience.
En 2023, vous vous lancez dans le mentoring pour transmettre votre expérience à des jeunes qui désirent intégrer les forces spéciales. Etait-ce pour vous la suite logique de votre parcours ?
J’ai toujours aimé transmettre, donner mon savoir sur cet environnement opérationnel qui est très secret. J’apporte mon aide, j’accompagne tous ceux qui veulent intégrer des unités spécialisées : services spéciaux, gendarmes qui se préparent pour le GIGN, des policiers pour le RAID. Je propose un cursus, comme une prépa classique : vous allez avoir de la préparation mentale, physique, des fiches d’actualité géopolitique, etc.
Le but est de ne pas leur mentir. Ils auront envie d’arrêter à un moment. Maintenant, cette décision se prend en quelques secondes, les conséquences, elles, durent toute la vie.
Avez-vous une histoire d’un de vos élèves qui vous a particulièrement marquée ?
J’en ai plusieurs mais un jour l’un d’eux m’a confié qu’il doutait de sa capacité à aller au bout de la formation. Comme beaucoup en somme. Et finalement, c’est une force inattendue qui lui a donné de nouvelles ressources : la perte de son petit frère qui avait été emporté par un cancer.
Pendant longtemps, ça a été un fardeau jusqu’au moment où il a décidé de le transformer en moteur, en se remémorant le combat acharné de son frère face à la maladie. Il s’est dit : je ne peux pas abandonner. Quelques mois plus tard, il m’a annoncé, avec fierté, qu’il intégrait les forces spéciales.
Vous êtes-vous retrouvé dans ses mots ?
Au cours de ma carrière, j’ai connu des moments de doutes, la peur de l’échec. A 18 ans, j’étais sans diplôme et très vite j’ai compris que les études supérieures n’étaient pas faites pour moi. Je vivais dans une petite ville de Lozère, loin des grandes universités, et conscient des limites financières de ma mère.
Je devais tracer ma propre route et honorer les sacrifices de ma famille
Les premiers mois de la formation dans les forces spéciales ont été très durs. Mais l’échec n’était pas une option, je devais tracer ma propre route et honorer les sacrifices de ma famille. Un pacte envers moi-même : réussir, coûte que coûte, pour rendre fière ma mère, cette femme courageuse qui avait tout sacrifié pour offrir à ses enfants un avenir meilleur.