Alors que le Conseil d’orientation des retraites doit présenter ce jeudi un nouveau rapport alarmant sur les finances du système à l’horizon 2070, la question de l’âge légal de départ s’impose déjà comme un axe central de la présidentielle de 2027. Entre relèvement et suppression, les candidats avancent des positions très divergentes.
Il est de retour. L’âge de départ à la retraite sera une nouvelle fois au cœur des débats de la présidentielle de 2027. Mais face à ce sujet hautement sensible, les candidats se positionnent prudemment, tandis que les perspectives financières du système de retraites s’assombrissent à long terme.
Selon le projet de rapport qui devrait être adopté jeudi par le Conseil d'orientation des retraites (COR), le déficit des retraites est désormais prévu à 2,4% du PIB en 2070, contre 1,4% prévu dans le rapport de l'an dernier, notamment en raison du recul de la natalité.
Pour lutter contre ces prédictions, et si l'on ne jouait que sur ce seul paramètre de l’âge pour atteindre l'équilibre, il faudrait augmenter l'âge moyen de départ jusqu'à 67 ans et demi, selon le COR.
Pour la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, «un candidat doit avoir le courage de dire qu'on a un réel problème de financement du fait de problèmes démographiques», a-t-elle réagi mardi, tout en rappelant que l’âge n’est pas le seul levier possible et que d’autres pistes existent comme la hausse des cotisations, la baisse des pensions ou la taxation du capital.
Âge légal, cotisation : les candidats se divisent
Alors qu’actuellement, la réforme portée par le gouvernement d’Élisabeth Borne est suspendue, portant l’âge légal de départ à 62 ans et neuf mois avec 170 trimestres de cotisation requis, cette dernière devrait reprendre son cours en 2028 pour aller progressivement vers les 64 ans et 43 ans de cotisation si aucune nouvelle mesure n'était votée à l'issue de l'élection présidentielle.
Face à cet enjeu, les lignes de fracture sont déjà visibles entre les candidats. Du côté du Rassemblement national, Jordan Bardella a affirmé en début mai à la presse allemande que son parti était «en train d'examiner la question» d'un relèvement de l’âge légal.
Alors que l’ancienne présidente du RN, Marine Le Pen, a tenté de réaffirmer que l’objectif du parti à la flamme est de revenir à 62, voire 60 ans avec 40 à 42 années de cotisation, Jordan Bardella a lui persisté. «L’âge légal ne veut rien dire, ce qui compte c'est la durée de cotisation», a-t-il enchaîné en promettant de présenter bientôt «un nouveau système».
A l’inverse, le patron de Renaissance, Gabriel Attal, plaide pour une suppression de l’âge légal et souhaite en revanche garder la durée de cotisation, estimant que cela «donne plus de liberté aux Français».
Une ligne politique, à laquelle est hostile son rival du bloc central, Édouard Philippe, ne croyant pas «au système dans lequel on renvoie à chacun la possibilité d'équilibrer collectivement le système». Associé par ses adversaires à la retraite à 67 ans pour en avoir évoqué l'idée, le patron d'Horizons se montre plus évasif sur l’âge, disant «que nous allons tous devoir travailler un peu plus longtemps, mais peut-être pas de façon uniforme».
Des propositions tranchées à gauche et chez les Républicains
Chez Les Républicains, l’ancien ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, qui a annoncé sa candidature à la présidentielle de 2027 en février dernier, se dit favorable à un âge de départ porté à 65 ans, une position qui était déjà celle de Valérie Pécresse en 2022.
De l’autre côté de l’échiquier politique, le Parti socialiste veut ramener l’âge légal à 62 ans mais sans en faire «le critère central du système». La formation à la rose propose une durée de cotisation fixée à 43 ans, «réductible en fonction de la pénibilité des métiers».
Par ailleurs l'un des candidats potentiels, Raphaël Glucksmann (Place publique), ne veut pas non plus à ce stade s'avancer sur «une réforme détaillée», mais affirme que cette dernière ne fera pas de l’âge «un totem absolu» et sera axée «sur la durée de cotisation et la pénibilité du travail».
Du côté de LFI, Jean-Luc Mélenchon continue de défendre «le retour au droit à la retraite à 60 ans pour 40 ans de cotisation».