En plus de fournir les nutriments et anticorps essentiels à la croissance du bébé, l'allaitement permet de créer un lien unique entre une mère et son nouveau-né. Pourtant, cette expérience s'avère complexe pour de nombreuses jeunes mères, selon une étude parue en mars dernier.
En cette semaine de sensibilisation à l'allaitement maternel, une récente étude menée par l'Université Cardinal Stefan Wyszyński à Varsovie (Pologne) a révélé près de 65 % des femmes éprouvent des difficultés à allaiter durant les premières semaines après la naissance, notamment celles en surpoids ou obèses.
Les chercheurs ont analysé des grossesses uniques ainsi que la santé des nouveau-nés en lien avec l'indice de masse corporelle (IMC) avant la grossesse et la prise de poids totale pendant celle-ci (GWG), en les comparant aux recommandations de l'Institut de médecine américain (IOM).
Un facteur de risque important
19,08 % des mères ayant un poids normal ont signalé des difficultés, tandis que ce pourcentage s'élève à 24,90 % pour celles en surpoids et 26,58 % pour celles en situation d'obésité.
Plus l'IMC avant la grossesse est élevé, plus le risque de difficultés d'allaitement augmente. Les mères concernées sont souvent confrontées à un démarrage plus tardif de la lactation, une production de lait souvent perçue comme insuffisante, ainsi qu'à des complications mécaniques liées à leur anatomie, telles qu'une poitrine volumineuse compliquant la mise au sein.
Par ailleurs, certaines complications associées à l’excès de poids, à l'instar du diabète gestationnel, de l'hypertension, ou de la césarienne, peuvent également retarder ou perturber l'instauration de l'allaitement.
«Un poids corporel trop élevé n'est pas seulement un problème esthétique. C'est un facteur de risque important qui peut affecter le déroulement de l'accouchement et la santé du fœtus et de l'enfant», a souligné la chercheuse Joanna Nieczuja-Dwojacka, qui a recensé les données de 2.878 femmes âgées de 16 à 46 ans dans deux hôpitaux polonais.
Des résultats similaires ont notamment été observés chez les femmes américaines et chinoises, chez qui ils ont observé un arrêt prématuré de l'allaitement maternel plus fréquent que la norme, selon le rapport.
Le surpoids et l'obésité avant la grossesse sont fortement associés à une initiation moins fréquente à l'allaitement chez ces femmes. Selon Joanna Nieczuja-Dwojacka, la régulation du poids est donc cruciale pour les futures mères.
«Il ne s'agit pas de régimes restrictifs ni d'entraînements épuisants, mais d'une alimentation équilibrée et bien planifiée, ainsi que d'une activité physique modérée, comme la marche. Un tel changement de mode de vie peut être crucial non seulement pour la santé de la mère, mais aussi pour celle de son futur enfant», a-t-elle expliqué.
Une activité physique nécessaire
En outre, le niveau d'éducation influence l'expérience d'allaitement, puisque les mères plus instruites ont rapporté moins de difficultés grâce à une meilleure compréhension des bénéfices et un meilleur accès à l'information médicale.
Les mères en surpoids ou obèses ayant un niveau d'éducation moins élevé font face à un double défi. Elles doivent gérer les complications liées à leur poids tout en surmontant les obstacles causés par un accès limité aux informations, conseils et ressources nécessaires pour affronter ces difficultés.
Elles sont donc plus susceptibles d'interrompre l'allaitement plus tôt. D'ailleurs, près de 38 % des mères se sont senties seules face à l'allaitement.
Afin d'améliorer cette expérience, l'étude a recommandé des ateliers d'éducation à l'allaitement dès la grossesse, un accompagnement personnalisé post-partum, notamment pour les mères en surpoids ou ayant accouché par césarienne, et un accès équitable au soutien en lactation, y compris dans les zones rurales.
«Il vaut la peine de les éduquer sur ce sujet et de leur parler au moment de la planification d'une grossesse, car c'est quelque chose qui peut-être modifié dans de nombreux cas», a précisé Joanna Nieczuja-Dwojacka.
Elle a notamment réfuté le mythe selon lequel il serait possible de manger sans limite et éviter toute activité physique pendant la grossesse, insistant sur l'importance d'un mode de vie sain adapté. «Il ne s'agit pas d'obtenir une ceinture noire de karaté, mais de bouger – marche, natation, yoga. Tout ce qui contribue à maintenir la forme et qui est adapté à la condition physique», a-t-elle conclu.