La star NBA Joel Embiid en équipe de France de basket ?

La possible venue de Joel Embiid en équipe de France de basket déchaîne les passions. [Rob Carr / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP]

Jeudi 11 janvier, la star des Sixers de Philadelphie a laissé entendre qu’il serait intéressé par une potentielle sélection en équipe de France de basketball. Une simple déclaration qui, depuis, a laissé place à un vif débat dans l’hexagone.

En marge du match de saison régulière entre les Sixers de Philadelphie et les Boston Celtics organisé à Londres jeudi dernier, Joel Embiid, joueur de nationalité camerounaise vivant aux Etats-Unis, et ayant de la famille en France, répondait à une question sur son potentiel intérêt pour l’équipe de France de basketball.

«Je ne viens pas de France, mais ce serait une belle opportunité. J’y ai de la famille. Pour l’instant, je n’ai pas eu d’offres, du Cameroun, de la France ou d’ailleurs, mais on ne sait jamais», a ainsi expliqué l’intérieur des Sixers (23 ans, 2,13 mètres) qui est considéré comme une des futures grandes stars du championnat américain de basketball (23,8 points et 10,8 rebonds en moyenne cette saison).

Il n’en fallait pas plus pour que le monde de la balle orange tricolore s’enflamme sur le sujet. Surtout que, dès le lendemain, l’ancien directeur technique national, et désormais manageur général de la Fédération française de basket, Patrick Beesley, annonçait que la question méritait d’être creusée, précisant qu’un premier contact avec le joueur avait déjà été établi il y a deux ans, sans que cela n’aille plus loin. «La Fédération avait répondu qu’elle aussi pouvait être intéressée tout en établissant qu’il ne pouvait s’agir d’un accord monnayable», a-t-il précisé dans les colonnes de L’Equipe.

«Le problème, ce sont les naturalisations sans lien, quand les joueurs prennent un passeport en quarante-huit heures dans un pays où ils n’ont jamais mis les pieds. Embiid a un lien avec la France», poursuit-il.

Des réactions contrastées chez les joueurs

Selon L’Equipe, la potentielle venue de Joel Embiid en équipe de France a déjà poussé deux cadres de la sélection tricolore, Boris Diaw et Nicolas Batum, à se manifester auprès de l’intérieur des Sixers. Les deux joueurs l'encourageraient à sauter le pas pour rejoindre les Bleus, n’ignorant pas qu’un tel talent pourrait permettre à l’équipe de France de prendre une toute autre dimension en vue des prochaines compétitions internationales (Coupe du Monde 2019, et Jeux Olympiques 2020).

D’autres joueurs de l’équipe de France se montrent beaucoup moins enthousiastes. Comme Evan Fournier, l’arrière du Magic d’Orlando, qui a exprimé son mécontentement via une série de messages sur son compte Twitter.

Idem pour Edwin Jackson, qui évolue cette saison en Chine.

Les deux joueurs ont récemment reçu le soutien de Tony Parker, la star des Spurs de San Antonio, qui s’est exprimé sur le site de Basket Infos.

«Je suis d’accord avec eux. Je pense que les équipes nationales, c’est les fédés qui travaillent dur, pour faire jouer les jeunes, et je trouve que ça manque un peu d’authenticité quand tu fais les trucs comme ça. Et c’est vrai que moi je ne suis pas très fan quand tu vois la Slovénie ou la Croatie qui jouent avec des Américains. Je trouve que tu dois faire jouer l’équipe nationale avec les joueurs qui sont du pays, qui ont grandi là-bas, tout ça. Moi je suis d’accord avec eux», a précisé l’ancien meneur de l’équipe de France, précisant au passage qu’il n’avait aucun problème avec Joel Embiid, qui est «un bon gars».

Son coéquipier aux Spurs, Joffrey Lauvergne, s’est lui aussi exprimé sur le site de Basket Infos. Avec une position plus nuancée dans laquelle il rappelle que d’autres nations – comme l’Espagne avec Serge Ibaka (qui a aidé l’Espagne à remporter la finale de l’Euro en 2011… face à la France), ou la Slovénie avec Anthony Randolph (qui a joué un rôle majeur dans le titre européen remporté par les Slovènes en septembre dernier) – ne se privent pas quand il s’agit de naturaliser des joueurs pour renforcer les sélections nationales. «Je pense que les pays forment les joueurs et les gens grandissent dans le pays dans lequel ils jouent, et toutes les nations devraient faire ça. Mais à partir du moment où il y a des nations qui trichent, entre guillemets, pourquoi d’autres ne le feraient pas ?», a expliqué l'intérieur de l’équipe de France.

Des commentateurs aux avis divergents

Les journalistes spécialisés ne sont pas d’accord non plus. Jacques Monclar, brillant commentateur du basket sur beIN Sports, ne voit pas ce recrutement de Joel Embiid d’un très bon œil. Pour lui, la DTN (Direction Technique Nationale, ndlr) aurait dû prendre la température auprès des joueurs de l'équipe de France avant de s’exprimer sur le sujet. Il oppose, lui aussi, l’argument de la formation française, et le fait que l’équipe de France compte déjà dans ses rangs un pivot de grande qualité en la personne de Rudy Gobert. «L’équipe de France n’est pas un juke-box (…) Embiid n’a pas vécu ici, il n’a pas été formé chez nous», conclu-t-il.  

Pionnier du basket NBA en France, George Eddy, journaliste à Canal+, s’est quant à lui exprimé sur Twitter en faveur du recrutement de Joel Embiid. Pour lui, la France aurait tort de se priver d’un tel talent.

Un débat pour rien ?

Alors que le débat s’enflamme depuis une semaine sur cette possible venue, ou non, de Joel Embiid en équipe de France, il semble important de rappeler un point crucial à propos du pivot camerounais. Si Patrick Beesley, accompagné d’une délégation française, doit rencontrer l’intérieur des Sixers au mois de février afin de discuter avec lui d’un éventuel avenir sous le maillot des Bleus, la réalité est que ce joueur connaît un début de carrière en NBA extrêmement compliqué en raison de ses blessures à répétition.

Sélectionné en troisième position de la draft en 2014, Joel Embiid n’a joué que 31 des 246 matches possibles ces trois dernières saisons (cette année, il a manqué 9 matches sur 40 pour le moment). Il a passé les deux premières années de sa carrière sur le banc en raison d’une blessure au pied. Et la saison passée a été interrompue après seulement 31 matches joués à cause de son genou. Cette année encore, des problèmes au dos l’ont contraint à manquer plusieurs matches. Et quand il joue, ses minutes sont limitées afin de le ménager le plus possible. Cela n’a pas empêché le club de Philadelphie de lui offrir cet été un contrat mirobolant estimé à 146,5 millions de dollars (soit près de 120 millions d’euros) pour les cinq prochaines années (avec de nombreuses clauses susceptibles de faire varier ce montant entre 84,2 millions et 178 millions de dollars, ndlr).

Même si Joel Embiid était naturalisé dans l'éventualité d'une sélection en équipe de France, il y a fort à parier que les Sixers mettraient tout en œuvre pour protéger leur investissement en empêchant le joueur de rejoindre les Bleus pour les compétitions internationales. Au final, tout ce débat est probablement vain – du moins pour le moment – tant la probabilité de le voir jouer un jour en équipe de France paraît infinitésimale.

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