Djibril Cissé : «Liverpool est vraiment un club à part»

Djibril Cissé a remporté la Ligue des champions avec Liverpool en 2005. Djibril Cissé a remporté la Ligue des champions avec Liverpool en 2005.[Dave Winter/Icon Sport]

Djibril Cissé vient de fêter le 14e anniversaire de la 5e et dernière victoire des Reds en Ligue des champions. Et, samedi, lors de la finale, à Madrid, contre Tottenham, l’ancien attaquant tricolore, qui s’est associé à BetStars pour sa campagne «All About the Stars' Champions League», sera derrière bien évidemment derrière Liverpool. Un club qui l’a marqué au fer rouge.

Liverpool reste un club à part pour vous…

C’est un club qui restera à jamais spécial. Déjà parce que c’est avec Liverpool que j’ai gagné la Ligue des champions et même l’histoire est folle. Tout est fou dans ce club. Et il le montre encore cette année avec notamment cette demi-finale retour contre Barcelone.

Qu’a-t-il de si spécial ?

C’est dur de l’expliquer. Il faut avoir jouer dans ce club pour le comprendre. Il y a bien évidemment les supporters et cette ambiance à Anfield. Quand on rentre sur cette pelouse, il y a quelque chose qui se passe… C’est limite mystique. Et puis, il y a toute l’histoire de ce club. Liverpool est vraiment un club à part.

Est-ce un privilège d’avoir pu jouer dans ce club ?

C’est une fierté. Encore aujourd’hui je réalise à quel point ce club est apprécié partout dans le monde. Je ne pensais pas qu’il avait autant de supporters. Je vis en Corse et il y a un club de supporters de Liverpool là-bas. C’est incroyable. C’est un club très spécial et quand on passe à Liverpool, on ne peut que garder le club dans son cœur. Je connais qu’un joueur qui a mal parlé de Liverpool et qui n’est pas fier d’avoir joué là-bas, c’est El-Hadji Diouf.

Est-ce le club qui vous a le plus marqué durant votre carrière ?

Au niveau des trophées oui, car c’est le club qui m’a permis de remporter la Ligue des champions, mais je ne peux pas oublier Auxerre. C’est là où tout à commencer pour moi. Ni le Panathinaïkos, où il y a eu un amour incroyable entre moi et les supporters. Encore maintenant quand je retourne en Grèce, c’est incroyable. C’est dur de choisir.

Quels souvenirs gardez-vous des deux saisons à Liverpool ?

Il y a eu bien sûr les blessures, mais ce n’est même pas ça que je retiens en premier. Lors de ma dernière saison à Auxerre, je trépignais d’impatience de pouvoir rejoindre les Reds, où il n’y avait que des grands noms du football mondial. Quand je suis arrivé, je me suis rapidement blessé, mais j'y ai vécu beaucoup de bons moments pour que je ne retienne que ça.

A commencer par cette Ligue des champions en 2005…

C’était fort… De par le scénario de la finale, mais aussi parce qu’on n’était pas du tout favoris de la compétition. Il y avait encore le Real Madrid de Zidane, la Juventus de Del Piero… Il y avait des équipes beaucoup plus armées que nous. Mais avec la grinta et le cœur, on est arrivée à soulever cette Ligue des champions. C’est beau ce qu’on a réussi à faire.

Est-ce la plus belle finale de l’histoire ?

Je dirais plutôt à égalité avec celle de 1999 entre le Bayern Munich et Manchester United avec les deux buts de Manchester en fin de rencontre (2-1).

Quels souvenirs gardez-vous de cette finale ?

Le cœur et l’envie qu’on a mis. A la mi-temps, on se dit que si on arrive à marquer rapidement il peut se passer quelque chose. Steven et le coach ont su trouver les mots pour nous remobiliser. Et comme un symbole, Steven marque le premier but au bout de seulement quelques minutes et puis il obtient le penalty. On savait que ce n’était pas perdu, mais qu’il fallait qu’on marque dans le premier quart d’heure. Et on en a mis trois en quinze minutes…

Qu’est-ce qui vous passe par la tête quand vous entrez en jeu ?

Tout était spécial pour moi. Je me suis blessé au mois d’octobre. On m’a dit que le football était terminé pour moi. Je passe à une heure de l’amputation. Il n’y a rien qui allait dans mon histoire. Déjà me retrouver dans le groupe, c’était gagner pour moi. Je me souviens que quand je suis entré en jeu, le coach m’a dit : «vas nous la gagner.» J’ai fait une entrée très timide car je n’ai pas eu beaucoup de ballons et j’ai plus défendu qu’autre chose. Mais je garde une fierté d’avoir eu le cran de frapper un penalty lors de la séance de tirs au but et de l’avoir marqué à Dida devant les supporters de Milan.

Cette Ligue des champions reste-t-elle le plus grand souvenir de votre carrière ?

Il y a eu beaucoup de très bons souvenirs. Mais oui parce que c’est le trophée majeur et le trophée que tout le monde veut la gagner. D’autant que je ne peux pas me gargariser d’avoir été champion du monde.

Quatorze ans plus tard, est-ce la bonne année pour voir Liverpool soulever à nouveau la Ligue des champions ?

Ils n’étaient déjà pas passés loin l’année dernière, mais ils avaient buté sur une grosse équipe du Real Madrid. Cette année, il y a une équipe différente, qui a peut-être un peu moins de qualités que le Real ou le Barça. Mais Tottenham ressemble beaucoup à Liverpool avec un cœur énorme. Ça va être une bataille. Liverpool est meilleur techniquement et défensivement. Mais offensivement les deux équipes se valent avec d’un côté Sadio Mané, Roberto Firmino, Mohamed Salah, qu’on ne présente plus, et de l’autre Harry Kane, qui va vouloir briller pour son retour, Lucas, qui marche sur l’eau, Heung-Min Son et Christian Eriksen, qui est un des meilleurs milieux du championnat anglais. Ça va être un beau match et mon cœur va battre pour Liverpool.

Qu’est-ce que cette équipe de Liverpool a de plus que la saison dernière ?

Elle peut s’appuyer sur l’expérience de la saison dernière pour ne pas reproduire les mêmes erreurs comme sur la dynamique et l’euphorie du 4-0 contre le Barça en demi-finale. Et puis, ils pourront compter sur le soutien de leurs supporters. Madrid sera bien rouge pour cette finale. Il y a tout pour remporter cette Ligue des champions, même s’il ne faut pas sous-estimer Tottenham. Ils ont aussi l’entraîneur qu’il faut.

Justement, quel regard portez-vous sur Jurgen Klopp ?

Quand tu es joueur, c’est important de trouver un coach qui te comprend et avec lequel il y a une alchimie. Liverpool et Klopp étaient faits pour s’entendre. Ils ont la même philosophie. Il reflète le club. Ils ont le même ADN, les mêmes valeurs, les mêmes idées. C’était une évidence et cela s’est vu dès les premières semaines. Le tempérament du coach a séduit les fans. Il a un franc parler et un amour de son équipe. J’aurais aimé l’avoir comme entraîneur.

L’avez-vous déjà rencontré ?

J’ai déjà parlé plusieurs fois avec lui. C’est un entraîneur qui donne envie d’aller à la guerre pour lui. C’est un vrai manager et meneur d’hommes en plus d’être un bon entraîneur. On l’a encore vu en demi-finale avec Georgino Wijnaldum, qui est entré à la mi-temps, et Divock Origi. Il a su trouver les mots pour qu’ils puissent se sublimer.

Liverpool et Klopp étaient faits pour s'entendre

Vous a-t-il donné envie de devenir entraîneur ?

On me demande beaucoup si je n’ai pas envie de devenir entraîneur, mais je ne me sens pas prêt et je n’ai pas envie de mentir aux gens. Je ne veux pas faire quelque chose parce qu’il faut le faire. Aujourd’hui, je ne suis pas prêt et je pense que je ne serais jamais prêt pour être entraîneur. Mais en revanche pourquoi pas être entraîneur des attaquants, comme Thierry Henry a pu l’être avec la Belgique. Ça pourrait vraiment me plaire.

C’est dommage car il y a un poste qui vient de se libérer à Marseille…

C’est vrai, mais je serais peut-être l’entraîneur des attaquants du prochain coach.

En tant qu’ancien Marseillais, comment jugez-vous les résultats de l’OM et de son projet ?

Ça fait mal de voir le club dans cette situation. On sait très bien qu’il est difficile de rivaliser avec le PSG, mais de là à finir à 30 points et de ne pas se qualifier pour la Ligue Europa, c’est difficilement compréhensible.

Que faut-il pour pouvoir rivaliser ?

Il faut bien recruter et trouver un entraîneur qui a la philosophie du club et qui connait la région. Car c’est spécial l’OM. Ce n’est pas juste être bon. A Marseille, on est joueur de l’OM 24h/24. On n’est jamais un homme lambda. Il faut bien en avoir conscience. Si on veut être tranquille dans sa vie de tous les jours, on ne va pas à l’OM. Moi j’adore ça, car je suis passionné et je suis de là-bas. Mais ça peu vite être lourd pour quelqu’un qui n’a pas l’habitude. Et ça peut expliquer les échecs des bons joueurs qui passent à Marseille sans parvenir à être performants. Mais c’est ce qui fait la beauté du club. Il faudrait peut-être aussi secouer les personnes en charge du recrutement et s’inspirer d’une équipe comme Lille.

Auxerre est également en difficulté…

Ça me fait mal au cœur. Le club est passé tout près d’être relégué en National. L’AJA n’est pas un club de Ligue 2. Il n’a rien à y faire. Il faut remonter vite, mais la Ligue 2 est un championnat vraiment très compliqué. L’arrivée de Jean-Marc Furlan est un excellent choix. Il connait la Ligue 2 par cœur et c’est un spécialiste des montées.

Mbappé ? Il est très très fort le petit

Le club vous a-t-il déjà proposé quelque chose ?

J’ai parlé récemment avec le président Francis Graille. Si on me propose un défi intéressant, comme entraîner les attaquants, j’y réfléchirais attentivement. Je suis prêt à donner un coup de main et aider le club à remonter.

Avez-vous un regret dans votre carrière ?

Ne pas avoir franchi la barre des 100 buts en Ligue 1 restera une cicatrice qui ne se refermera jamais. Il faudrait un fou qui m’adore pour ne pas me laisser comme ça. Mais ça peut aller vite ! Ce n’est que quatre buts. Quatre penalties, c’est vite fait. Mais pour un buteur, ça fait mal, surtout pour quatre buts… Mais je suis fier de ma carrière surtout avec les blessures que j’ai eues. Dans les chiffres, mon nom ressort à chaque fois. Récemment j’ai vu que j’étais le 3e plus jeune joueur à avoir marqué 50 buts en Ligue 1 derrière Kylian Mbappé et Yannick Stopyra. J’ai marqué mon passage dans plusieurs clubs.

En parlant de Mbappé, comment le jugez-vous ?

Il est très très fort le petit. Ce qu’il arrive à faire à son âge, c’est costaud. Ça promet un bel avenir pour lui, la France et Paris, même si j’ai peur que ça ne dure pas trop longtemps. Mais c’est un phénomène. J’ai rarement vu un joueur aussi fort à son âge. Il peut devenir encore plus fort que Lionel Messi et Cristiano Ronaldo. Il a la maturité et l’expérience qu’ils n’avaient pas à son âge.

Pensez-vous qu’il va rester à Paris ?

Je ne sais pas pourquoi, j’ai comme un pressentiment. J’ai l’impression que son départ va se faire cette année. Pour le PSG et pour le football français en général, j’espère me tromper. Mais je le vois aller au Real Madrid. C’est écrit. Il était fan et Zinedine Zidane a fait son retour. Il y a trop de choses qui font qu’il ne peut que partir là-bas.

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