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Roland-Garros : le sacre peut-il échapper à Alexander Zverev ?

Car le test arrive dès les quarts de finale, et il n'est pas anodin : l'Espagnol Rafael Jodar [Corinne Dubreuil / Icon Sport]

Roland-Garros semblait promis à une bataille royale, il s’est mué en terrain d’opportunités. Décimé par le forfait de Carlos Alcaraz et les éliminations surprises de Novak Djokovic et Jannik Sinner, le tableau laisse Alexander Zverev en position idéale pour s'offrir son premier Grand Chelem. 

Il devait être le tournoi de tous les dangers. Il est devenu celui de toutes les opportunités. En l'espace de quelques jours, Roland-Garros 2026 a été fracassé. Carlos Alcaraz, forfait avant même d'avoir frappé une balle. Jannik Sinner, lessivé physiquement, éliminé dès le deuxième tour. Novak Djokovic, éteint au troisième par la tornade Joao Fonseca. Le tableau a implosé. Et au milieu des décombres, une silhouette se dresse, immense et seule : Alexander Zverev.

Le paradoxe est saisissant. Alors que ce Roland-Garros s'annonçait comme verrouillé à double tour par le tandem Sinner-Alcaraz, il n'en reste plus que deux membres du Top 10 alors que la première semaine n'est même pas achevée : Félix Auger-Aliassime et lui. Une folie. Un séisme.

Le meilleur des survivants 

Alexander Zverev n'a pas surgi de nulle part. Numéro 3 mondial, tête de série numéro 2, l'Allemand est depuis le début de l'année l'un des joueurs les plus constants du circuit, derrière Alcaraz et Sinner, certes, mais régulier, solide, implacable sur les grandes surfaces. 

Porte d'Auteuil, il a signé des victoires propres, solides, sans coup d'éclat inutile. Le genre de tennis qui gagne des tournois du Grand Chelem. Pourtant, il refuse d'y penser. Ou du moins, c'est ce qu'il dit. Au sortir de sa victoire contre Quentin Halys en quatre manches, 6-4, 6-3, 5-7, 6-2, le géant allemand a balayé les questions sur son nouveau statut, jusqu'à l'agacement : 

«Je ne sais pas combien de fois je vais devoir le répéter : je joue contre Jesper de Jong. Le reste ne m'intéresse pas». La formule est rodée. Le discours, bien appris. Mais les mots sonnent creux quand le contexte hurle le contraire. 

L'opportunité d'une vie 

Non seulement Zverev peut gagner, mais on a presque envie de dire qu'il doit gagner. Il y a un côté «maintenant ou jamais» dans ce Roland-Garros où tout semble si favorable. Trois finales de Grand Chelem perdues. Sept demies. Le bilan est lourd. 

Et chaque occasion manquée a un peu alourdi le dossier. Mats Wilander, légende du jeu et triple vainqueur ici même Porte d'Auteuil, ne mâche pas ses mots. 

«La pression vient désormais de nous tous, parce que tout le monde va être convaincu ces prochains jours que s'il ne va pas au bout dans un tournoi comme celui-ci, c'est qu'il n'y arrivera jamais. Jamais il n'aura eu autant de pression sur les épaules», assure-t-il au micro d'Eurosport.

Le syndrome Federer 

Il y a un précédent. Un fantôme qui rôde dans les allées de Roland-Garros. En 2009, Rafael Nadal chute contre Robin Söderling. Le chemin s'ouvre pour Roger Federer, déjà auréolé de douze titres du Grand Chelem mais toujours vierge à Paris. 

Dix ans plus tard, Federer put enfin admettre que cette semaine avait été la plus difficile de sa carrière : «J'étais épuisé mentalement parce que j'avais l'impression d'avoir joué quatre finales à Paris, à cause de la pression. C'est là que ces attentes ont grandi, quand les journalistes ont commencé à dire : "C'est cette année ou jamais"»

Zverev est dans le même couloir. Le même paradoxe écrasant : plus le chemin se dégage, plus le poids s'alourdit. Sachant que le bonhomme a parfois éprouvé une certaine tendance au «choking» quand la possibilité d'un dénouement heureux en Grand Chelem se rapprochait, c'est une forme de test ultime qui l'attend. 

Car le test arrive dès les quarts de finale, et il n'est pas anodin. L'Espagnol Rafael Jodar, 19 ans, s'est offert son premier quart en Grand Chelem en renversant son compatriote Carreno Busta après avoir été mené deux sets à zéro. Sous la pression du moment, face à une pépite qui joue sans filet et sans peur, Zverev pourrait trébucher avant même d'entrevoir la finale. 

Terrasser Sascha 

La route semble dégagée. Mais le plus redoutable adversaire de Zverev n'a jamais été sur le court d'en face. Il loge dans sa tête. Dans cette zone obscure où la peur du Grand Chelem s'est installée depuis trop longtemps. Il n'aura pas à battre Alcaraz, ni Sinner, ni Djokovic. Mais il devra s'affranchir de ses propres démons. 

De ses peurs. De ses manquements. Zverev doit terrasser Sascha. Pas sûr que cet adversaire-là soit le plus facile à écarter du chemin. Roland-Garros 2026 lui appartient sur le papier. Il ne reste plus qu'à le prendre.

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