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«Leur offrir un moment d’évasion» : On a suivi Awabot, le robot qui plonge des enfants hospitalisés dans les coulisses de Roland-Garros

Awabot harpente les allées de Roland-Garros depuis 2022. [@Roland-Garros]

Grâce à un robot, de la société Awabot, télécommandé depuis leur chambre, sept enfants hospitalisés à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre à Paris ont arpenté les allées de Roland-Garros, approché les courts et croisé les plus grands joueurs. Une manière d'apaiser le quotidien de ces enfants malades.

Des petits robots pour soulager les grands maux. Le soleil tape fort sur la terre battue en ce 22 mai. 29 degrés. Les allées de Roland-Garros bruissent déjà de l'agitation des premiers matches de qualifications. Mais ce matin-là, dans les entrailles du stade Philippe-Chatrier, quelque chose d'inhabituel circule entre les spectateurs et les ramasseurs de balles.

Un robot. Noir, mobile, équipé d'un écran et d'une caméra. Il avance doucement, s'arrête, tourne. Et derrière l'écran, des yeux d'enfants, ceux d’enfants hospitalisés. Ils sont sept. Sept élèves de la classe 4 de l'URTLA (l'Unité pour la Rééducation des Troubles du Langage et des Apprentissages) du Kremlin-Bicêtre qui accueille des enfants souffrant de troubles de l'apprentissage. Ce matin, depuis leur hôpital, ils ne sont pas dans une salle de classe. Ils sont à Roland-Garros. Enfin, presque. 

Un accès privilégié 

Le robot s'appelle Awabot. Conçu spécifiquement pour permettre aux enfants hospitalisés de sortir virtuellement de leur établissement de soins, il repose sur un principe simple. Redoutablement efficace. L'enfant prend le contrôle à distance du robot avec son clavier et un joystick, depuis sa classe. Il voit. Il entend. Il se déplace. Il est là. Sur le court, au bord des allées, dans les coursives réservées aux joueurs. Ces coursives où personne, ou presque, n'a le droit de s'aventurer. 

«Personne n'a le droit d'aller sur le bord du court, à part le robot. C'est une vraie chance», glisse Salim Azouzi, responsable des relations stratégiques chez Awabot. Ce n'est pas un hasard si le robot roule ici depuis 2022. Awabot opère à Roland-Garros dans le cadre d'un partenariat noué avec la Fédération française de tennis. La FFT travaille avec des associations qui, elles, ont des contacts directs avec des hôpitaux parisiens et provinciaux. Une chaîne humaine, discrète et efficace, qui permet chaque année à des enfants malades de franchir les grilles du tournoi sans bouger de leur lit.

500 robots dans les coulisses du sport mondial 

Awabot n'est pas un cas isolé. Ce sont aujourd'hui 500 robots de ce type qui circulent dans les coulisses du sport à travers le monde. Dans les stades de football, dans les enceintes de rugby, et jusque dans les paddocks de Formule 1, ces zones ultra-sécurisées, gardées loin des caméras, interdites au public. Des endroits que même les accrédités presse n'approchent pas toujours. Le robot, lui, y entre. À Roland-Garros comme ailleurs, Awabot passe là où les autres s'arrêtent.

Liam, les yeux écarquillés derrière l'écran, lâche simplement : «C'est immense Roland-Garros.» Lucas, lui, n'y va pas par quatre chemins : «C'est plus fun qu'un jeu vidéo.» On les comprend, d’autant plus quand ce même robot s’approche du court central Philippe-Chatrier. L’occasion d’apprécier l’entraînement de la numéro 13 mondiale l’Italienne Jasmine Paolini. Rien que ça. La Transalpine échange quelques balles avec sa compatriote Sara Errani, championne olympique en double aux JO de Paris

Le tout, sous le regard ébahi des enfants, aux premières loges. Le robot reprend sa route. Direction le court numéro 8, qui jouxte la prestigieuse terre du Suzanne-Lenglen. Là, une autre surprise les attend. Hugo Gaston. Le Toulousain s'entraîne, concentré, à quelques mètres à peine. Les enfants le regardent frapper, courir, recommencer. Personne autour d'eux, ou presque. Juste eux, le robot, et un joueur du circuit ATP en plein effort.

Deux heures par jour pour s'évader 

«On a deux sessions de deux heures par jour», explique Salim Azouzi. «On leur propose de faire le tour du stade, mais surtout de se rapprocher au plus près du court central, où ils peuvent assister à la fin de l'entraînement. La finalité, et le graal pour ces jeunes, ce sont les interactions avec les joueurs.» Ce matin-là, le graal est atteint, deux fois plutôt qu'une. 

Awabot ne fait pas que promener une caméra sur roues. Il ouvre des portes. Des portes que les murs des hôpitaux, les contraintes médicales, les journées rythmées par les soins ne permettent pas de franchir. «L'objectif, c'est de donner accès aux coulisses du tournoi à un maximum d'enfants. On leur offre un moment qui leur permet de s'évader un peu de leur quotidien à l'hôpital», poursuit Salim Azouzi. Pendant deux heures, ces élèves oublient tout. Ils ne sont plus en salle de classe.

11h30. Le soleil est maintenant au zénith. Autour, les visiteurs ralentissent. Regardent. Sourient. Certains dégainent leur téléphone. «C’est magnifique, ce que vous faites», lâche une passante. «Qui sont-ils ?», s’interroge un autre visiteur, pensant se trouver face à un photomaton. La session de deux heures touche à sa fin. Une immersion totale. Sans billet. Sans déplacement. Mais avec l’essentiel : l’émotion.

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