L'Accor Arena de Bercy accueille les 13 et 14 juin les 62 meilleurs lutteurs de sumo de la planète pour un tournoi inédit en France depuis 31 ans. Derrière l'événement, un défi logistique colossal, orchestré dans ses moindres détails pour honorer les traditions ancestrales d'un sport aux dimensions sacrées.
Du sel. Avant même d'évoquer les combats, les billets ou les Yokozunas, c'est par là que tout commence. «C'est un élément indispensable. Le tournoi ne peut pas avoir lieu s'il n'y a pas de sel», glisse David Rotschild, l'organisateur en chef, auprès de l'AFP. Le promoteur a accueilli jeudi 62 lutteurs de sumo à Paris. Pour la première fois depuis 31 ans et près de huit ans après avoir soumis l’idée à la Fédération japonaise de sumo, l'élite du «sport national japonais» combattra à l'Accor Arena (13-14 juin), l'une des plus grandes salles d'Europe.
Et pour leur venue, rien n'a été laissé au hasard. Pour les deux journées de compétition, ce sont 200 kilos de sel qui ont été acheminés depuis Le Croisic, en Loire-Atlantique. Une commande pour le moins insolite, accueillie avec amusement par Mérédith, l'une des artisanes. «C'est vrai que c'est une demande qui n'est pas très habituelle. Mais je me suis dit : why not ? (Pourquoi pas)», confie-t-elle.
Salt: integral ingredient of sumo stars' art.
Paris will be the setting next weekend for one of Japan's oldest martial art forms, sumo wrestling, but an unheralded star of the major two-day tournament will be 100% French: the 200 kilogrammes of customised Guerande salt ordered… pic.twitter.com/UcR1oasdqg— AFP News Agency (@AFP) June 10, 2026
Mais derrière l'anecdote se dissimule un cahier des charges d'une précision redoutable. «Ils ont demandé une blancheur quand même relativement importante et surtout une granulométrie très fine pour éviter que ça abîme la peau des pieds», explique-t-elle. En effet, avant chaque affrontement, les rikishis projettent une généreuse poignée de cet «or blanc» sur le dohyo, l'arène circulaire de 4,55 mètres de diamètre.
Deux avions, deux Yokozunas
L'organisation ne s'arrête pas là. Les 150 voyageurs japonais, dont les 62 rikishis, ont effectué la traversée à bord de deux appareils séparés. Une précaution qui évoque les protocoles de sécurité d'État : «Comme pour le Président et le Premier ministre, les rikishis doivent être séparés pour qu'en cas de problème, il en reste», souligne David Rotschild. Un Yokozuna, grade suprême de la discipline, est donc placé dans un avion avec la moitié des rikishis.
À bord, les places ont été distribuées selon le rang. «Ils sont soit en éco, soit en business, soit en première classe», précise l'organisateur. Pour ceux relégués en cabine économique, deux sièges leur sont systématiquement alloués. «C'est impossible pour eux de tenir dans un seul», reconnaît-il.
Toilettes renforcées et ramens de minuit
Sur le sol parisien, le défi logistique est tout aussi grand. Les sanitaires ont dû être repensés. Les toilettes suspendues, omniprésentes en France, ne sont en effet pas conçues pour supporter des hommes pesant en moyenne 150 kilos. «Il a fallu créer des cales en-dessous», explique David Rotschild.
Côté alimentation, les organisateurs ont revu leurs proportions à la hausse. «On prévoit entre une fois et demie et deux fois les quantités pour une personne normale», souligne l'organisateur. Le menu est résolument nippon, agrémenté d'un petit-déjeuner à l'occidentale enrichi d'un supplément riz.
Pour les fringales nocturnes, c'est la même histoire : «Il faut aussi pouvoir fournir de la nourriture pour qu'ils s'alimentent la nuit s'ils ont faim : des ramens instantanés, des boîtes isothermes pour ramener de la nourriture dans les chambres en cas de besoin», précise-t-il. Trois onigiris, ces boulettes de riz farcies emblématiques de la cuisine japonaise, sont également prévus par athlète chaque soir.
Un dohyo des Ardennes
Le promoteur, pourtant rompu à l'organisation de grands événements, du MMA à la K-pop, ne s'attendait pas à une telle somme de détails. Une logistique XXL qui est millimétrée jusqu'au sol de l'arène. «À part l'écran géant de Bercy et ce qu'on doit fournir sur place, tout vient du Japon», insiste David Rotschild. La plate-forme du dohyo a été rapatriée par cargo depuis l'archipel nippon.
Pour la terre argileuse recouvrant le ring, les organisateurs ont mandaté un ingénieur spécialiste chargé de sourcer un sol aux propriétés proches de celui utilisé au Japon. Après analyse comparative de plusieurs échantillons, c'est une terre des Ardennes qui a finalement été plébiscitée par les dirigeants de la Japan Sumo Association, lors de leur venue à Paris en février.
Des figures tutélaires comme Hoshoryu Tomokatsu et Onosato Daiki fouleront le dohyo pendant deux jours. Un spectacle rarissime, au terme d'une préparation dont chaque détail, du grain de sel au siège d'avion, a été pesé avec le soin d'un rituel.