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«406.000 euros en six jours sur Snapchat» : combien les réseaux sociaux rémunèrent-ils les influenceurs ?

Avec ses 11 millions d’abonnés, le créateur HMI a montré à ses followers avoir gagné plus de 406.000 euros en six jours sur Snapchat. [Manan VATSYAYANA / AFP]

Partie intégrante de la culture populaire moderne, les réseaux sociaux génèrent, grâce à leurs millions d'utilisateurs, d'immenses revenus pour les plates-formes, mais aussi pour les créateurs de contenus, qui utilisent différentes sources de monétisation. 

Les chiffres donnent le vertige. Le Snapchatteur aux 11 millions d’abonnés, Hachemi (HMI), a révélé une partie de sa rémunération à son audience : grâce à l’un de ses «programmes phares» sur les réseaux sociaux, l’influenceur a généré des revenus allant de 50.000 à 100.000 euros par jour. Des sommes démesurées, qui mettent en évidence le potentiel de rémunération des créateurs de contenus. 

Le RPM (Revenu pour mille)

Pour les stars des réseaux sociaux, il existe plusieurs moyens de générer des revenus. Le premier est lié à la performance. Plus un influenceur va faire de «vues», plus ses revenus seront conséquents. Chaque réseau propose ainsi une rémunération liée au visionnage, à l'aide d'un outil appelé «RPM» (Revenu pour mille) qui permet, grâce aux revenus publicitaires, de gagner de l’argent pour chaque millier de vues sur les réseaux sociaux.

En termes de RPM, le réseau social qui rémunère le mieux est YouTube. Si une vidéo est monétisée - c'est-à-dire qu'elle répond à un cahier des charges imposé par la plate-forme pour bénéficier de revenus - les créateurs peuvent recevoir environ 0,018 dollar par vue de publicité, soit 18 dollars toutes les 1.000 vues de publicités sur chaque vidéo. Cela correspond en moyenne à un RPM situé entre 2 et 5 dollars, en fonction du nombre de publicités intégrées. 

Le RPM sur YouTube inclut non seulement les revenus publicitaires (AdSense), mais aussi les revenus générés par les abonnements Premium YouTube, les Super Chats lors des lives, et d'autres sources de monétisation. Plus globalement, le RPM dépend également de plusieurs facteurs comme la région, le type de contenu, la saisonnalité (périodes de fêtes…) ou encore le niveau d’engagement des utilisateurs.

Sur TikTok, en raison de la viralité des contenus, la rémunération proposée est nettement inférieure, avec un RPM plus faible. Actuellement, on estime que le RPM est situé entre 2 et 4 centimes toutes les 1.000 vues. Sur Snapchat, le RPM se situe dans une fourchette approximative de 0,50 centimes à 5 dollars pour mille vues. Il est très variable en fonction des créateurs, selon tous les critères évoqués plus haut. En moyenne, on estime que Snapchat permet de générer environ 1 dollar pour chaque 1.000 vues. 

Sur Instagram et Facebook (groupe Meta), le concept de RPM n'est pas clairement défini car ces réseaux n'offrent pas de système publicitaire direct pour ses créateurs comme sur YouTube ou TikTok. Cependant, les créateurs peuvent gagner de l'argent via d'autres moyens, notamment grâce à des partenariats commerciaux avec des marques.

Les partenariats commerciaux

Le deuxième moyen de générer des revenus sur les réseaux sociaux est la collaboration commerciale. Aujourd’hui, beaucoup de marques utilisent le marketing d’influence à travers des partenariats avec les créateurs pour accroitre leur visibilité. Ces partenariats, dont la valeur marchande dépend de la portée des influenceurs sur les réseaux sociaux, ont dépassé les 200 milliards de dollars dans le monde en 2023. 

En France, selon la puissance de l’influenceur et les réseaux sociaux concernés, les prix des partenariats rémunérés pour un post divergent. Par exemple :

  • Sur Instagram, un partenariat rémunéré pour un influenceur de 50.000 followers varie entre 250 et 750 euros

  • Sur TikTok, un partenariat rémunéré pour un influenceur de 50.000 followers varie entre 200 et 600 euros

  • Sur Facebook, un partenariat rémunéré pour un influenceur de 50.000 followers coûte entre 200 et 500 euros

  • Sur YouTube, le coût d’une vidéo sponsorisée réalisant 10.000 vues est entre 500 et 1.000 euros

  • Sur Snapchat ou Instagram, le coût d’une story sponsorisée réalisant 10.000 vues varie entre 400 et 800 euros

Plus globalement, le format le plus rémunérateur sur l’ensemble des plates-formes est la vidéo publicitaire. Selon un rapport de la société de marketing IZEA, une vidéo publiée sur YouTube, TikTok, ou une story Instagram, permettait de gagner entre 2.102 et 2.784 dollars en 2022, contre en moyenne entre 642 et 1.643 dollars pour un post sponsorisé avec une image seule. Cela reste cependant nettement moins cher qu'un partenariat vidéo sur Twitch, dont le prix moyen s'élevait à 4.373 dollars en 2022.

Les publications combinées «story Instagram + TikTok» et «story Instagram + YouTube» représentaient les options les plus chères pour les annonceurs : respectivement 6.444 dollars et 12.007 dollars en moyenne. Le rapport montre également que les coûts des campagnes de marketing d'influence ont explosé ces dernières années. En 2022, le post payant moyen rapportait plus de 1.100 dollars aux créateurs de contenu, contre seulement 25 dollars en 2015. À noter que l’affichage de ces collaborations commerciales est obligatoire, afin de ne pas induire en erreur le consommateur.

Rapport HEC Montreal

La rémunération directe

En dehors du RPM et des partenariats rémunérés, certaines plates-formes proposent des rémunérations plus directes, de l’utilisateur à destination du créateur. C’est notamment le cas de TikTok, qui a révolutionné le système de revenus en proposant à ses utilisateurs d’offrir des «cadeaux», qui sont en réalité des jetons virtuels achetés avec du véritable argent, et qui sont distribués par les utilisateurs auprès de leurs influenceurs préférés en signe de soutien.

Selon les données collectées par Data.ai, les Français ont dépensé 11,2 millions d’euros en «cadeaux» en 2021. L’année suivante, ce chiffre a grimpé à 52 millions d’euros, jusqu’à atteindre les 80 millions d’euros en 2023. Ces cadeaux sont particulièrement utilisés lors des «live» puisqu’ils sont l’une des principales méthodes d’interaction pour la communauté, à la manière de ce que propose Twitch avec les subs.

Un procédé très lucratif, aussi bien pour les créateurs que pour TikTok. En effet, le réseau social touche une commission de 50% sur ces cadeaux virtuels, soit 40 millions d’euros en 2023, seulement grâce aux utilisateurs français. Certains créateurs affirment ainsi avoir touché pas moins de 900.000 euros grâce à TikTok en 2023. Sans surprise, cela place la plate-forme chinoise parmi les réseaux sociaux les plus lucratifs au monde.

Chaque réseau à ses spécificités 

Finalement, il est complexe de définir précisément quel réseau social est le plus rémunérateur. Si YouTube est souvent le plus lucratif, surtout pour les créateurs de vidéos longues et engageantes, TikTok est très rentable pour les créateurs qui peuvent bénéficier de «dons» en direct de la part des utilisateurs. Instagram et Facebook dépendent pour leur part majoritairement des contenus sponsorisés, quand Snapchat permet de mixer toutes ces formes de rémunération.

Quel que soit le réseau social utilisé, la seule certitude est la valeur des montants générés. Avec ses 11 millions d’abonnés, le créateur HMI a ainsi montré avoir gagné plus de 406.000 euros en six jours, soit l’équivalent d'environ 23 ans de salaire pour un Français au SMIC. Une somme sur laquelle il faut toutefois, bien entendu, payer des impôts.

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