La Fashion Week Printemps-Été de Paris est synonyme de renouveau. En effet, un grand nombre de changements à la tête des maisons de couture est opéré durant cette période. Ainsi, cette semaine est chargée de premières fois pour beaucoup de grands couturiers.
Le saut dans le vide. Depuis le 29 septembre, la Fashion Week bat son plein dans les rues de Paris, assaillies par les férus de mode, couturiers, journalistes, mannequins et grandes stars. Cette édition marque un grand tournant pour de nombreuses maisons, qui voient un nouveau chapitre de leur histoire s’ouvrir.
Depuis le début de l’année, les directeurs artistiques jouent au jeu des chaises musicales avec les maisons. Chanel, Dior, Margiela, Céline, Mugler, Carven, Balenciaga, Loewe et bien d’autres se renouvellent.
Christian Dior
La maison Christian Dior a accueilli Jonathan Anderson en avril 2025 pour la collection homme, où il a succédé à Kim Jones. Puis, en juin dernier, il a été transféré à la direction artistique de la collection féminine. Mercredi 1er octobre, il a présenté sa toute première collection du vestiaire féminin pour Dior.
Le show a débuté avec des images d’archives de la maison. De Christian Dior à Maria Grazia Chiuri, des backstages aux podiums, la vie de la marque française a été retracée avant le véritable début du défilé. Les attentes étaient grandes pour cette première, et l’homme de l’ombre n’a pas caché la pression qu’il avait sur les épaules.
Grâce à de nombreuses références à l’héritage Dior, ainsi qu’à sa collection masculine réalisée plus tôt dans l’année, cette première présentation a globalement été réussie. La patte d’Anderson a toujours reposé sur un travail riche autour des volumes et des proportions. Cette touche personnelle, le créateur l’a utilisée pour retravailler l’incontournable tailleur Bar, présenté en 1947, ou encore la robe bustier Junon de 1949, des pièces remises au goût du jour.
Les codes de la maison sont largement respectés, avec les fleurs Dior retrouvées sur des robes ou des blouses. Mais les robes et manteaux sont les pièces à retenir de cette collection. Les sacs, tous réussis, pourraient bien devenir des It-Bag à leur sortie.
En revanche, certains looks sont plus difficiles à apprécier, comme le retour du legging assorti à des hauts aux grands cols. Globalement, c’est une belle entrée en matière, prometteuse pour l’avenir de la maison sous l’égide de Jonathan Anderson.
Maison Margiela
L’arrivée de Glenn Martens chez Margiela n’a pas été de tout repos. Le nouveau directeur créatif, nommé en janvier dernier, est allé à contre-courant de l’image de la marque souhaitée par son fondateur, Martin Margiela. En effet, le Belge a décidé de nommer une égérie pour la première fois de l’histoire de la maison. Son créateur souhaitait rester discret, Glenn Martens ne l’entend visiblement pas de cette oreille, et cela a créé un tollé chez les fashionistas.
Pour cette première collection de prêt-à-porter, en revanche, l’esprit Margiela est bien présent. Sous la musique d’un orchestre juvénile, les mannequins, bouche ouverte, ont présenté une collection digne de Margiela. Cet accessoire, dérangeant autant sur le plan visuel que physique, rappelle très largement les quatre coutures utilisées par la maison à la place des étiquettes, devenues symbole de la marque.
Les points communs entre le créateur historique et le nouveau directeur artistique ont été un pilier pour cette collection. Le jean délavé en fait largement partie. En effet, le denim a été omniprésent sur le podium : un short évasé, une robe épurée, une jupe déstructurée, tout y est passé.
S’y ajoutent les blouses scientifiques, largement utilisées par Martin Margiela dans ses collections, comme en 1989. L’inspiration de cette blouse est retranscrite à merveille par Glenn Martens. Mélangée au layering, cette pièce est transformée en coupe-vent dramatique, transparent et à la coupe croisée.
Loewe
Le duo Jack McCollough et Lazaro Hernandez n’a pas bénéficié de la nomination la mieux accueillie parmi les grands changements de 2025. Difficile, en effet, de succéder à Jonathan Anderson, qui a servi la maison espagnole pendant onze longues années.
Pourtant, le défi est en partie relevé. Avec une collection prolongeant la vision de Jonathan Anderson, les looks colorés, pop et ludiques plaisent, tout en jouant sur le minimalisme et le dynamisme. Le cuir, signature de Loewe, est évidemment une matière omniprésente sur le défilé, travaillé sous toutes ses déclinaisons.
Les créateurs ont fait du mouvement une place centrale dans cette collection. Jouant sur les matières et les volumes, le duo a su donner un écho aux anciennes productions de la maison, rappelant certaines saisons passées.
Les pièces les plus intéressantes étaient, sans nul doute, les manteaux texturés proposés dans un orange subtil, ou encore les vestes en résine, qui rappellent presque des vêtements de cartoon, évoquant les touches d’humour associées à l’ancien directeur artistique.
Balenciaga
Après dix ans marqués par la révolution, les débats et les polémiques sous la direction de Demna, Balenciaga a officiellement accueilli Pierpaolo Piccioli, ancien directeur artistique de Valentino et vétéran de Fendi. Une passation de pouvoir d’envergure pour la maison d'origine espagnole, qui semble déterminée à entamer un nouveau chapitre créatif.
Aussi, la liste d'invités à l'évènement a été une mise en bouche intéressante. La présence de Meghan Markle a sans doute été la plus surprenante : pour la première fois depuis son entrée dans la famille royale britannique, l’ancienne actrice a pris place au premier rang d’un défilé. Les co-stars du film «Un diable s’habille en Prada 2», Anne Hathaway et Simone Ashley, sont apparues bras dessus, bras dessous, également en première ligne. Autour d’elles, des figures emblématiques comme Isabelle Huppert, Laetitia Casta, Philippine Leroy-Beaulieu ou encore Charlotte Lebon.
Dès l’apparition du premier mannequin, le fil rouge de Pierpaolo Piccioli s’est imposé. La silhouette est très vite familière pour les passionnés de la maison. En effet, la longue robe noire au large col en V est directement une inspiration de la création de Cristóbal Balenciaga, la robe sac, présentée en 1957. Agrémentée d’une paire de lunettes papillon, clin d’œil au travail de Demna, le nouveau directeur artistique s’empare des icônes de la maison et les réinvente avec modernité.
Connu pour ses créations sombres, Balenciaga renaît sous la palette flamboyante de Piccioli : rouge vif, vert absinthe, magenta, rose poudré, orange ou encore jaune poussin. Les pièces, toujours aussi géométriques, s’inscrivent dans la continuité de l’ADN de la maison, avec un style épuré et une exécution impeccable.
Les looks forts de la collection impressionnent par leurs techniques de couture, leurs matières et leur finition sans faille. La première collection de Pierpaolo Piccioli pour Balenciaga s’impose comme l’un des plus grands succès de cette saison, marquant un nouveau départ audacieux pour la maison.
Chanel
Le défilé Chanel était sans conteste l’un des événements les plus attendus de cette semaine de la mode. Après Gabrielle Chanel, Karl Lagerfeld et Virginie Viard, Matthieu Blazy n’est que le quatrième directeur créatif de la maison en 115 ans d’histoire. Une responsabilité immense et une pression palpable pour le styliste franco-belge, fort d’un parcours chez Margiela, Céline, Calvin Klein et Bottega Veneta.
Le rendez-vous était donné, comme chaque année, au Grand Palais de la capitale de la mode. Dans l'espace, les mannequins ont défilé dans un univers de planètes, à l'image des mises en scène gigantesques rappelant la grande ère Karl Lagerfeld. Lors de ce défilé divisé en trois parties, les 77 silhouettes présentées par Matthieu Blazy s’articulent autour des codes fondateurs de la maison, réinterprétés avec modernité.
Le défilé débute avec le style Coco Chanel. À mi-chemin entre le masculin et le féminin, les silhouettes rappellent l'essence de la maison. Le premier mannequin à s'avancer arbore un look simple, veste de blazer court, pantalon de costume gris et chemise blanche. Un style à la signature forte des origines Chanel.
Puis arrive le tweed. Matière phare de la maison, le tweed est revisité, remis au goût du jour : brodé, effilé, rebrodé, de multiples coupes, de multiples couleurs. Le tweed n’est plus seulement synonyme de luxe classique, il devient un terrain de jeu créatif, déstructuré, résolument contemporain.
Pour clore le défilé, le créateur ose une réinterprétation radicale des codes Chanel. Tailleurs, robes de soie et jupes mini mêlent le savoir-faire légendaire de la rue Cambon à des idées novatrices, offrant un renouveau subtil et précieux à l’emblème de la mode.