Deux juges d'instruction ont ordonné que le détenu radicalisé Franck Elong Abé soit jugé pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste après avoir agressé mortellement le militant corse Yvan Colonna en 2022, selon une source proche du dossier.
Une nouvelle avancée dans l'affaire Colonna. Le détenu radicalisé Franck Elong Abé sera prochainement jugé pour «assassinat en relation avec une entreprise terroriste», ont ordonné jeudi deux juges d'instruction. Il avait agressé mortellement Yvan Colonna le 2 mars 2022 dans la prison d'Arles (Bouches-du-Rhône), alors que le militant corse y purgeait une peine à perpétuité pour l'assassinat du préfet Claude Erignac en 1998.
A l'issue de leur information judiciaire, les juges d'instruction ont estimé que son décès résultait directement des coups portés par Franck Elong Abé sur la victime, «dans des conditions d'extrême violence», selon l'ordonnance de mise en accusation rendue jeudi. Ces coups avaient notamment été suivis d'un étouffement d'Yvan Colonna pendant «plusieurs minutes», avant que Franck Elong Abé ne lui prenne «le pouls».
«volonté de tuer»
Pour les juges, la «volonté de tuer» apparaît «sans équivoque». S'agissant du mobile, les magistrats estiment que le projet du suspect visait «à éliminer un individu parce qu'il a indiqué ne pas partager la même croyance». En revanche, Franck Elong Abé n'est pas renvoyé pour association de malfaiteurs, «en l'absence de participation ou contact entre lui et une tierce personne préalablement aux faits». Ce qui a fait bondir les avocats d'Yvan Colonna et de son fils.
Les avocats Sylvain Cormier et Emmanuel Mercinier-Pantalucci ont ainsi dénoncé que «l'hypothèse retenue» soit celle «d'un acte solitaire» alors que «l'assassin a revendiqué avoir agi en accord avec les services français», «que l'assassin a bénéficié d'une liberté d'aller et venir inexpliquée» ou encore «que ce crime a eu lieu précisément le jour où la vidéosurveillance était en maintenance».
«L'on est prié d'admettre que l'ensemble abracadabrant de tous ces éléments relèverait d'une suite de coïncidences extraordinaires. Nous constatons plus volontiers que l'hypothèse retenue d'un acte solitaire est singulièrement conforme à la raison d'Etat», ont-ils accusé. L'avocat de Franck Elong Abé n'était pas joignable dans l'immédiat.