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Lyhanna, Lina, Lola : Ces affaires ayant suscité de vives critiques avant la disparition de la fillette de 11 ans

Bien que ces affaires soient différentes, chacune a soulevé des interrogations quant au fonctionnement de la justice et de l'administration. [ SEBASTIEN BOZON/Laurent Caron / Hans Lucas / Hans Lucas/AFP]

A l’heure où Lyhanna demeure recherchée, le corps d’un enfant «porteur de vêtements similaires à ceux» de la fillette de 11 ans a été retrouvé ce jeudi dans une usine agricole. Si les critiques s’intensifient sur les éventuelles failles judiciaires dans cette affaire, d’autres dossiers ont également fait l’objet, par le passé, de plusieurs critiques ou interrogations.

Le drame aurait-il pu être, une nouvelle fois, évité ? Ce jeudi 4 juin, un corps identifié comme étant «probablement» celui de Lyhanna, collégienne de 11 ans portée disparue depuis le 29 mai dernier, a été retrouvé dans une exploitation agricole du Gers, a indiqué le procureur de la République d’Agen, Olivier Naboulet, dans un communiqué de presse. 

Et alors qu’une autopsie doit avoir lieu «afin de parvenir à identifier formellement le corps et proposer des conclusions médico-légales sur les causes de la mort», plusieurs politiques ont pointé un «dysfonctionnement profond» depuis la révélation des antécédents judiciaires du suspect et de la manière dont les plaintes le visant ont été traitées par la justice et la gendarmerie.

Par le passé, d'autres affaires criminelles très médiatisées impliquant des victimes mineures, certes différentes du dossier du jour, avaient également suscité des critiques. Sans mettre directement en cause la justice comme dans l'affaire Lyhanna, elles ont néanmoins soulevé des interrogations sur la manière dont certaines situations avaient été traitées par les autorités judiciaires ou administratives avant le drame.

Le cas Lyhanna

Concrètement, dans le dossier Lyhanna, le profil du suspect Jérôme B., alimente les interrogations. Actuellement mis en examen et placé en détention, cet homme avait fait l’objet de multiples signalements et plaintes pour des faits présumés de violences sexuelles sur mineurs. Une première procédure, initiée en 2017 par la mère d’une jeune fille de 17 ans, avait été classée sans suite en 2018, la jeune fille ayant évoqué une relation consentie.

En 2022, une nouvelle plainte a été déposée pour viol. Les faits se seraient déroulés en 2020, sur une petite fille de 10 ans. Les actes d'enquête réalisés n'ont pas permis «d'étayer les déclarations» de la fillette, et l'affaire a été classée sans suite.

En août 2025, une autre plainte a été déposée. «Cette enquête était encore en cours au moment de la disparition de Lyhanna» et l’audition de Jérôme B. «est toujours le dernier acte d’enquête à effectuer», avait expliqué la procureure de la République d’Auch, Clémence Meyer, lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi 3 juin, avant d'ajouter qu'une nouvelle plainte a été déposée le jour-même au matin.

Le cas Lina (2023)

A titre d’exemple, dans l’affaire Lina, adolescente de 15 ans disparue le 23 septembre 2023 à Saint-Blaise-La-Roche dans le Bas-Rhin et dont le corps sans vie a été retrouvé le 16 octobre 2024 dans un bois isolé à Sermoise-sur-Loire dans la Nièvre, le scandale ne concerne aucunement le meurtrier présumé Samuel Gonin, qui s’est donné la mort quelques mois avant la découverte du corps de la mineure. Mais la victime avait vécue une autre affaire troublante en 2022.

En effet, le différend porte sur une plainte pour viol déposée la jeune fille en mai 2022 visant deux jeunes hommes et qui avait été classée sans suite par le parquet de Saverne au printemps 2023 pour «infraction insuffisamment caractérisée».  

La mère de Lina, Fanny Groll, avait confié s’être sentie «trahie» en apprenant ce classement sans suite, alors qu’elle pensait que l’affaire était toujours en cours. «En n’agissant pas, ils ne l’ont pas protégée, alors qu’à 13 ans et demi elle avait vraiment besoin que la justice la protège», avait-elle dit.

A l’époque des faits, Lina était âgée précisément de 13 ans et 8 mois. Elle avait passé la soirée au domicile d’un ami au cours de laquelle elle avait eu des rapports sexuels avec deux jeunes hommes. Alors que la victime dénonçait un viol, les mis en cause étaient interrogés par les forces de l’ordre et avaient évoqué des rapports sexuels «consentis». 

Et c’est après la disparition de Lina que l’affaire avait été rouverte par le parquet de Saverne, avant que la procédure ne soit reprise par le parquet de Strasbourg, ordonnant l’ouverture d’une information judiciaire en février 2024. Lina aurait-elle dû être mieux écoutée ? C’est une question qui se pose aujourd’hui.

Le cas Lola (2022)

Dans un autre dossier, des dysfonctionnements administratifs et institutionnels avaient été mis en lumière lors de l’affaire du meurtre de la jeune Lola Daviet à Paris en 2022. Les faits s’étaient déroulés le 14 octobre, dans le 19e arrondissement de la capitale. 

Toutefois, avant le drame, la principale suspecte Dahbia Benkired, de nationalité algérienne, faisait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Selon certains responsables politiques, cette femme n’aurait pas dû être sur le territoire national si la mesure administrative avait été exécutée plus rapidement. Ainsi, l’État a été accusé de «laxisme». 

Sur Europe 1, le cheffe de file du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen s’était interrogée : «Combien de Lola faudra-t-il encore pour que l’État applique enfin ses propres lois ? L’impunité migratoire tue», avait-elle déclaré. De son côté, Eric Ciotti, président de l’Union des Droites (UDR) avait dénoncé une «faillite gravissime de l’Etat», soulignant que «ce drame aurait pu être évité si l’OQTF avait été exécutée. Il faut des mesures coercitives immédiates pour protéger les Français». 

Et enfin, Gérald Darmanin, à l’époque ministre de l’Intérieur, avait reconnu des «défaillances administratives», indiquant que «nous devons améliorer le taux d’exécution des OQTF, mais dans le respect du droit et des engagements internationaux».

Au moment de son interpellation, cette Algérienne n’avait ni logement, ni emploi, ni ressources. Si la contre-expertise réalisée par deux médecins avait conclu «l’existence de conduites manipulatoires relevant d’une personnalité pathologique ou d’une stratégie et pas d’une pathologie psychiatrique majeure», Dahbia Benkired a été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible, vendredi 24 octobre 2025, à la cour d’assises de Paris.

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