Les missions de Christophe Castaner

Dès sa nomination, le ministre s'est rendu auprès de policiers des Lilas, en Seine-Saint-Denis. Dès sa nomination, le ministre s'est rendu auprès de policiers des Lilas, en Seine-Saint-Denis. [[© BERTRAND GUAY / AFP]]

Le locataire de Beauvau devra gérer des dossiers sensibles, et également acquérir de la légitimité à ce poste.

Place à l’action. A peine le remaniement acté, les chantiers ne manquent pas pour le nouveau ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, quinze jours après le départ de Gérard Collomb. Encore néophyte dans la sphère sécuritaire, ce fidèle de la première heure d’Emmanuel Macron a promis, lors de sa passation de pouvoir, d’y consacrer une énergie «sans repos [ni] perte de temps».

Dès sa nomination, mardi, il est donc allé sur le terrain, à la rencontre de policiers et de pompiers en région parisienne, notamment aux Lilas, en Seine-Saint-Denis, où un adolescent est mort après une rixe entre bandes rivales. Un déplacement symbolique, qui signe le début de ses faits d’armes, place Beauvau.

Des enjeux cruciaux

A l’heure où, selon un récent baromètre Fiducial-Odoxa, seul un Français sur cinq (21 %) fait confiance à l’exécutif pour protéger la population, les défis de Christophe Castaner sont plus que jamais de taille. A commencer par la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes (islamisme, ultradroite...) et le banditisme, de la petite délinquance au grand trafic de drogues.

Pour cela, le ministre pourra s’appuyer sur les services de renseignement, renforcés il y a un an par la nouvelle loi anti-terroriste, mais également la police de sécurité du quotidien (PSQ), lancée par son prédécesseur fin 2017. Détail qui n’en est pas un, il sera épaulé dans sa mission par un nouveau secrétaire d’Etat, Laurent Nunez, expert de la sûreté en tant qu’ex-patron de la DGSI. Un tandem plutôt bien accueilli par les forces de l’ordre, qui ne cessent de rappeler leur malaise sur le terrain.

Autre dossier sensible pour Beauvau, la mise en œuvre de la loi asile-immigration votée l’été dernier. Alors que le sujet reste le cheval de bataille des populistes à l’approche des européennes de mai, Christophe Castaner sera amené à défendre publiquement la logique du gouvernement – accueillir moins, mais mieux.

Comme promis par l’Elysée, le ministre aura aussi pour tâche de réformer l’organisation de l’islam en France (taxe halal, contrôle des financements, formation des imams...). Sans compter le redécoupage des circonscriptions législatives, qui pourrait naître de la réforme des institutions en janvier.

Une popularité à construire

D’un point de vue plus personnel, Christophe Castaner devra aussi acquérir une légitimité qui, pour l’heure, peut lui faire défaut. Une mission délicate, tant l’Intérieur est un ministère placé en première ligne, exposé aux critiques et dont le chef est attendu au tournant par l’ensemble des forces de l’ordre. «C’est un baptême du feu pour le ministre, davantage étiqueté comme un intime du président qu’un spécialiste de la sécurité», note Frédéric Dabi, de l’Ifop.

Un profil qui fait d’ailleurs le lit de l’opposition, comme en témoignent l’accueil chahuté qui lui a été réservé par les sénateurs LR après sa nomination, ou encore les accusations de «laxisme» formulées par l’extrême droite en raison de sa carrière au PS.

Alors que deux Français sur cinq disaient, dans un récent sondage, ne pas le connaître, Christophe Castaner devra en outre travailler sur son image – «encore en construction» – pour espérer gagner en popularité, estime Frédéric Dabi. Il pourrait alors «jouer de son passé de maire» de Forcalquier, commune des Alpes-de-Haute-Provence d’à peine 5 000 âmes, pour tenter de se démarquer.

Vous aimerez aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles