Le samedi noir des gilets jaunes

Si le mouvement tend à s’essouffler, au sixième jour de blocages, les gilets jaunes espèrent se relancer avec la mobilisation de samedi. Si le mouvement tend à s’essouffler, au sixième jour de blocages, les gilets jaunes espèrent se relancer avec la mobilisation de samedi. [© Lucas BARIOULET / AFP]

Une semaine après leurs premières actions, les manifestants souhaitent maintenir la pression sur l’exécutif ce samedi.

Une marée jaune aux portes de l’Elysée ? Alors que le mouvement contre la flambée des prix du carburant, qui devait initialement ne durer que 24h samedi dernier, persiste sur une bonne partie du territoire, tous les regards sont à présent tournés vers la journée de samedi et le rassemblement prévu dans la capitale.

Car, si la mobilisation tendait à s’essouffler jeudi, au sixième jour de blocages, les gilets jaunes, toujours sans leaders officiels, espèrent se relancer, en faisant de ce ­samedi le deuxième acte de leur combat contre la politique du gouvernement.

Vers une journée noire

«Le 24 novembre, c’est Paris bloqué […] Paris ville morte» L’appel, lancé le week-end dernier sur les réseaux ­sociaux par l’un des initiateurs du mouvement dans le Tarn-et-Garonne, n’est pas passé inaperçu. A tel point que la page Facebook «Acte 2 Toute la France à Paris», créée par un autre chef de file informel, est devenue virale ces derniers jours. Pas moins de 33.000 personnes avaient déjà prévu hier d’y participer, et près de 210.000 se disaient ­intéressées.

Or, si le ministère de l’Intérieur a bien autorisé un rassemblement sur l’esplanade du Champ-de-Mars, qui «offre les conditions de sécurité nécessaires», les manifestants ont d’autres plans en tête. Au moins trois autres lieux de la capitale (Concorde, Bastille et les Champs-Elysées) pourraient être investis par les cortèges, sans compter une possible «action» vers le palais présidentiel, d’après une note du Renseignement. De leur côté, commerces et restaurants redoutent, ce jour-là, des dégradations, mais également un «blocage de l’économie», à l’approche de Noël.

Autant d’éléments qui font craindre aux autorités des débordements. «Le risque est de voir, en même temps que des rassemblements formels et calmes, des groupes plus radicaux perpétrer des violences», avance Rémi Bourguignon, spécialiste des mouvements sociaux, qui fait un parallèle avec les Black Blocs lors des défilés du 1er Mai dernier.

Mais la capitale n’est pas le seul endroit que les gilets veulent paralyser pour faire entendre leur colère. ­Profitant du fait qu’il s’agit d’un jour non travaillé, nombre d’entre eux vont continuer à se mobiliser en région, soit parce qu’ils s’y estiment plus utiles, soit à cause d’un pouvoir d’achat – le nerf de leur guerre – insuffisant pour monter à Paris.

A la croisée des chemins

Quoi qu’il en soit, la journée de demain fera office de test pour l’avenir des ­gilets jaunes. D’abord, en termes de nombre de manifestants, qui n’a cessé de reculer cette semaine, mais surtout de légitimité, les blocages ayant été émaillés de rixes et d’incidents, notamment racistes et homophobes.

Alors que l’exécutif a promis une «réponse judiciaire intraitable en cas de troubles à l’ordre public», la mobilisation, née sur les réseaux sociaux et construite sur un discours spontané, fait face désormais à un dilemme, selon Rémi Bourguignon : «continuer sans se structurer, au risque d’aboutir à un rapport de force qui les disqualifierait, ou se structurer autour d’un leader, une identité, quitte à devenir institutionnelle.»

Une difficulté sur laquelle pourrait compter le gouvernement, qui espère un essoufflement progressif de la fronde.

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