«Gilets jaunes» : les étapes d'un mouvement inédit

Un "gilet jaune" à un péage près de Marseille, le 9 décembre 2018 [SYLVAIN THOMAS / AFP] La fronde, qui exprime une large colère sociale, a fait quatre morts et plusieurs centaines de blessés depuis le 17 novembre. [SYLVAIN THOMAS / AFP]

Les étapes de la colère inédite des «gilets jaunes», mouvement né le 18 octobre sur les réseaux sociaux pour protester contre une hausse des carburants.

La fronde, qui exprime une large colère sociale, a fait quatre morts et plusieurs centaines de blessés depuis le 17 novembre.

Vidéo accusatrice

Dans une vidéo sur Facebook postée le 18 octobre, rapidement virale, une inconnue, Jacline Mouraud, interpelle «Monsieur Macron», dénonçant «la traque aux conducteurs». Une pétition «Pour une baisse des prix du carburant» cartonne sur Internet.

«Mobilisation générale»

Le samedi 17 novembre, la première journée de blocages de routes rassemble en France près de 290.000 manifestants arborant un gilet jaune fluorescent, action organisée en dehors de tout parti ou syndicat.

Le lendemain, le Premier ministre Édouard Philippe assure que le gouvernement va «tenir» son cap.

L'île de La Réunion est secouée par une flambée de violence, due notamment à de jeunes casseurs.

«Acte II»

Samedi 24 novembre, pour l'«acte II» de leur mobilisation, plusieurs milliers de manifestants s'opposent durement aux forces de l'ordre sur les Champs-Élysées à Paris. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner blâme des «séditieux» de «l'ultra-droite».

Plus de 106.000 manifestants en France (dont 8.000 à Paris) sont recensés, bilan réévalué une semaine plus tard à 166.000.

Rencontre avortée

Le 27 novembre, Emmanuel Macron annonce vouloir adapter la fiscalité des carburants aux fluctuations de prix et organiser une «grande concertation» dans les territoires.

Pas convaincus, des «gilets jaunes» appellent à une nouvelle manifestation le 1er décembre sur les Champs-Élysées.

Le 29, Édouard Philippe reçoit un «gilet jaune». Le lendemain, deux autres répondent à son invitation, mais l'un d'eux repart aussitôt.

«Acte III» : chaos à Paris

La place de l'Etoile autour de l'Arc de Triomphe est le théâtre de violences, le 1er décembre 2018  [Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP/Archives]
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La place de l'Etoile autour de l'Arc de Triomphe est le théâtre de violences, le 1er décembre 2018

 

Samedi 1er décembre, la troisième grande journée de mobilisation donne lieu à de multiples violences, surtout à Paris, où l'Arc de Triomphe et plusieurs quartiers huppés connaissent des scènes de guérilla urbaine.

L'Intérieur recense 136.000 manifestants en France.

Dès son retour du G20 en Argentine, Emmanuel Macron convoque le 2 décembre une réunion de crise à l'Élysée. Édouard Philippe reçoit le lendemain les chefs des partis politiques. Une réunion à Matignon avec des représentants des «gilets jaunes» est annulée, certains disant avoir reçu des menaces de mort.

Les blocages de routes, zones commerciales et dépôts pétroliers se poursuivent.

Porté par cette contestation, le mouvement lycéen contre les réformes dans l'Éducation nationale perturbe à partir du 3 décembre plusieurs dizaines de lycées chaque jour.

 Moratoire et concertation

Edouard Philippe annonce la suspension de la hausse de la fiscalité sur les carburants le 4 décembre 2018 à Paris (image AFP TV) [- / AFP/Archives]
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Edouard Philippe annonce la suspension de la hausse de la fiscalité sur les carburants le 4 décembre 2018 à Paris (image AFP TV)

 

Le 4, Édouard Philippe annonce la suspension pour six mois de la hausse de la fiscalité sur les carburants et du durcissement du contrôle technique automobile, ainsi qu'un gel des tarifs du gaz et de l'électricité «durant l'hiver». La hausse de taxes sera même abandonnée si ne sont pas trouvées des mesures d'accompagnement efficaces, précise-t-il.

Les «gilets jaunes» appellent cependant à poursuivre les actions.

Hausses de taxes «annulées» en 2019

Le 5, Emmanuel Macron fait savoir que les augmentations de taxes sur les carburants sont annulées pour 2019. Mais il s'oppose au rétablissement de l'Impôt sur la fortune (ISF).

Le 6, une vidéo virale d'une interpellation de masse de lycéens de Mantes-la-Jolie (Yvelines), à genoux et les mains sur la tête, provoque un tollé.

«Acte IV» : heurts à Paris et en province

Le 7, des «gilets jaunes» dits «modérés», sont reçus à Matignon. Ils appellent à manifester pacifiquement et pas à Paris pour ne pas être assimilés à des «casseurs».

Le 8, malgré des appels au calme et un déploiement massif des forces de l'ordre, soutenues à Paris par des véhicules blindés, des heurts éclatent dans la capitale et en province. A Paris, où les devantures de nombreux commerces sont protégées par des panneaux de bois, la tour Eiffel et le Louvre restent fermés, tout comme 36 stations de métro.

Près de 2.000 personnes sont interpellées en France, dont plus de 1.700 placées en garde à vue. Les heurts font 264 blessés dont 39 blessés parmi les forces de l'ordre. Quelque 136.000 manifestants ont défilé en France.

A Bruxelles aussi, plusieurs centaines de «gilets jaunes» sont arrêtés après des incidents.

Edouard Philippe déclare qu'il faut «retisser l'unité nationale» et qu'Emmanuel Macron proposera des «mesures» en ce sens.

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