Un an de gilets jaunes : que deviennent les figures du mouvement ?

Eric Drouet et Jérôme Rodrigues, leaders informels des gilets jaunes, le 30 janvier, lors d'une conférence de presse. Eric Drouet et Jérôme Rodrigues, leaders informels des gilets jaunes, le 30 janvier, lors d'une conférence de presse. [© BERTRAND GUAY / AFP]

Priscillia Ludosky, Maxime Nicolle, Eric Drouet... Anciens anonymes, passés de l'ombre à la lumière en quelques semaines, ils sont devenus les figures de proue du mouvement des gilets jaunes né le 17 novembre 2018. Alors que la mobilisation va bientôt fêter son premier anniversaire, où en sont-ils ?

PRISCILLiA LUDOsky

Elle est la gilet jaune «originelle», celle qui a exprimé la colère de la France dite périphérique avant tous les autres. Dès le mois de mai 2018, en effet, Priscillia Ludosky avait lancé une pétition «pour une baisse du prix des carburants à la pompe», dont le nombre de signatures avait explosé l'automne suivant, et qui avait fini par impulser le mouvement de révolte.

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© Eric Feferberg / AFP

Aujourd'hui encore, cette pétition est active et est signée régulièrement par de nombreux anonymes. Elle totalisait, début octobre 2019, près de 1.255.000 paraphes, faisant à jamais de son autrice l'un des principaux visages de la contestation. 

Depuis, cette auto-entrepreneuse de 33 ans (elle fêtera ses 34 ans, le 4 novembre 2019, ndlr) a notamment participé à l'emblématique manifestation du 1er mai, à Paris, aux côtés des gilets jaunes et des syndicats.

«J'espère pouvoir continuer à me battre autrement, avec d'autres méthodes, par le biais du monde associatif par exemple. Je n'arrêterai pas de militer», avait-elle alors assuré au micro de France Info.

Une parole qu'elle a d'ailleurs tenue, entre autres sur les réseaux sociaux. Très active sur Twitter, suivie par plus de 17.000 personnes, elle n'hésite en effet pas à donner son opinion sur divers sujets ou à relayer les communiqués ou informations émanant d'associations ou collectifs citoyens.

Dernièrement, Le Parisien annonçait que Priscillia Ludosky aurait par ailleurs été recrutée en tant que «reporter citoyen» pour couvrir la convention climat. Une initiative qui reviendrait à la coalition de youtubeurs «On est prêt» et à la société de production audiovisuelle Yami 2.

Jacline Mouraud

Sa vidéo coup de gueule contre la hausse du carburant et la «traque des automobilistes» par l'Etat, publiée mi-octobre 2018, a été vue plus des millions de fois sur tous les réseaux sociaux et à la télévision.

Hypnothérapeute de profession, devenue égérie de la fronde populaire, Jacline Mouraud a finalement lancé en janvier 2019 son mouvement politique, baptisé «Les Emergents». Un parti «du bon sens, sans étiquette», avait-elle alors défendu cette Bretonne de 52 ans, avec dans le viseur les municipales de 2020. 

Sauf que, fin avril, plusieurs de ses membres avaient annoncé leur départ, mettant en cause «le culte de la personnalité» de la fondatrice. «Absence de concertation, directives confuses, manque de transparence financière et relationnelle... Elle a mis un logo avec un M en allusion à Mouraud», pouvait-on lire dans un communiqué signé par les anciens secrétaire, trésorier et conseiller presse du parti, cités par LCI.

La gilet jaune avait dit «prendre acte» de cette vague de démissions. En outre, déçue des annonces post-grand débat d'Emmanuel Macron, elle avait fait savoir sur Europe 1 qu'elle voterait blanc au scrutin du 26 mai. Interviewée le 30 septembre dernier par le site Bretagne Actuelle, elle a indiqué que Les Émergents ont maintenant «évolué en groupe de soutien, réflexions politiques et citoyennes.»

Laissant planer le doute sur ses ambitions électorales, elle assure néanmoins «rester fidèle à (ses) convictions» et qu'elle fait «de la politique avec cœur, empathie, mais aussi et surtout avec de la bienveillance pour les gens et le pays.»

Eric Drouet

Il avait fait savoir qu'il jetait l'éponge. Devenu l'un des leaders de la lutte, Eric Drouet avait annoncé, le 24 avril 2019, son retrait du mouvement. Une décision prise après l'annulation de l'invitation au Sénat d'une délégation de gilets jaunes dont il faisait partie, le 9 avril précédent.

«Mode pause pour moi, voire plus peut-être, trop de menaces sur ma famille, trop de haineux, trop de foulards rouges, trop de mépris, trop d'insultes, je suis fatigué, désolé», avait alors écrit le chauffeur poids lourd de 34 ans, sur Facebook. Et de préciser : «Tout n'est pas fini, mais là je suis au bout de mes forces. Et c'est même pas le gouvernement le plus fatiguant dans tout ça !!»

L'histoire qui lie Eric Drouet aux gilets jaunes n'est en effet pas complètement terminée, puisqu'il n'a eu de cesse de participer régulièrement à plusieurs samedis de mobilisation depuis cette sortie.

Lors de l'acte 45, le 21 septembre 2019, il avait d'ailleurs été verbalisé pour participation à une manifestation non autorisée. Le 29 mars précédent, il avait déjà écopé de 2.000 euros d'amende pour organisation d'une manifestation sans déclaration préalable à Paris, le 22 décembre 2018 et le 2 janvier 2019. 

Par ailleurs, toujours concernant la manifestation du 22 décembre 2018, Eric Drouet avait été interpellé en possession d'un bâton de 30 centimètres dans son sac, une «matraque» qui lui avait valu d'être convoqué le 5 juin 2019 au Tribunal pour «participation à un groupement en vue de commettre des violences» et «port d’arme prohibé de catégorie D».

Le 4 septembre 2019, il est relaxé pour le premier chef d'accusation, les juges ayant estimé que c'est son interpellation qui a créé un climat de violence, mais est condamné à 500 euros d'amende avec sursis pour port d'arme prohibé.

Maxime Nicolle

Il est peut être celui qui est resté le plus proche du mouvement. Adepte des «lives» sur les réseaux sociaux, Maxime Nicolle, alias «Fly Rider», est devenu l'une des figures incontournables des gilets jaunes. Ex-sympathisant FN se déclarant aujourd'hui antisystème, l'ancien chauffeur intérimaire a souvent été présenté par les médias comme flirtant avec des thèses complotistes : contestation de la version officielle de l'attentat de Strasbourg, relai des rumeurs d'enlèvements d'enfants par des Roms, critiques des francs-maçons...

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© Alain Jocard / AFP

Le Breton de 31 ans est aujourd'hui client de l'avocat Juan Branco, autre contestataire médiatique connu pour avoir aussi défendu le fondateur de Wikileaks, Julian Assange.

Maxime Nicolle va d'ailleurs prochainement sortir un livre préfacé par Juan Branco, intitulé «Fly Rider, gilet jaune», reprenant ainsi simplement le surnom qui lui a été donné par les «GJ».

Cet ouvrage, présenté comme un «droit de réponse», doit sortir le 14 novembre 2019, soit quelques jours avant le premier anniversaire du coup d’envoi de la vague jaune.

Au début du mois de septembre dernier, «Fly Rider» avait par ailleurs annoncé rejoindre l’équipe de «QG», la web-télé lancée par la journaliste Aude Lancelin, et qu'il pourrait, à cet égard, obtenir une carte de presse. Pas de nouvelle sur ce sujet depuis.

Ingrid Levavasseur

Porte-parole au profil très «gilet jaune» (aide-soignante de 31 ans, mère célibataire de deux enfants, issue d'un milieu rural), c'est elle qui, la première, avait annoncé le 23 janvier un embryon de liste aux européennes – baptisée «Ralliement d'initiative citoyenne», en référence au RIC – dont elle prendrait la tête. Sous le feu des critiques, Ingrid Levavasseur s'était finalement rétractée le 13 février, annonçant ne plus vouloir participer aux manifestations à cause des violences.

Quelques semaines auparavant, en janvier, elle avait déjà été victime d'insultes, de menaces de mort et de viol, puis agressée physiquement à deux reprises par des gilets jaunes, après l'annonce de sa participation en tant que chroniqueuse à une émission sur BFMTV.

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© Charly Triballeau / AFP

Bien que loin du pavé, elle reste néanmoins très critique de la politique gouvernementale. Comme en témoigne sa lettre – au vitriol – ouverte adressée au président au lendemain de sa conférence de presse post-grand débat national.

Et, si elle renonce à briguer tout poste électif, la gilet jaune de cœur ne s'engage pas moins dans la vie publique pour autant. Elle a ainsi annoncé, début avril, la création de deux associations : «Racine positives», pour venir en aide aux familles monoparentales, et «Eclosion démocratique», destinée à défendre différentes propositions sociales et écologiques «à chaque échéance électorale à partir des municipales de 2020».

A ce sujet, elle a d'ailleurs annoncé qu'elle se présenterait sur la liste «Changer Louviers» pour l’élection municipale de Louviers (Eure) au scrutin de mars prochain.

Sur un plan tout à fait personnel, l'ancienne figure du mouvement social a également décidé de se livrer dans un livre. Ecrit en collaboration avec la journaliste Emmanuelle Anizon, l'ouvrage, intitulé «Rester digne», est autobiographique et décrit «une vie de luttes».

Jérôme Rodrigues

Il était l'une des figures des gilets jaunes à être invitée régulièrement sur les plateaux de télévision, avant d'annoncer, en août dernier, qu'il avait pris la décision de prendre du recul, et même de rejoindre une maison de repos

Avant cela, Jérôme Rodrigues, blessé à l'œil lors de l'acte XI à Paris, se disait plus que jamais engagé dans la mobilisation. Et ce, sans équivoque ni esprit de revanche, selon lui. Il avait d'ailleurs dénoncé «avec vigueur» les slogans «suicidez-vous» lancés aux policiers en marge du 23e samedi de grogne.

Très actif sur les réseaux sociaux, proche d'Eric Drouet, il avait appelé à voter contre Macron aux européennes («quitte à ce qu'il finisse deuxième»), et surtout à se rendre aux urnes, car «l'abstention c'est voter Macron». Il avait dit, en outre, qu'il ne donnerait pas sa voix à la liste gilets jaunes conduite par Francis Lalanne, qu'il accusait de «récupération» (cette dernière, et celle du controversé Christophe Chalençon n'ont obtenu, à elles deux, qu'un peu plus de 0,5 % des voix).

Connu pour avoir été sur pavé tous les samedis, cet ancien commerçant, en reconversion pour devenir plombier, avait estimé que la mobilisation n'est pas en train de s'essouffler, contrairement à ce que laisseraient penser certains médias.

Dernièrement, Jérôme Rodrigues a d'ailleurs appelé à une «convergence plus large» et a été vu en compagnie des activistes d'Extinction Rebellion, lors de l'occupation du centre commercial Italie 2, à Paris.

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