1er Mai : 4 forces en présence, 4 objectifs en filigrane

Le jaune fluo des gilets, le rouge des drapeaux de la CGT et le bleu des uniformes des policiers : il ne manque que le noir des «black blocs» Le jaune fluo des gilets, le rouge des drapeaux de la CGT et le bleu des uniformes des policiers : il ne manque que le noir des «black blocs». [© KENZO TRIBOUILLARD / AFP]

Une fête du travail à haut risque. Les rues de Paris et d'autres métropoles du pays vont devenir, ce mercredi 1er mai, le terrain de jeu de différentes forces sociales. Des syndicats rouges aux gilets jaunes, en passant par les forces de l'ordre en bleu, sans oublier les black blocs en noir, toutes se sont données une mission spécifique.

Les syndicats veulent la lumière

Passés au second plan depuis le début de la crise des gilets jaunes, les syndicats entendent saisir l'occasion du 1er Mai pour se faire entendre. La CGT, FO, la FSU, Solidaires, l'Unef et l'UNL ont appelé à un défilé afin d'«amplifier les batailles pour que les urgences sociales et climatiques soient enfin prises en compte par le gouvernement et le patronat». Cette journée fera aussi figure de test pour le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, qui va remettre son mandat dans la balance lors du 52e congrès du syndicat, du 12 au 17 mai.

La CGT, qui a récemment cédé sa place de premier syndicat de France à la réformiste CFDT, veut profiter de cette mobilisation pour grossir le bloc contre la politique de l'exécutif. «Le 1er mai doit être le rassemblement de tous ceux qui manifestent depuis des mois et des mois, parfois côte à côte mais trop souvent les uns après les autres ou les uns derrière les autres», a déclaré son patron.

Mais, si la convergence est espérée, voire plausible avec une partie des gilets jaunes, les syndicats restent divisés. La preuve, les syndicats dits classiques défileront l'après-midi à Paris entre Montparnasse et la place d'Italie, tandis que les «réformistes» organiseront une mobilisation propre, comme à l'accoutumée : la CFDT, la Fage, la CFTC et l'Unsa, contre les «populismes», seront dans la matinée place de l'Europe, dans le VIIIe arrondissement de la capitale, avec comme mot d'ordre «pour une Europe sociale et environnementale».

les gilets jaunes espèrent se relancer

Après 24 samedis sur le pavé, dont le week-end dernier, marqué par une mobilisation en berne, ce mercredi sera la 25e journée d'action officielle des gilets jaunes. Il y a eu une «baisse d'intérêt pour l'acte XXIV au profit du 1er Mai», selon une source policière. Plusieurs rassemblements sont ainsi prévus mercredi dans la capitale, mais ausi à Bordeaux, Toulouse ou encore Rennes.

Et le mouvement compte bien renaître sur la base des annonces post-grand débat d'Emmanuel Macron – ou plutôt sur leur manque d'ambition, selon les détracteurs. Un certain nombre de leurs revendications phares (instaurer le RIC, rétablir l'ISF, taxer à 0% les produits de base, imposer davantage les gros pollueurs...) ont en effet été écartées par l'Elysée. De quoi relancer la contestation. «Seule une mesure d'envergure aurait pu éteindre la mobilisation des gilets jaunes, comme une dissolution de l'Assemblée ou le retour de l'ISF», selon le politologue Philippe Moreau-Chevrolet, qui évoque «une communication de crise sur des mesures de basse intensité».

Et les gilets jaunes, toujours soutenus en majorité par l'opinion, ne sont pas les seuls à douter de la parole d'Emmanuel Macron. Selon un sondage Elabe, 65% des Français ayant vu ou écouté parler de l'intervention du président le 25 avril ne l'ont pas jugé convaincant, estimant qu'il n'a pas répondu aux revendications. De quoi légitimer encore un peu plus le mouvement social. Sans compter que mercredi sera le premier anniversaire de l'affaire Benalla, symbole d'une «justice à deux vitesses» dénoncée par les gilets : c'est le 1er mai 2018 que l'ex-collaborateur de l'Elysée avait brutalement interpellé un couple de manifestants sous l'œil de caméras.

les black blocs visent un autre 1er mai 2018

La journée devrait aussi être un test pour les «black blocs», ces militants radicaux d'extrême gauche qui, depuis des années, évoluent et s'adaptent à l'arsenal sécuritaire des forces de l'ordre. Pour eux, tout l'enjeu sera de réitérer, voire d'intensifier le «coup» du 1er Mai 2018. Ce jour-là, quelque 1.200 adeptes de l'action directe violente, vêtus de noir et suivant le même parcours que les syndicats, avaient pris pour cible policiers et enseignes commerciales, symboles respectifs de la répression étatique et du capitalisme selon eux.

Et c'est un scénario similaire qui se profile à l'horizon. Comme écrit sur Facebook par le groupe Black Bloc France le 6 avril dernier : «Le 1er mai 2018 à Paris, un imposant Black Bloc se forme avec 1.200 militant-e-s. (...) De nombreux affrontements. Ce jour là, le temps était clément mais il pleuvait des pavés et le feu prenait les rues. Le 1er mai 2019 s'annonce historique. Des têtes vont tomber.» On comprend mieux le sens de l'événement Facebook – depuis supprimé – qui appelle à faire de Paris la «capitale de l'émeute» ce mercredi.

«On sait bien que les ultraviolents, ultragauche mais aussi des 'ultrajaunes' viendront pour casser sur Paris, et pas seulement», a lui-même prévenu le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. De son côté, le député LR Eric Ciotti a regretté que tous les groupuscules d'extrême gauche ne soient «pas interdits de manifester» préventivement.

Les forces de l'ordre passent un test

«Journée de l'apocalypse» sur Facebook, ce mercredi aura valeur d'épreuve pour les policiers, plus que jamais scrutés sur leur gestion du maintien de l'ordre après les spectaculaires épisodes de violences ces derniers mois.

Révisée pour être plus efficace, la nouvelle stratégie sécuritaire prévoit ainsi des zones d'interdiction de manifester, des contrôles préventifs, des unités anti-casseurs, ou encore l'utilisation de drones – qui pourraient notamment faciliter la reconnaissance faciale des casseurs. Comme pendant l'acte XXIV, des policiers à moto seront aussi présents pour disperser les manifestants récalcitrants. «Le seul but de la moto est de pouvoir propulser des forces de l'ordre plus vite», explique une source policière, tandis qu'une autre s'inquiète : «Jusqu'ici ça fonctionne, les gilets jaunes courent en nous voyant, mais il faudra voir face à un 'black bloc' constitué.» 

Entre les cortèges syndicaux à encadrer, les défilés des gilets jaunes à contenir et les «black blocs» à interpeller, nul doute que la nouvelle doctrine du maintien de l'ordre va être sérieusement mise à l'épreuve par ce 1er Mai haut en couleur. 

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