Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale : «Le baccalauréat se passera bien»

Le grand jour est arrivé. C’est aujourd’hui, lundi 17 juin, que démarre l’édition 2019 du baccalauréat pour les voies générales et technologiques. Au total, 743.594 candidats vont plancher pour un examen sur le point de se transformer.

Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a en effet engagé une profonde refonte du baccalauréat et du lycée, qui entrera en vigueur en 2021.

Une réforme qui a du mal à passer auprès de certains syndicats. Ils ont appelé à une grève de la surveillance de l’écrit de philosophie, qui, conformément à la tradition, ouvre le bal des épreuves. Entretien.

Cette grève de la surveillance vous inquiète-t-elle ?

Non, car nous avons pris toutes les mesures pour que la surveillance ait lieu comme il convient. Nous avons fait une évaluation très claire de la situation et l’absence des professeurs grévistes sera compensée par la présence d’autres personnels.

Je pense toutefois que cette grève ne sera pas trop suivie parce que l’immense majorité des professeurs n’a pas envie de nuire aux élèves au travers d’un tel mouvement.

C'est mon devoir de s'assurer que les épreuves se déroulent normalement

Vous garantissez donc aux élèves et à leurs familles que l’examen se déroulera bien comme prévu ?

Oui, et c’est tout le sens du message que je veux envoyer. Au moment des révisions, il n’est pas bon de faire pâtir les élèves d’un stress supplémentaire avec une grève.

C’est donc mon devoir, et celui de tous les recteurs de France, de s’assurer que les épreuves se déroulent normalement.

En quoi les réformes que vous menez sont-elles indispensables ?

Chacune des réformes que nous menons apporte des réponses à de vrais problèmes structurels et est mise en œuvre avec le souci constant de réduire les inégalités.

C’est pour cela que nous agissons dès le plus jeune âge avec par exemple les classes de CP et CE1 dédoublées ou l’instruction obligatoire à 3 ans. C’est à mes yeux le premier de tous les combats.

Concernant le baccalauréat, il fallait le redynamiser et, aujourd’hui, les élèves de seconde sont bien heureux d’avoir de nombreux choix possibles par rapport aux seules trois voies (en filière générale, ndlr) disponibles auparavant.

 

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[© N. Revelli-Beaumont pour CNEWS]

Les établissements sont-ils prêts pour ce nouveau baccalauréat ?

Ils le sont bien sûr. Cela fait plus d’un an que nous travaillons avec les proviseurs, que ce soit sur l’élaboration des emplois du temps ou les ressources humaines nécessaires aux enseignements.

Nous avons aussi créé des spécialités complètement nouvelles comme «numérique et sciences informatiques» pour laquelle 2.000 professeurs ont été formés.

Mais cette spécialité n’est pas proposée dans tous les lycées…

Elle est offerte dans plus de la moitié d’entre eux. Pour une discipline nouvelle, c’est une performance. Nous avons en outre veillé à l’implanter dans les territoires les plus défavorisés chaque fois que nous le pouvions.

Dans les faits, il y a enfin davantage d’établissements proposant les sept spécialités de base que de lycées qui offraient auparavant les trois filières générales (L/ES/S).

Selon un syndicat enseignant, les élèves reconstituent les anciennes filières. L’objectif est-il raté ?

L’étude du Snes-FSU a été contredite par une enquête plus approfondie que nous avons menée. Il est en quelque sorte normal qu’une partie des élèves cherche des combinaisons qui peuvent ressembler aux trois filières précédentes.

Mais en réalité, la majorité a choisi des combinaisons plus originales et bénéficie donc davantage de la liberté offerte par la réforme.

Le nouvel examen comprend un grand oral. Un stress pour certains élèves. Comment les aider ?

Le premier oral de ce type aura d’abord lieu en juin 2021. Cela laisse donc encore du temps pour le travailler. Un rapport sur tous les détails de l’épreuve est d’ailleurs prévu ce mercredi.

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[© N. Revelli-Beaumont pour CNEWS]

Que va-t-il advenir des derniers élèves à passer le bac «ancienne formule» et qui ne l’auront pas ?

Le système va s’adapter. Nous proposerons des modules spécifiques aux élèves redoublants du bac 2020/2021 de façon à ce qu’ils passent le nouvel examen.

Pour poursuivre dans le supérieur, il faut s’inscrire sur Parcoursup. Quel bilan tirez-vous du dispositif ?

A ce stade, 85 % des lycéens ont reçu une ou plusieurs propositions. Parcoursup est une réussite à plus d’un titre et surtout parce que le système est plus juste. Il n’y a plus de tirage au sort comme c’était le cas auparavant.

Certains déplorent néanmoins que la plate-forme reste opaque…

Le système a, je crois, au contraire, gagné en clarté par rapport à ceux qui l’ont précédé. Ce qui est certain, c’est que Parcoursup a amélioré la dimension sociale.

Nous avons ainsi poussé le nombre d’admissions de bacs pro en BTS ou de bacheliers technologiques en IUT. Il y a également plus d’élèves provenant des académies de Versailles ou de Créteil inscrits dans Paris intra-muros. Des chiffres seront d’ailleurs disponibles en ce sens au mois de septembre prochain.

A ce stade, 85 % des lycéens ont reçu une ou plusieurs propositions sur Parcoursup

Pour autant, estimez-vous que Parcoursup soit assez clair alors que certaines entreprises proposent, moyennant finances, de s’occuper à la place de l’élève de son inscription ?

La plate-forme proposée par le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation est gratuite. Notre système doit toujours être, même s’il est gratuit, suffisamment simple et lisible, performant et ouvert à tous.

Nous faisons en sorte au niveau du lycée d’accompagner les élèves, via leurs professeurs principaux notamment, et les professionnels de l’orientation à chaque étape.

Dans le même temps, nous ne pouvons pas interdire à des gens de proposer des services même si je pense qu’ils sont superflus par rapport à ce que peuvent trouver les élèves dans leurs établissements.

Nous devons bien sûr améliorer la qualité de l’orientation - et cela fait partie des réformes en cours – seules à même d’éviter l’émergence d’une offre payante renforçant les inégalités. Ce phénomène n’est toutefois pas lié à Parcoursup. Il vient de beaucoup plus loin. Nous sommes en train d’y porter remède.

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[© N. Revelli-Beaumont pour CNEWS]

Autre dossier : le projet de loi «Pour une Ecole de la confiance» et le port du voile interdit aux accompagnatrices lors des sorties scolaires. Mesure abandonnée ?

Cette proposition émanait d’un amendement proposé lors de l’examen du texte au Sénat. La commission mixte paritaire, dans la ligne de l’avis du Conseil d’Etat, n’a pas retenu cet amendement…

Il est important que, sur le terrain, nous restions attentifs à ce qu’il n’y ait pas de prosélytisme durant les sorties scolaires. C’est pourquoi, dans le même temps, la loi renforce la lutte contre le prosélytisme aux abords des établissements.

Le respect de la laïcité est un impératif catégorique pour moi et nombre d’actions concrètes ont été engagées en ce sens.

Le texte prévoit également le développement des Eplei, des écoles internationales accusés par certains syndicats d’introduire une école à plusieurs vitesses. Que répondez-vous ?

Ce sont des craintes infondées dans la mesure où ces Eplei (les Établissements publics locaux d’enseignement international, des structures qui permettent de suivre une scolarité multilingue, de la maternelle jusqu’au bac, ndlr) sont tout d’abord gratuits.

Ce que nous voulons c’est offrir à des élèves la possibilité de bénéficier d’un enseignement international et cela quelle que soit leur origine sociale.

Le but est également de valoriser un territoire puisque ces écoles pourront être implantées dans certaines banlieues ou dans certains territoires ruraux avec des internats.

Cela permettant de donner un nouvel élan aux territoires concernés. S’il est trop tôt pour dire combien exactement de ces établissements verront le jour, tous en revanche seront basés sur le modèle de ce qui existe déjà à Strasbourg (Bas-Rhin), où une école européenne a été ouverte en 2015.

Bien que réécrit par le Sénat, l’article premier demandant un «devoir d’exemplarité» aux professeurs suscite toujours leur méfiance. Les choses peuvent-elles là aussi évoluer ?

Cet article a souvent été caricaturé car, en réalité, c’est un article qui protège les professeurs. Il rappelait une exemplarité qui était déjà demandée dans les textes.

J’insiste par ailleurs sur le fait que la deuxième phrase de cet article qui, elle, concerne le respect qui est dû aux professeurs que ce soit de la part des élèves ou des parents d’élèves n’est jamais mentionnée alors que c’est le point le plus important.

Je suis donc attentif à ce que nous soyons toujours plus capables de protéger les professeurs face notamment aux agressions, qu’elles soient physiques ou verbales et c’est là le sens le plus important de ce premier article du projet de loi.

Les mesures du plan de lutte contre la violence scolaire seront présentées au plus tard à la rentrée prochaine 

Un plan de lutte contre la violence scolaire est toujours attendu. Quand sera-t-il présenté ?

Nous voulons prendre à bras-le-corps le problème de la violence scolaire et ce plan sera lancé dès la rentrée prochaine. Nous annoncerons l’ensemble des mesures au plus tard à la rentrée 2019.

Toutes vont dans le sens d’une sécurité renforcée, que ce soit aux abords des établissements ou dans le développement de structures capables d’accueillir des élèves exclus de plusieurs écoles.

Les parents des élèves violents pourraient-ils voir leurs allocations familiales supprimées ?

L’objectif est la responsabilisation des familles. Il faut une approche personnalisée car chaque cas est particulier.

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[© N. Revelli-Beaumont pour CNEWS]

A la rentrée prochaine, des petits déjeuners gratuits à l'école seront proposés dans les territoires prioritaires. Cette mesure, évaluée à 6 millions d’euros, est-elle bien financée ?

Cette mesure, issue du plan pauvreté, est bien financée. Elle a d’ailleurs été programmée au projet de loi de Finances 2019 et le sera en 2020.

Elle s’applique au bénéfice des communes les plus pauvres, qu’elles soient situées en territoires urbains ou ruraux, en soutien aux mairies qui décident d’attribuer des petits déjeuners gratuits.

Mais l’objectif est aussi de responsabiliser les parents car le petit déjeuner gratuit n’a pas vocation à être proposé forcément tous les jours de la semaine. S’il est, par exemple, offert deux fois par semaine, le but ait qu’ils aient le réflexe ou plus de facilité à le prendre aussi chez eux les autres jours.

Derrière cela, il y a un enjeu d’égalité et de santé publique, mais aussi de convergence entre les parents et l’école car il est indispensable que les enfants dorment bien et mangent bien pour avoir une bonne vie chez eux comme à l’école.

Emmanuel Macron souhaite limiter partout en France à 24 le nombre d’élèves au CP et au CE1. Est-ce réaliste ?

L’engagement pris par le président est que toutes les classes du pays en grande section de maternelle, CP et CE1 soient limitées à 24 élèves. Un travail est d’ores et déjà enclenché dans chaque région et nous espérons que la mesure soit opérationnelle à l’horizon 2020/2021.

Mon but n'est pas de bousculer le système mais de l'adapter. Je n'ai jamais pensé que le brevet, et encore moins le baccalauréat, étaient inutiles

Vous avez annoncé une réforme du brevet des collèges également pour 2021. Pourquoi ?

Je lance d’abord une concertation sur le sujet. Mon but n’est pas de bousculer le système mais de l’adapter sereinement. Il est, par exemple, intéressant d’avoir une cohérence entre l’oral du baccalauréat et ce que nous pouvons proposer sur ce point au brevet.

Je n’ai jamais pensé que le brevet, et encore moins le baccalauréat, étaient inutiles. Je pense au contraire qu’il faut leur redonner du sens. Je sais que certaines réformes sont populaires et d’autres moins. Mais toutes sont menées pour le bien des élèves.

Nous avons tout le temps pour discuter avec les acteurs sans urgence. 

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