Le cri d'alarme des pompiers

Des pompiers luttent contre un incendie qui s'est déclaré dans un marché couvert de Levallois-Perret, en région parisienne, le 18 août 2019. [© Marc LOUKACHINE / Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris / AFP]

Ils voient de plus en plus rouge. Alors que leurs conditions de travail se détériorent un peu plus chaque année, les sapeurs-pompiers de France tiennent ce mardi, et pour quatre jours, leur 126e Congrès national, à Vannes (Morbihan).

L’occasion pour les soldats du feu, en grève depuis juin, de se faire entendre des autorités, mais également d’insister sur les changements cruciaux pour exercer décemment leur métier. 

Un triste état des lieux

Première des revendications : leur propre sécurité. «Chaque jour, nous sommes victimes de sept violences déclarées», alerte André Goretti, président de la fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels. De la simple insulte au véritable guet-apens, les attaques ne cessent d’augmenter, empêchant les pompiers d’exercer leurs missions dans de saines conditions. De 2017 à aujourd’hui, les agressions ont en effet connu une hausse de 23%, selon le capitaine Eric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des Sapeurs-pompiers de France (FNSPF).

Et pour mieux se défendre contre celles-ci, les soldats du feu réclament des mesures concrètes. Par manque de temps, à cause de la charge de travail, ou par crainte des représailles, seulement 14 % des agressions subies mènent en effet à une plainte à la police.

Autre sujet d’inquiétude, le sort des pompiers volontaires. Ces derniers, qui enfilent leur tenue bleu et rouge en parallèle à leur activité professionnelle, voient leur statut menacé par une directive européenne sur la limitation du temps de travail (DETT). Si celle-ci venait à être appliquée, elle mettrait en péril le système français, qui repose sur environ 80% volontaires, soit 195 000 personnes, et qui souffre déjà depuis de longues années d’un manque d’effectif.

Enfin, trop souvent sollicités, les sapeurs pompiers réclament une meilleure répartition des urgences. Car de nombreux usagers composent le 18 alors que la situation doit être gérée par un autre service ou n’est pas urgente. Une coordination des différents services de secours est érigée comme une priorité par les représentants des soldats du feu.

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Un pompier gréviste manifeste à Paris, le 14 mars 2017 © Jacques Demarthon / AFP

Des solutions sur la table

L’une des mesures phares réclamée par les représentants des sapeurs-pompiers, est l’instauration d’un numéro unique pour les secours : le 112. Son application obligerait les services à s’organiser, à partager des fichiers et serait bénéfique à un rapprochement du traitement de l’alerte pour anticiper les agressions. Une autre potentielle solution est testée depuis une quinzaine de jours dans le Val d’Oise : des agents sont équipés de caméra-piéton.

Aussi, afin de protéger les pompiers, le porte-parole de la FNSPF préconise le dépôt de plainte anonyme. Pour certains, il est également nécessaire de faire un travail de «resacralisation» de la profession chez les plus jeunes. L’idée serait de «développer des sections de Jeunes sapeurs-pompiers dans des zones populaires pour que, demain, ça puisse faire partie intégrante d’un parcours scolaire», précise Eric Brocardi.

Toutes ces mesures seront soumises au ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, qui viendra clore le Congrès samedi, avec l’espoir que leur cri d’alerte soit enfin entendu.

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