«Jusqu'où laisserons-nous passer la haine des musulmans ?» : des personnalités en appellent à Emmanuel Macron

Pour le collectif signataire, il est urgent que le chef de l'Etat «dise, avec force, que les musulmans ont toute leur place dans notre société.» [Photo d'illustration / REMY GABALDA / AFP].

En réaction à l'esclandre provoqué par un élu du Rassemblement national au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, qui, la semaine dernière, avait demandé à une femme voilée accompagnant des écoliers, dont son fils, de quitter l'hémicycle, un collectif de 90 personnalités demande à Emmanuel Macron, dans une tribune relayée par Le Monde ce mardi 15 octobre, de condamner fermement cette agression.

De «A», comme la journaliste Leïla Alaouf, à «Z», du nom de la réalisatrice Rébecca Zlotowski, en passant par l'acteur Omar Sy ou encore la dessinatrice Pénélope Bagieu, toutes ces personnalités, «venues d'horizons divers et attachées au principe de laïcité tel qu'inscrit dans la loi», estiment en effet que «ce comportement est d'une violence et d'une haine inouïes» et qu'il est urgent que le chef de l'Etat «dise, avec force, que les musulmans ont toute leur place dans notre société».

L'absence d'une «indignation générale» regrettée

Rappelant, à juste titre, que rien, ni dans le règlement de l'Assemblée locale, ni dans la loi, ne justifiait une telle diatribe, ils déplorent, dans le même temps, l'absence d'une «indignation générale». Laquelle trouverait son origine dans une forme de lâcheté et de renoncements collectifs, l'ensemble de la société ayant contribué, petit à petit, «à laisser passer» une haine à l'égard des musulmans.

Ils en veulent notamment pour preuve «la course au buzz et à l'audience permanente» émanant de certains plateaux télé, en passant par une islamophobie qui n'est pas l'apanage de l'extrême-droite, puisque, selon eux, elle trouve également un écho favorable dans les rangs «de la droite et de la gauche dites républicaines», qui «n'hésitent pas à stigmatiser les musulmans, et en premier lieu les femmes portant le voile».

Le collectif relève, à cet égard, que si Jean-Michel Blanquer a condamné dimanche la sortie de l'élu RN, le ministre de l’Education nationale a affirmé que le «voile n'est pas souhaitable dans notre société». Une illustration, selon ses membres, «d’une stigmatisation assumée jusqu’au plus haut niveau de l’Etat.»

Il est à noter que la parution de leur tribune se fait d'ailleurs le jour même où le ministre a demandé des sanctions contre le député LREM Aurélien Taché, qui avait critiqué ses propos. Revenue dans le débat public, la question du voile et plus largement celles de l'islam et de la laïcité, constituent un sujet à ce point sensible qu'il divise jusqu'au sein même de la majorité présidentielle. 

Si plusieurs autres ministres, à l'instar de Bruno Le Maire (Economie), se sont ainsi rangés à l'avis de Jean-Michel Blanquer, d'autres, en revanche, comme la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, ont émis une opinion contraire.

En attendant, les images de cette mère prise à partie lors d'une scolaire censée initier des enfants à la vie publique continuent de tourner en boucle sur les réseaux sociaux.

Une scène «d'une violence inouïe»

Pour le collectif, «cette scène, ces mots, ce comportement sont d'une violence et d'une haine inouïes», non seulement pour le fils de cette femme «qui a assisté, impuissant, à l'humiliation de sa propre mère» - ne pouvant s'empêcher d'éclater en sanglots dans ses bras - mais ils le sont surtout pour la mère de famille «victime d'un amalgame inacceptable associant la pratique de sa religion à l’attentat de la Préfecture de police de Paris».

Dans ces conditions, le collectif se pose la question-titre de sa tribune : «Jusqu’où laisserons-nous passer la haine des musulmans ?» alors que cet événement s'ajoute à plusieurs autres.

Et de citer : «Hier, Latifa Ibn Ziaten, mère du militaire Imad Ibn Ziaten, victime des attentats de Mohamed Merah, huée lors d’un colloque à l’Assemblée nationale en raison de son foulard ; hier encore, une femme de 24 ans, portant elle aussi un foulard, poignardée devant son conjoint et leurs enfants à Sury-le-Comtal (Loire). Aujourd’hui, cette femme humiliée dans une assemblée de la République française. Aujourd’hui encore, l’université de Cergy-Pontoise qui demande à son personnel de lui faire remonter les 'signaux faibles' de détection de radicalisation d’étudiants ou de collègues, ciblant uniquement les personnes de confession musulmane».

Reste à savoir si cette tribune trouvera un écho auprès du chef de l'Etat. Jusqu'à présent, Emmanuel Macron a toujours refusé de trancher la question du voile, ne cessant de la renvoyer à plus tard et à une éventuelle réforme de la loi de 1905 sur la laïcité.

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