Entre bilan et défis, Emmanuel Macron à mi-chemin de son mandat

Arrivé à mi-mandat, ce jeudi 7 novembre, Emmanuel Macron a encore du chemin à faire. En deux ans et demi, le chef de l’Etat a multiplié les réformes structurelles (Code du travail, fiscalité, SNCF...) et tenté d’affirmer la place de la France sur la scène internationale.

Loin d’être épargné, il a dû faire face à plusieurs controverses entachant le pouvoir (affaire Benalla, polémique De Rugy, violences policières...), mais surtout à la crise, inédite, des gilets jaunes, qui a mis en suspens depuis un an tous les projets de loi dans les tuyaux. Le président souhaite désormais écrire l’«acte II» de son quinquennat, avec l’espoir de rester «maître des horloges», comme aime à le décrire son entourage.

Un virage très régalien

En plus de devoir – comme promis – agir davantage pour le climat et contre les inégalités, le principal défi de l’Elysée consiste à imposer des réformes particulièrement impopulaires. Comme celle de la fonction publique, qui prévoit la suppression de 120 000 postes d’ici à 2022, ou celle des retraites, qui doit remplacer les régimes spéciaux par un système universel. Concernant cette dernière, l’Etat mise d’ailleurs sur une concertation citoyenne, lancée fin septembre, pour déminer le terrain. Une méthode imposée par le grand débat national et destinée, selon lui, à inclure davantage les Français dans les décisions.

Mais la tâche s’annonce d’autant plus ardue pour Macron que la grogne populaire est au plus haut – des soignants aux pompiers, en passant par les enseignants ou les cheminots qui, épaulés par les syndicats, feront grève «illimitée» dès le 5 décembre contre le futur système de retraites. Quant à sa cote de popularité, elle continue de stagner autour de 30 %. Comme reconnu par un membre de la majorité, «si elle s’enclenche, la remontada dans l’opinion sera longue».

Et c’est visiblement sur sa droite que le chef de l’Etat entend relancer son mandat. Déjà très libéral économiquement (comme en témoigne la nouvelle réforme de l’assurance chômage), il veut désormais séduire la droite des valeurs, en défendant des sujets régaliens. Depuis la rentrée, au grand dam des associations, il a ainsi fait de l’immigration une priorité, en impulsant un débat parlementaire sur ce thème, jusqu’à donner un entretien au magazine ultraconservateur Valeurs actuelles.

«S’il apparaît opportuniste, on ne peut pas exclure que Macron soit authentiquement de droite, tant économiquement que sociétalement», estime le politologue Philippe Moreau-Chevrolet.

La présidentielle déjà en tête

Si le chef de l’Etat parle aux partisans de LR et du RN, c’est qu’il y a un intérêt politique : s’assurer une plus grande assise électorale aux futurs scrutins. Les municipales de mars 2020, bien sûr, mais surtout la présidentielle de 2022, alors que les sondages prédisent déjà un nouveau duel avec Marine Le Pen. «Macron, c’est la stratégie par le vide», selon Philippe Moreau-Chevrolet: faire en sorte qu’il n’y ait «que lui comme alternative à l’extrême droite», afin de réussir à être «élu par défaut».

Un siphonage qui, à terme, peut s’avérer contre-productif, car en gagnant des électeurs de droite, le locataire de l’Elysée risque de perdre ceux du centre, allergiques aux arguments des extrêmes. Les déçus du macronisme pourraient alors décider de soutenir d’autres prétendants. Comme un candidat écologiste ou non-aligné, qui aura su occuper l’espace qui s’offre aujourd’hui à lui.

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