Les 5 urgences les plus vitales de l'hôpital public

A ce jour, 264 services d'urgences sont en grève, selon le dernier décompte du collectif InterUrgences. [© KENZO TRIBOUILLARD / AFP]

La fièvre de l'hôpital ne retombe pas. Après presque huit mois de mobilisation dans les urgences, le collectif inter-hôpitaux, qui rassemble plusieurs centaines de soignants, appelle à une «grande manifestation», ce jeudi 14 novembre, à Paris.

L'objectif : obtenir du gouvernement, accusé de ne pas en faire assez, «un plan d'urgence pour l'hôpital public», en proie à des difficultés qui ne cessent d'empirer. Zoom sur les problèmes les plus criants, qui sont presque tous liés, selon les différents collectifs, au «manque de moyens» financiers et humains alloués à l'institution, lui-même dû à la «casse sociale des services publics» menée par Emmanuel Macron au motif de faire des économies.

Des fermetures de lits en masse

Une étude du ministère de la Santé, publiée ce jeudi, vient confirmer ce que le personnel soignant dénonce depuis des années: sur les quelque 3.000 établissements de soins recensés, pas moins de 17.500 lits d'hospitalisation ont été fermés en six ans – et près de 4.200 rien qu'entre 2017 et 2018. A lui seul, l'hôpital public, qui en a perdu 13.631, représente 78 % de l'ensemble des suppressions de lits, alors même qu'il représente 61,5% de la capacité totale.

Si le gouvernement se targue d'avoir créé en contrepartie 5.300 «lits de jour» (pour accueillir les patients en ambulatoire qui rentrent chez eux le soir), le compte n'y est pas. Et le plan d'urgence de 750 millions d'euros présenté en septembre par la ministre est jugé insuffisant par le secteur, pour qui il faudrait plusieurs milliards d'euros pour «faire survivre» l'hôpital public.

Une pénurie de soignants

Ces fermetures de lits sont notamment liées au manque de médecins et personnels soignants. Comme annoncé, au début du mois d'octobre, par l'AP-HP, 900 lits sur 20.000 sont actuellement fermés en raison de 400 postes d'infirmiers restés vacants.

Autre exemple : faute d'internes en nombre suffisant, 25 hôpitaux d'Ile-de-France risquent de fermer leurs urgences pédiatriques, selon une information du Parisien. A compter de début novembre, en effet, ils n'auront pas assez de médecins en formation pour continuer leurs activités dédiées aux enfants. Un manque dû à «une erreur ahurissante de l'Agence régionale de santé (ARS)» dans l'attribution des stages, selon les praticiens, mais révélateur d'un problème chronique de manque de main-d'œuvre, ainsi que de la nécessité d'embaucher davantage.

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Des soignants en grève font un die-in devant la mairie de Bordeaux © Georges Gobet/AFP

Des urgences engorgées

Ce n'est plus à prouver : croulant sous les prises en charge, les urgences hospitalières de l'Hexagone sont engorgées, avec plus de 21 millions d'entrées en 2017 (un record) contre un seuil (à la baisse) de 400.000 lits, selon les chiffres de la Drees. En cause, le manque de lits, donc, mais aussi le manque de médecins généralistes au sein de ces services.

Une situation d'autant plus «scandaleuse» que, selon des études, ce surrégime peut causer «une surmortalité de 9% pour l'ensemble des patients et de 30% pour les patients les plus graves», rappelle l'Amuf, l'Association des médecins urgentistes de France.

Et la loi «Ma santé 2022», adoptée en mars dernier, va «aggraver et déstabiliser encore plus le système», alertait récemment l'urgentiste Patrick Pelloux sur Europe 1.

En réponse à ce «profond malaise», ce sont à ce jour 264 services d'urgences qui sont en grève, selon le dernier décompte du collectif InterUrgences, fer de lance de la contestation.

Multipliant les journées de manifestation, tous n'ont qu'un souhait : que tous les différents services des hôpitaux publics, mais aussi les usagers (qui les soutiennent à 89%), rejoignent les cortèges.

Des salaires trop faibles

«Il y a un problème de rémunération si on veut rendre l'hôpital [public] attractif», avait reconnu en octobre la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Même conclusion du patron de l'AP-HP, Martin Hirsch : la question «indéniable» des salaires est «probablement la première raison» de la désaffection des soignants pour l'hôpital public. Combinée à une cadence de travail effrénée, la pression financière devient insupportable.

Et, si le gouvernement a déjà généralisé une prime de 100 euros nets mensuels pour tous les professionnels (exceptés les médecins) des urgences, le coup de pouce est dérisoire, selon les personnels soignants. Confrontés au quasi gel du point d'indice depuis dix ans, ils revendiquent notamment une hausse salariale de 300 euros nets mensuels. Tout au moins.

Des agressions en série

Si elles sont moins dans le viseur de la colère des soignants, les agressions quotidiennes dont ils sont victimes restent un sujet préoccupant. Le mois dernier encore, à Bayeux (Calvados), un infirmier urgentiste a été roué de coups par un patient souffrant de troubles psychologiques, seulement trois semaines après une tentative de strangulation sur un médecin du même établissement. 

Selon une étude de l'Observatoire national des violences en milieu de santé (ONVS), une agression (physique ou verbale) a ainsi lieu toutes les trente minutes : 60 % d'entre elles concernent la prise en charge des patients, 12 % une forte alcoolisation des patients et 11 % un temps d'attente jugé trop long. Des actes qui sont le plus souvent classés sans suite.

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