Sans surprise, les deux motions de censure déposées à l'Assemblée nationale en réaction au recours par le gouvernement à l'article 49.3 sur la réforme des retraites, l'une à l'initiative de la droite, la seconde par la gauche, devaient être rejetées ce mardi 3 mars. Cela au grand dam des oppositions et des syndicats, mobilisés à nouveau dans la rue, et toujours très remontés.
Avant même la tenue des débats, qui ont eu lieu après la séance des questions au gouvernement et qui devaient se dérouler jusque tard dans la soirée, les opposants au projet de loi ont continué de dénoncer, comme ils le font depuis samedi, «un coup de force» et pointé «le cynisme» du gouvernement qui, en pleine crise du coronavirus, a enclenché l'article 49.3 de la Constitution pour faire adopter en première lecture et sans vote sa réforme des retraites.
«On va d'abord s'élever contre la méthode du gouvernement qui, avec le 49.3, coupe court avec un débat qui est nécessaire pour le pays», expliquait notamment le député communiste (PCF) de Seine-Saint-Denis, Stéphane Peu, dont le parti s'est allié aux socialistes et aux Insoumis pour déposer une motion de censure commune.
Une absence de débat dénoncée
«On ne peut pas consentir à l’éviction d'un débat de fond sur un texte aussi majeur. Pas de débat, pas de vote, si c'est cela le nouveau monde je n'en veux pas», a également fustigé sur LCP le député Républicain (LR) Thibault Bazin, dont le parti a présenté son propre texte.
Marine Le Pen et les députés du RN devaient quant à eux voter la motion de censure de la gauche, mais pas celle de la droite. «Je regrette que le sectarisme de certains ait empêché le rassemblement sur une seule motion afin de porter la voix des millions de Français opposés par cette réforme», a affirmé la présidente du Rassemblement national.
De quoi donner le ton dans un palais Bourbon particulièrement rempli pour l'occasion.
«Vous serez la risée du monde civilisé démocratique ! Où ailleurs qu'en France une loi au contenu inconnu est réécrite par l'exécutif tout seul, avant d'être adoptée sans vote ? Dans quel autre pays une chose pareille est-elle possible ?», a ainsi interrogé l'insoumis en chef Jean-Luc Mélenchon, qui s'exprimait devant l'hémicycle.
«Le 49.3 n’est en aucun cas la fin du débat parlementaire. Le débat va se poursuivre au Sénat puis à nouveau devant l'Assemblée nationale», lui a répondu le Premier ministre Edouard Philippe.
LA MACRONIE DESTABILISÉE
Au cours des débats à l'Assemblée, alors que les motions devaient être discutées jusque tard dans la soirée, le chef de file des députés LR Damien Abad, a lui, défendu la motion de censure de la droite qui sanctionne, a-t-il dit, un «fiasco parlementaire sans précédent» sur la réforme des retraites.
Comme attendu, le Premier ministre Edouard Philippe a, dans une réponse d'une cinquantaine de minutes environ avant de passer au vote sur chacune des motions, expliqué vouloir mettre, avec le 49.3, un terme à un «non-débat», la majorité n'ayant d'ailleurs cessé de dénoncer ces dernières semaines «l'obstruction» revendiquée de la gauche de la gauche à coups de milliers d'amendements.
Une rengaine qui a été poussée à l'unisson par plusieurs ténors du parti majoritaire mais qui peine à cacher des fractures tenaces au sein même des macronistes. En signe de protestation au recours au 49.3, deux députés LREM, Delphine Bagarry (Alpes-de-Haute-Provence) et Hubert Julien-Laferrière (Rhône), ont ainsi claqué la porte, lundi. Et, la veille, Michel Amiel, sénateur des Bouches du Rhône, avait lui aussi annoncé qu’il quittait le navire.
Un bateau LREM qui semble même plus que jamais prendre l'eau aux yeux de certains, puisqu'à l'assemblée, le parti majoritaire ne compte désormais que 298 députés, soit seulement neuf de plus que la majorité absolue, fixée, elle à 289 sièges.
Des syndicats heurtés
Du côté de la rue, à l'appel de l'intersyndicale formée par la CGT, Force ouvrière, FSU, Solidaires et quatre organisations de jeunesse, les opposants au futur système universel de retraite par points ont, eux, tant bien que mal tenté de remobiliser toute la journée.
Mais à Paris, le cortège, qui s'est élancé en début d'après-midi de la place de la République à destination de la Madeleine, est apparu pour le moins clairsemé.
«Les gens ont été pris de court, comme le gouvernement a cherché à prendre de court l'ensemble des Français en fin d'après-midi un samedi (en annonçant le recours au 49.3, NDLR), alors que la France est polarisée sur le coronavirus. Ça nous a obligés à réagir vite, évidemment ça ne laisse pas beaucoup de temps aux gens pour se mettre en grève», a décrypté Catherine Perret (CGT).
Un peu plus tôt, son organisation a annoncé qu'elle quittait la conférence de financement destinée à équilibrer le système de retraites d'ici à 2027. Une décision qui est intervenue au lendemain de celle de Force ouvrière.
![Edouard Philippe a décidé d'engager la responsabilité de son gouvernement sur la réforme des retraites en enclenchant l'article 49 alinéa 3 de la Constitution de 1958. [GERARD JULIEN / AFP].](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_200_112/public/edouard_philippe_gerard_julien_afp_5e5bd90c74fc0.jpg?itok=aKtvJudK)