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Tout savoir sur Tropicalia, le projet controversé de plus grande serre tropicale du monde dans le Pas-de-Calais

La serre de 20.000 mètres carrés abritera des papillons, poissons et végétaux tropicaux. La serre de 20.000 mètres carrés abritera des papillons, poissons et végétaux tropicaux. [Octav Tirziu Atelier / Tropicalia]

Un projet qui fait polémique. Tropicalia, présentée comme la plus grande serre tropicale du monde, devrait voir le jour en 2022. Or plusieurs associations écologistes militent pour l’abandon du projet, qui menacerait la biodiversité locale. Elles dénoncent un immense projet de «greenwashing».

Un projet pensé depuis une dizaine d'années 

L’idée de construire une serre tropicale sur la Côte d’Opale vient du Dr Cédric Guérin, homme d’affaires et ancien vétérinaire, passionné notamment par les nouveaux animaux de compagnie (comme les reptiles) et les animaux tropicaux. 

C’est en 2009 qu’il décide de se pencher sur un nouveau projet, Tropicalia, pour «associer sa passion pour la faune et la flore tropicales, son métier de vétérinaire, et son envie de partager au plus grand nombre». Une construction qui abritera des espèces d’oiseaux, de papillons, de poissons, de reptiles et de végétaux tout droit venus des tropiques, et dont la température sera maintenue entre 26 et 28 degrés toute l'année. 

Pour bâtir cette immense serre de 20.000 mètres carrés, l’entrepreneur a choisi la ZAC du Champ de Gretz, un terrain de 9,3 hectares sur les communes de Rang-du-Fliers et de Verton, dans le Pas-de-Calais. Il précise que seuls 4 hectares du terrain seront artificialisés, soit 40% de la surface totale, et le reste sera consacré à la création d’espaces verts et de zones de promenades. Le projet s'élève à 73 millions d'euros. 

Côté énergie, la serre devrait être autonome pour ses besoins de chauffage, et ne devrait pas utiliser d’énergies fossiles, comme le gaz ou le fuel. Elle entend utiliser une technologie permettant de recycler et stocker la chaleur produite par l’effet de serre

De vives critiques de la part des militants écologistes 

Malgré les engagements de Tropicalia pour limiter l’impact de la serre sur l’environnement local, les militants écologistes ne sont pas convaincus du bien-fondé de ce projet, et souhaitent son abandon. 

Le collectif Non à Tropicalia, qui regroupe 32 associations de lutte en faveur de la protection de l’environnement et des animaux, pointe notamment l’inutilité du projet : «On n’a pas besoin d’amener des petits bouts des tropiques et de les mettre sous cloche pour émerveiller la population locale. Ce terrain pourrait être utilisé pour des services plus essentiels», regrette Jean-Michel Jedraszak, porte-parole du collectif.  Les associations reprochent l’artificialisation d’un terrain vierge qui aurait pu servir de surface agricole. Un argument que Nicolas Fourcoy, associé fondateur de Tropicalia, réfute : «Nous avons longtemps cherché un terrain qui ne soit pas contestable. La ZAC a été créée bien avant le début du projet, et aurait pu servir à la construction d’une grande surface», explique-t-il.

«Même si cette serre peut avoir certains attraits (comme sa technologie pour le chauffage), ce n’est pas un projet écologique. On parle d’un confinement d’animaux venus d’ailleurs. Or la biodiversité se défend là où elle est», ajoute M. Jedraszak. Ces associations comptent se battre, tant sur le front juridique que sur le terrain. Le mouvement Extinction Rébellion a par ailleurs mené une action, le 30 juin dernier, en faisant irruption sur le terrain pour planter un potager au milieu de la place, et le collectif d’associations s’est déjà lancé dans la distribution de tracts pour informer la population locale. 

Une opposition qui a surpris le Dr Cédric Guérin . «Lorsque j’ai lancé le projet, je n’avais pas du tout anticipé cet obstacle. À vrai dire, je ne m’y attendais pas du tout», confesse-t-il. S’il dit entendre les critiques de ses opposants, il tient à souligner les côtés «très vertueux» du projet : «nous avons reçu le label Rev 3, qui met en avant les projets misant sur la transition énergétique. Notre objectif, au-delà de la pédagogie, c’est aussi de booster l’économie locale grâce au tourisme», détaille-t-il. Il envisage une fréquentation de 500.000 visiteurs par an. 

Des recours déposés, mais le projet continue  

Le Groupement de Défense de l’Environnement de l’Arrondissement de Montreuil (Gdeam), autre association locale, a déposé, en mars dernier, un recours auprès du tribunal administratif de Lille, pour contester le permis de construire de Tropicalia. L'association avait déjà déposé un recours gracieux auprès des maires de Rang-du-Fliers et Verton, en décembre dernier, pour obtenir l'annulation du projet. «Commencer la bataille juridique est essentiel pour un projet qui jusqu’à présent est passé à travers les mailles du filet, peu médiatisé malgré son ampleur et son manque de cohérence», expliquait les associations Notre Affaire à Tous et Gdeam dans un communiqué faisant suite au dépôt du recours.

Le recours déposé en mars n’est pas suspensif, donc n’implique pas un arrêt immédiat du projet. Cependant les démarches administratives liées à ces recours, mais surtout la crise sanitaire du Covid-19 ont bousculé le calendrier des travaux, qui doivent durer deux ans. Tropicalia ne souhaite pas communiquer la date du début du chantier, mais espère pouvoir ouvrir dès 2022.  

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