Attaque contre les prisons, narcotrafic ou encore relations diplomatiques avec l’Algérie... Voici ce qu’il faut retenir de l’interview du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin ce mercredi sur CNEWS par Sonia Mabrouk.
Gérald Darmanin était l’invité de la Grande Interview de CNEWS ce mercredi 16 avril. Voici ce qu’il faut retenir de la prise de parole du ministre de la Justice.
Un État qui ne cèdera pas face aux violences
Alors que des attaques coordonnées ont eu lieu contre des prisons françaises ces derniers jours, Gérald Darmanin a estimé que la piste d’une action coordonnée liée au narcotrafic est la plus crédible.
«Quand on tire à la kalashnikov contre des centres pénitentiaires, c’est plutôt un mode opératoire de délinquants payés quelques milliers d’euros pour faire ce genre de choses…», a-t-il déclaré.
Pour rappel, le groupe DDPF (Défense des droits des prisonniers français) a revendiqué une partie de ces attaques. Aux yeux de Gérald Darmanin il s’agit de terroristes. «Ce sont des actes de terreurs. Un acte de terreur, c’est l’essence même du terrorisme. On peut frapper n’importe où, n’importe quand et n’importe qui, y compris les plus faibles», a-t-il rappelé.
«Il y a 17.000 trafiquants de stupéfiants dans les prisons françaises», affirme Gérald Darmanin, ministre de la Justice, en revenant sur les récentes attaques qui ont visé plusieurs prisons en France, dans #LaGrandeInterviewpic.twitter.com/OllZKlcCTx
— CNEWS (@CNEWS) April 16, 2025
«Le parquet national antiterroriste (Pnat) s’est saisi, c’est extrêmement rare dans notre pays et il a confié à la DGSI et à la police judiciaire spécialisée les enquêtes» a détaillé Gérald Darmanin. «Je connais le professionnalisme des agents du ministère de l’Intérieur. Ils trouveront ces personnes. J’ai été quatre ans ministre de l’Intérieur, je sais que la police gagne toujours, que la République gagne toujours», a-t-il affirmé.
Ces actions «visent à faire reculer l’État, à ce que les agents pénitenciers prennent peur, à ce qu’ils demandent la grève, à ce qu’il y ait des débats politiques mais on ne va pas reculer», a martelé le ministre. «D’abord on ne menace pas l’État et on ne va pas reculer parce que si l’État recule il n’y a plus rien, il n’y a plus de protection des Français. L’État c’est le bien pour les plus pauvres».
En outre, Gérald Darmanin a confirmé qu’il «a un site à Tarascon où les voitures auraient été brûlées ce matin très tôt. Mais je n’ai pas d’info complémentaire. Il n’y aurait pas eu de nouvelle nuit bleue», comme la veille.
Le ministre de la Justice n’a pas apporté plus de précisions sur ces nouvelles actions et a indiqué que c’était au ministère de l’Intérieur de communiquer sur ces dernières.
Mieux prendre en compte les difficultés du métier d'agent pénitentiaire
Le ministre de la Justice a par ailleurs été interrogé sur le risque de grève des agents pénitentiaires face à cette recrudescence des violences et des menaces à leur encontre. «Les syndicats tous unis soutiennent le travail que nous faisons et savent que c’est dur», a-t-il estimé.
«Oui, c’est dur pour les agents, oui ils ne sont pas très bien payés. Oui quand on est agent pénitentiaire on demande des choses depuis très longtemps que la République n’a pas donné. Éric Dupont-Moretti leur a donné beaucoup et nous devons continuer à le faire», a ajouté Gérald Darmanin.
Le garde des Sceaux a pris l’exemple de l’arme de service qu’ils «ne peuvent pas rentrer chez eux avec comme les policiers et les gendarmes. Il faut que l’on change ça pour que ceux qui veulent puissent rentrer chez eux.»
«Les gens connaissent peu les agents pénitentiaires, c’est pourtant un métier extrêmement difficile et essentiel pour la République», a déploré Gérald Darmanin.
Plus de fermeté avec les détenus
Gérald Darmanin qui milite pour une prison plus ferme a déploré ce mercredi «qu’au ministère de la Justice de temps en temps les mots ne correspondent pas à la réalité», estimant qu’il «n’y a rien de pire dans le monde que de ne pas nommer les choses telle qu’elles sont». «Si j’ai un but au ministère de la Justice, c’est que les mots correspondent aux choses. Ce qui nous manque parfois, c’est du bon sens et je l’applique au ministère de la Justice», a -t-il poursuivi.
Pour le ministre de la Justice, «ce qui se passe dans les prisons françaises, c’est une partie de notre sécurité de demain. C’est vrai pour le terrorisme, pour la délinquance et c’est vrai aussi pour la réinsertion. Aujourd’hui 70% des détenus récidivent donc une partie de la délinquance se passe en prison».
Il y a ainsi à ses yeux une transformation à opérer et une accentuation de la fermeté à appliquer.
soigner les détenus en prison
Le 7 avril dernier, une détenue radicalisée, incarcérée à la maison d’arrêt de Strasbourg (Bas-Rhin) a fait l’objet d’une extraction dans la journée vers Paris pour un rendez-vous médical. Une «sortie» qui a particulièrement choqué les syndicats pénitentiaires.
«Quand on est détenu on doit être soigné, c’est le respect de la dignité humaine on ne peut pas laisser des gens qui ne sont pas soignés», a d’abord rappelé Gérald Darmanin, estimant néanmoins : «Il faut faire dans les prisons des lieux de soins».
«Par exemple, aujourd’hui une grande partie des extractions judiciaires faites par les agents le sont par ce qu’il faut aller voir le médecin de l’hôpital du coin. Non il faut venir le médecin dans la prison, cela évite de faire la sortie», a-t-il poursuivi, prenant le cas de détenus effectuant leur dialyse à l’intérieur de l’établissement pénitentiaire.
Expulser les détenus étrangers
En France, la population carcérale explose et les prisons manquent cruellement de place. Pour remédier à cette situation, Gérald Darmanin a indiqué ce dimanche sa volonté de construire 3.000 places de prison supplémentaires d’ici à 2028. Néanmoins, en parallèle, le ministre de la Justice souhaite l’expulsion d’une partie des détenus étrangers vers leur pays d’origine.
Il y a actuellement en France, «80.000 détenus dont 25% sont des étrangers» un tiers européens et deux tiers non-européens a rappelé Gérald Darmanin, qui depuis son arrivée au poste de ministre de la Justice a déjà commencé le travail sur la question de l’expulsion de prisonnier.
Cette dernière «n’est pas aussi automatique que cela puisqu’il y a des gens en détention provisoire et qui attendent d’être jugés et ceux-là on ne va pas les expulser avant de les condamner. (…) Mais il y a pleins de gens méritent de faire leur peine de prison ailleurs. Ceux qui s’en prennent à l’État, font des escroqueries, des points de deals, ils n’ont rien à faire en France. Notre travail c’est de pouvoir expulser ces personnes», a-t-il détaillé.
Gérald Darmanin a indiqué avoir récemment reçu son homologue roumain pour discuter de cette question. En effet, environ 1.000 personnes actuellement détenues en France sont de nationalité roumaine.
Dénoncer les accords avec l’Algérie
Interrogé sur la situation diplomatique de plus en plus tendue avec l’Algérie, Gérald Darmanin a apporté son soutien plein et entier à son homologue de l’Intérieur, Bruno Retailleau.
«Est-ce que le ministre Bruno Retailleau a eu raison de faire ce rapport de force ? Oui ! Je l’ai toujours soutenu et je le soutiendrai toujours. Il a raison. Quand s’est compliqué il faut être opiniâtre. Je partage la conviction, les motivations, la détermination de Bruno Retailleau», a-t-il ainsi déclaré.
Le ministre de la Justice a prévenu que la situation risque de s’installer dans le temps et «que ce bras de fer va durer longtemps parce que les États n’ont pas d’âme, ils n’ont que des intérêts».
Par ailleurs, Gérald Darmanin s’est confié sur son sentiment personnel en tant que Français ayant des origines algériennes. «J’ai des origines partagées mais j’ai une seule identité, je suis profondément français. De manière générale, le passé et le passé, la France n’a pas à s’en excuser. On peut comprendre que des pays soient touchés parce qu’il s’est passé mais ce qui est important, c’est l’avenir», a expliqué le ministre de la Justice, rejoignant à nouveau la position de Bruno Retailleau sur le devoir mémoriel.
«La France a raison de mettre un point d’arrêt, de rappeler son ambassadeur. J’espère que demain, elle dénoncera les accords d’abord de 1994 et puis ensuite celui de 1968», a-t-il conclu sur la question.