Ce lundi 25 août, deux détenus qui contestent leur placement dans le nouveau quartier de haute sécurité de la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), censée accueillir les plus dangereux narcotrafiquants de France, seront représentés devant le tribunal administratif de Lille. Des recours se multiplient contre ces transferts et les conditions de détention sont pointées du doigt.
Une vague de mécontentement. Entrée officiellement en service le 31 juillet dernier, la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), mise en place pour accueillir 100 détenus parmi les plus dangereux de France, a déjà du plomb dans l'aile.
«Nous contestons ces décisions de placement au QLCO (quartier de lutte contre la criminalité organisée, NDLR), mes clients n'ont pas à y être. L'un est un condamné définitif engagé dans une démarche de réinsertion, rendue impossible ou extrêmement compliquée. L'autre ne répond pas aux critères», a fustigé Me Delphine Boesel qui plaidera en référé-suspension en faveur de ses deux clients lors d'audiences prévues dans la journée à Lille. Deux autres recours similaires seront examinés mardi matin dans la ville nordiste.
Gérald Darmanin visé par une plainte pour abus d'autorité
A Caen, Amiens, Versailles, mais aussi Paris, d'autres juridictions ont elles aussi été saisies. Me Fabien Arakelian, qui défendra mardi lui aussi un détenu à Lille, estime que certaines procédures sont «en dehors de la loi». «On a voulu faire de lui un exemple», a-t-il affirmé, fustigeant un transfert motivé par «des raisons populistes et électoralistes».
Pour lui, tout cela relève du «fait du prince, du garde des Sceaux». «L'opération de communication est réussie, mais c'est un recul de l'État de droit», regrette l'avocat. Et ce alors que le ministre de la Justice Gérald Darmanin est visé par une plainte pour abus d'autorité devant la Cour de justice de la République.
En quelques jours, 88 détenus, pour la plupart en détention provisoire, ont rejoint ce nouveau quartier réservé aux narcotrafiquants. Mohamed Amra, dont l'évasion spectaculaire en mai 2024 dans l'Eure a coûté la vie à deux agents pénitentiaires, en fait partie.
Une vingtaine de détenus ont déjà saisi la justice administrative
En visio-audience à Versailles vendredi dernier, le détenu Sofiane Boukhedimi s'est exprimé sur ses nouvelles conditions de détention à Vendin-le-Vieil : «Je me retrouve d'une situation respectueuse avec l'administration pénitentiaire à l'isolement, à l'enfer (...). Je suis fouillé deux fois par jour, c'est extrêmement difficile. Ce régime, j'ai extrêmement de mal à le vivre», confiait-il.
Selon l'entourage du garde des Sceaux, une vingtaine de détenus ont déjà saisi la justice administrative afin de contester leur transfert. L'Association des avocats pénalistes a elle saisi le Conseil d'État pour obtenir l'annulation du décret autorisant ces quartiers.
Fin juillet, le Conseil d'État a rejeté un référé-suspension visant à suspendre ce décret, dans l'attente d'un examen plus approfondi. D'autres recours, introduits devant des juges de la liberté et de la détention, ont presque tous été jugés irrecevables, selon l'administration pénitentiaire. Cette dernière précise que des appels ont été interjetés dans le cas contraire.