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Moruroa : il y a 30 ans, «l'atoll du grand secret» était le théâtre des derniers grands essais nucléaires français

Les derniers essais nucléaires français se sont déroulés sous les lagons de Moruroa et Fangataufa, dans l'océan pacifique. [MARCEL MOCHET / AFP]

Le 5 septembre 1995, trois mois après l'annonce de Jacques Chirac, les essais atomiques reprenaient en Polynésie française. L'atoll de Moruroa, déjà bombardé entre 1966 et 1991, subissait une ultime campagne de tests nucléaires. Trente ans plus tard, ses conséquences se font toujours sentir.

Une des décisions les plus controversées du mandat de Jacques Chirac. Le 13 juin 1995, à peine un mois après son arrivée à l'Elysée, le chef de l'Etat annonçait la reprise des essais nucléaires en Polynésie française, trois ans après le moratoire instauré par son prédécesseur François Mitterrand.

Le président de la République avait jugé nécessaire cette ultime campagne de six tirs pour «passer au stade de la simulation en laboratoire», tout en affirmant qu'il n'y aurait «strictement aucune conséquence écologique».

Six derniers essais en Polynésie

Immédiatement, des émeutes particulièrement violentes avaient secoué la capitale de la collectivité d'outre-mer : l'aéroport et de nombreux commerces avaient été incendiés et des militants antinucléaires avaient affronté les forces de l'ordre. Mais rien n'y fait, Jacques Chirac ayant qualifié sa décision «d'irrévocable».

Des milliers de manifestants ont défilé en Polynésie française contre la décision de Jacques Chirac. Romeo GACAD / AFP

Le 5 septembre 1995, l'essai souterrain «Thétis» secouait les profondeurs du lagon de Moruroa, déjà témoin de 173 tirs atomiques, dont 42 réalisés depuis les airs, entre 1966 et 1991. Trois bombes y exploseront de nouveau jusqu'au 28 décembre 1995, tandis que deux autres détonations seront effectuées à Fangataufa, le 2 octobre 1995 et le 27 janvier 1996, le dernier en France.

Un risque sanitaire largement sous-estimé

Malgré la promesse d'absence de risques sanitaires pour les populations, plusieurs centaines de Polynésiens ont contracté des cancers dans les années qui ont suivi. Aujourd'hui, ils attendent toujours une reconnaissance officielle de leurs maladies, qu'ils lient aux essais atomiques.

«On m'a enlevé le rein gauche, j'ai eu un cancer et des points noirs sur tout le corps», a confié à l'AFP Marius Chan, gendarme polynésien de 79 ans, en poste à Moruroa entre 1978 et 1981. «Mon père travaillait en pharmacie, on savait que c'était dangereux. Mais j'étais gendarme : j'ai fait mon devoir», a-t-il souligné.

Le dispositif d'indemnisation jugé insuffisant

En 2010, un texte pour faciliter les indemnisations, la loi Morin, du nom du ministre de la Défense de l'époque, Hervé Morin, crée un droit à réparation pour les personnes, ou leurs ayants droit, atteintes de l'une des 23 pathologies reconnues comme potentiellement radio-induites.

Régulièrement, les Polynésiens réclament un dispositif d'indemnisation plus efficace. Suliane FAVENNEC / AFP

Mais pour beaucoup, le dispositif reste insuffisant. «On voudrait modifier en profondeur la loi Morin, pour indemniser rapidement un maximum de Polynésiens, puis ouvrir une réflexion sur les maladies transgénérationnelles», a insisté Antony Géros, président indépendantiste de l'Assemblée de la Polynésie française, auprès de l'AFP.

«L'objectif est d'avoir les moyens nécessaires, donc des budgets, pour soigner et dédommager les malades et leurs familles pour la souffrance supportée», a insisté l'élue autonomiste à l'Assemblée locale, Tepuaraurii Teriitahi.

François Hollande et Emmanuel Macron ont déçu

Même l'ancien président Gaston Flosse, défenseur ardent des essais nucléaires lorsqu'il était au pouvoir (1991-2004), reconnaît désormais avoir été «trompé». «J'ai cru aux engagements pris par les deux présidents de la République», François Mitterrand et Jacques Chirac, a-t-il affirmé sur la chaîne polynésienne TNTV.

En visite à Tahiti en 2021, Emmanuel Macron avait annoncé une simplification des démarches pour faciliter les indemnisations, ainsi que l'ouverture des archives liées au Centre d'expérimentation du Pacifique (CEP).

S'il avait déclaré que la France avait «une dette» envers la Polynésie, il s'était cependant refusé à présenter des excuses officielles, réclamées par les indépendantistes et associations antinucléaires.

Le centre de mémoire promis, par l'ancien président François Hollande lors de sa visite à Papeete en 2016 est resté, lui aussi, lettre morte.

«On veut inclure cette page d'histoire dans les programmes scolaires nationaux», a insisté la sénatrice Mereana Reid-Arbelot. «Nous, on apprend l'Histoire de France. En France, on a l'arme nucléaire, mais on n'apprend pas comment on l'a obtenue», a-t-elle ajouté.

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