Amélie de Montchalin alerte sur un déficit qui pourrait atteindre «aux alentours de 5% du PIB» en 2026, tout en maintenant l'objectif gouvernemental de «4,7%». La ministre appelle les députés à agir pour limiter la dette, alors que le budget de la Sécurité sociale dérape fortement.
La ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a mis en garde contre un déficit public qui pourrait atteindre «aux alentours de 5% du PIB» en 2026 à ce stade des discussions budgétaires. Dans un entretien au Parisien, elle a toutefois maintenu l'objectif gouvernemental fixé à «4,7%».
«On est aux alentours de 5% du PIB alors qu'on devrait être sous les 5%», a indiqué la ministre, soulignant que la trajectoire prévue demeure «4,7%». «Ce n’est pas un fétichisme !», a-t-elle insisté.
Elle a rappelé que les efforts non réalisés en 2026 devront être reportés. «Tous les efforts qu’on ne fera pas en 2026, il faudra les réaliser en 2027, 2028 ou 2029. Il faut arrêter d’augmenter la dette car elle génère des charges d’intérêt, à hauteur de 74 milliards d’euros en 2026», a-t-elle assuré avant de prévenir les députés : «Le déficit ne va pas disparaître par magie.»
Le gouvernement vise un recul du déficit public à 4,7% du PIB, contre 5,4% prévus en 2025.
Un budget de la Sécurité sociale très au-delà des prévisions
L'objectif initial de 17,5 milliards d’euros de déficit pour la Sécurité sociale est largement dépassé après l’examen à l'Assemblée nationale. Selon le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, il dépasserait 24 milliards d’euros, estimation confirmée par les services de l’Assemblée et du Sénat.
Amélie de Montchalin a jugé «impossible d"imaginer» un déficit supérieur à 20 milliards : «Il est difficile d'imaginer qu’on puisse dégeler toutes les retraites et toutes les prestations sociales.»
L'Assemblée nationale a supprimé mercredi, en première lecture, l’article prévoyant le gel des pensions et des prestations indexées sur l'inflation, une mesure représentant 3,6 milliards d’euros d’économies.
Un débat tendu sur le gel des prestations
Fin octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu s'était dit «favorable à regarder» des amendements visant à dégeler les pensions et minima sociaux. La ministre des Comptes publics s'était déjà opposée à la suppression totale du dispositif, évoquant par exemple le maintien du «gel des allocations familiales pour les foyers les plus aisés».
Selon Amélie de Montchalin, la copie budgétaire «va dans la bonne voie sur certains sujets» mais doit être «encore équilibrée», sous réserve des amendements «contraires aux droits européen et international».
En raison de délais très serrés et puisque l'Assemblée ne siègera pas ce week-end, le budget de l’État pourrait être transmis au Sénat sans vote sur l'ensemble du texte, comme celui de la Sécurité sociale mercredi.
Interrogée sur une éventuelle stratégie du gouvernement visant à retarder les débats, la ministre a dénoncé des «intox lancées par certains de nos opposants», avec «une dose de complotisme». «Il n'y a pas d’entourloupe !», a-t-elle promis, affirmant qu'«aucune ordonnance n'est en cours d'écriture à Bercy» et appelant à un compromis.