La commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public poursuit ses travaux. Ce jeudi, les représentants d’écoles de journalisme ont été entendus, autour d'un sujet prédominant : la sous-représentation des intervenants des médias apparentés à droite, pointée du doigt par le rapporteur Charles Alloncle (UDR).
Un débat agité. Après l'audition de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, par les députés de la commission d'enquête parlementaire sur la «neutralité» et le «financement de l'audiovisuel public», mercredi, c'était au tour des représentants d’écoles de journalisme d'être entendus ce jeudi.
Les représentants de l'École supérieure de journalisme de Lille, de l'École de journalisme de Sciences Po Paris, ou encore de l'Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine ont été ainsi auditionnés.
Ils ont notamment été interrogés sur la sous-représentation des intervenants de médias dits de droite au sein de leurs écoles.
«Comment pouvez-vous donner un sentiment de pluralisme auprès de vos étudiants ?»
Un sujet mis sur la table par Charles Alloncle, député (UDR) et rapporteur de la commission.
«Sur les 175 intervenants de l'école, pour les médias apparentés de droite, il n'y a que deux intervenants du Figaro, sept d'RMC, si on peut caser RMC comme étant de droite. Je n'en vois aucun, par exemple, de CNEWS ou de Valeurs Actuelles», a-t-il lancé à Marie Mawad, Doyenne de l'École de journalisme de Sciences Po Paris. «Comment pouvez-vous donner un sentiment de pluralisme, d'opinion auprès de vos étudiants ?», a-t-il demandé.
«Quand on sélectionne les intervenants extérieurs qui forment une partie de notre corps enseignant, ce n'est pas leurs médias d'activité qui nous intéressent. Certains d'entre eux sont pigistes ou journalistes indépendants, ou donneurs d'ordre. La plupart des journalistes vont avoir 3, 4, 5 employeurs qui sont des médias différents au cours de leur carrière», s'est défendue Marie Mawad.
«J'ai du mal à voir la diversité et le pluralisme parmi vos intervenants»
Une réponse qui n'a pas convaincu Charles Alloncle : «J'ai du mal à voir la diversité et le pluralisme parmi vos intervenants. Vous expliquez aussi que vous les choisissez selon des compétences techniques assez pointues. Dans ces rédactions que je vous ai citées, JDD, CNEWS, Europe 1, Valeurs Actuelles, vous ne trouvez aucun intervenant qui dispose de ces compétences pratiques ?».
«C'est à la fois l'expertise, mais également la disponibilité des journalistes. L'actualité, leur travail du quotidien en tant que journaliste professionnel ne leur laisse pas toujours la disponibilité et la marge de manœuvre forcément pour pouvoir se rendre disponible auprès de ces étudiants», a répondu la représentante de Sciences Po.
Le rapporteur de la commission a par la suite interrogé Pierre Savary, directeur de l'École supérieure de journalisme (ESJ) de Lille et membre du Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM). «Est-ce que vous pourriez recevoir en masterclass des journalistes comme Geoffroy Lejeune, Sonia Mabrouk, Laurence Ferrari, Eugénie Bastié, Christine Kelly ou Charlotte D'Ornellas ?», a-t-il questionné.
«Le choix d'une masterclass, ce n'est pas le choix d'une personne que l'on met face à des étudiants. Si on décide à un moment de faire une masterclass sur une thématique, d'illustrer un sujet, on va rechercher les compétences sur le sujet de la masterclass», a rétorqué Pierre Savary.
Enfin, Jérémie Patrier-Leitus, député Horizons du Calvados, qui préside la commission d’enquête parlementaire, a souhaité revenir sur un événement qui avait marqué la sphère médiatique.
«On a vu devant Sciences Po Paris en avril 2024, des étudiants s'en prendre à des journalistes de CNEWS et de BFM en disant "BFM dégagez, CNEWS pareil". Je voulais dire ici que quand on défend les journalistes, on les défend quels que soient les médias dans lesquels ils travaillent et qu'on ne peut pas accepter que des étudiants ou des citoyens s'en prennent à des journalistes, quels que soient leurs médias», a-t-il conclu.