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«Face au trafic de tabac, nous sommes aux prémices d'arriver au narcotrafic bis» : le vice-président de l’Assemblée Christophe Blanchet appelle à l’action

Le tabac de contrefaçon s’avère être particulièrement rentable pour les trafiquants. [© CNEWS]

Il peut sembler anodin mais le trafic de tabac prend de plus en plus d’ampleur et menace la santé et la sécurité des Français. Vice-président de l’Assemblée nationale et député les Démocrates, Christophe Blanchet détaille pour CNEWS sa proposition de loi pour intensifier la lutte.

Un danger qui prend de l’ampleur. Face à la croissance rapide du trafic de tabac qu'il qualifie de «narcotrafic bis», le vice-président de l’Assemblée nationale Christophe Blanchet porte une proposition de loi visant à intensifier la lutte contre ce crime organisé et à rendre les peines plus lourdes.

«Depuis 2020, j’alerte sur les dangers de ce trafic», rappelle pour CNEWS Christophe Blanchet, qui a remis successivement, en 2020 avec Pierre-Yves Bournazel (Horizons) et en 2023 avec Kévin Mauvieux (Rassemblement national), deux rapports d’information sur la lutte contre la contrefaçon.

Dans ces derniers, outre les dangers des colis contrefaits en provenance de Chine, le député MoDem a «identifié et mis en garde contre le sujet du tabac contrefait», qui prend une envergure de plus en plus grande en France.

Le tabac contrefait est encore plus nocif que le tabac traditionnel 

 

Christophe Blanchet l’assume entièrement, au cours de ses travaux sur le trafic de tabac menés depuis cinq ans, il a travaillé avec différents acteurs du monde du tabac, dont des lobbies.

«Je ne cache rien, les lobbies du tabac m’ont donné des informations, j’assume de travailler avec eux. Il m’appartient de décider ce que je crois ou non. C’est une source d’information supplémentaire», a-t-il expliqué sans détour.

Différencier la contrebande et la contrefaçon

Dans le détail, en 2023, ce sont 521 tonnes de tabac de contrebande et de contrefaçon qui ont été saisies par les douanes contre 284,5 tonnes en 2020, soit une hausse de 83% en l’espace de trois ans.

Par ailleurs, selon le bilan annuel des douanes en 2024, «les cigarettes de contrefaçon représentent 19% des cigarettes saisies, soit 8,5 fois plus qu’en 2020». À elle seule, la France représente près de 50% de la contrefaçon de cigarettes au sein de l’Union européenne.

Au sein du trafic de tabac, il y a deux notions qu’il faut comprendre : la contrebande et la contrefaçon de tabac. Souvent mélangées, elles n’ont pourtant pas la même signification. La première consiste en l’achat, souvent à l’étranger, de véritables paquets de cigarettes, fabriqués par des cigarettiers et qui sont ensuite revendus. Dans la seconde, les trafiquants fabriquent eux-mêmes leur marchandise.

«Quand on achète des cigarettes à l’étranger et qu’on les revend à des amis une fois rentré, c’est aussi de la contrebande», a rappelé Christophe Blanchet, ajoutant «il y a aussi des réseaux organisés qui achètent en dehors de la France pour revendre ensuite».

Ce marché illicite du tabac est organisé de manière mafieuse et criminelle et génère 4 milliards d’euros

 

Le tabac de contrebande, même s’il nuit à la santé, reste «plus "sain" que celui contrefait». En effet, «le tabac contrefait n’est pas entreposé de manière saine comme cela devrait l’être dans les manufactures de tabac légales», a ajouté le député.

«Dans certaines usines qui ont été découvertes, le tabac était posé à même le sol et dans les cigarettes fabriquées, on a trouvé des excréments et de l’urine de rats, du mercure, du ciment… Tout ce qui existe dans un entrepôt inadéquat», a indiqué Christophe Blanchet.

«La vérité, c’est que le tabac contrefait est encore plus nocif que le tabac traditionnel et quand les gens finissent à l’hôpital avec des pathologies encore plus graves et c’est nous qui devons payer», a déploré le député normand.

Organisations mafieuses, traite d’êtres humains, financement du terrorisme…

Les travaux de Christophe Blanchet, qui ont notamment permis d’aboutir à ce texte, l’ont également conduit sur le terrain. «Avec toutes ces réunions, toutes ces rencontres de terrain, j’ai pu voir que ce marché illicite du tabac est organisé de manière mafieuse et criminelle et génère 4 milliards d’euros», a-t-il détaillé, rappelant que le narcotrafic générait de son côté 7 milliards d’euros.

«Si on considère qu’à 7 milliards d’euros, ce sont des mafias qui tuent et qui sont structurées, on doit accepter de dire que pour 4 milliards d’euros, ce sont les mêmes mafias qui tuent et qui mettent à mal notre modèle de sécurité à tous les niveaux», a estimé Christophe Blanchet.

Le tabac de contrefaçon s’avère être particulièrement rentable pour les trafiquants. «A l’époque de mon rapport de 2020, le kilo de tabac pur coûtait 4 euros. Une cigarette pèse 1 gramme et un paquet pèse 20 grammes. Donc avec un kilo de tabac, les trafiquants peuvent produire 50 paquets de cigarettes», a-t-il détaillé.

Ce sont des mafias qui pratiquent la traite d’êtres humains

 

«Si l’on compte l’investissement papier et tige, les 50 paquets reviennent au maximum à 5 euros, ce qui signifie que lorsque vous vendez un paquet contrefait, il vous reste 49 paquets de bénéfice, ce qui est un plutôt bon ratio», a développé Christophe Blanchet.

Dans l’exposé des motifs de sa proposition de loi, le député du Calvados a notamment pris l’exemple d’une usine de tabac clandestine démantelée près de Rouen en janvier 2023. Christophe Blanchet a rappelé qu’en l’espace de seulement dix mois, la structure a produit environ 25 millions de paquets de cigarettes et généré 125 millions d’euros de chiffre d’affaires.

L'usine a produit 25 millions de paquets de cigarettes en l'espace de dix mois. © Handout / SIRPA / AFP

Mais au-delà des risques sanitaires, le trafic de tabac, notamment de contrebande, permet de financer des organisations terroristes. «Plusieurs rapports ont démontré le lien entre le trafic de cigarettes et le financement d’actions terroristes», a rappelé Christophe Blanchet, ajoutant, «il ne faut pas oublier que les frères Kouachi ont financé leurs armes grâce à la contrefaçon de baskets mais aussi de tabac».

Par ailleurs, dans leur fonctionnement, ces organisations mafieuses mettent en place une véritable traite d’êtres humains. «l’immigration clandestine est victime de ces réseaux», a-t-il déploré, «elle est esclavagisée. C’est de la traite humaine. Les pauvres mecs qui vendent des paquets de cigarettes à la sortie des métros, s’ils ne vendent pas, ils ne mangent pas».

«Le trafic de tabac, ce sont des mafias qui pratiquent la traite d’êtres humains et qui sont hyper organisées», a martelé le vice-président démocrate de l’Assemblée.

S’attaquer au portefeuille pour déstabiliser les réseaux

Face à la menace du narcotrafic, la France met en place de nombreux moyens pour tenter d’endiguer le phénomène. Toutefois, Christophe Blanchet estime qu’il faut aussi s’attaquer à bras le corps au trafic de tabac.

«Ce trafic se développe très rapidement. Nous sommes aux prémices d’arriver au narcotrafic bis», a-t-il mis en garde, mettant en avant les risques de voir ce trafic de tabac devenir aussi violent.

D’autant plus qu’avec des peines légères, qui prévoient par exemple actuellement quatre ans d’emprisonnement pour vente de tabac contrefait et sept ans lorsque le délit est commis en bande organisée, les narcotrafiquants s’intéressent de plus en plus à ce trafic parallèle.

Les narcotrafiquants se tournent vers le tabac. C'est très avantageux et dix fois moins sanctionné

 

En effet, les risques judiciaires étant moins élevés et le trafic particulièrement lucratif, certains narcotrafiquants diversifient leurs activités et se tournent vers le tabac. «C’est très avantageux pour eux et dix fois moins sanctionné».

Pour Christophe Blanchet, la lutte contre le trafic de tabac passe par un alourdissement des peines d’emprisonnement mais aussi par des amendes dissuasives. «Il faut taper au porte-monnaie des trafiquants mais aussi des consommateurs», a-t-il estimé, «à un moment, c'est le consommateur qu’il faut aussi sanctionner et c’est l’argent le nerf de la guerre».

Le député veut également permettre «la saisie des avoirs criminels et l’émission d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) pour les membres étrangers des réseaux. C’est un aspect très répressif que j’assume. Si les réseaux perdent leur "petites mains" cela les déstabilise».

Un trafic répandu dans la France entière

«Ce trafic est partout. Pas seulement dans les grandes villes. On peut trouver des paquets de cigarettes de contrebande ou de contrefaçon partout et même sur Internet», a rappelé Christophe Blanchet.

En effet, lors de sa rencontre avec CNEWS, le député du Calvados a fait le test avec son téléphone. En quelques minutes seulement, il a trouvé sur Facebook plusieurs groupes proposant la vente de tabac à faible coût. «Voilà, par exemple, "cartouche à 50 euros, paquet à 7 euros, livraison dans tout le 02 (l’Aisne)"».

«Ce trafic a également des conséquences sur nos buralistes». En 2024, ces derniers ont enregistré une baisse de 11,5% de leurs ventes de tabac et une perte moyenne de 42.500 euros de marge brute liée au trafic de tabac.

Si en ville, les buralistes sont légion, dans les zones rurales ils sont souvent le dernier commerce d’un village et un lieu de sociabilité. «Si le tabac est voué à disparaître, c’est un processus qui doit se faire progressivement pour accompagner la transition des buralistes», a ajouté Christophe Blanchet.

«Il faut agir maintenant et fortement contre ce trafic. Il est encore temps de le faire pour éviter que cela ne devienne un nouveau narcotrafic», a-t-il martelé.

Cette proposition de loi n’a pas encore de date d’examen. Christophe Blanchet ne la destine pas à la niche parlementaire de son groupe, qui est prévue le 26 mars 2026, mais espère en faire un texte transpartisan, ce qui nécessite la signature de députés issus d’au moins trois groupes parlementaires.

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