À un an de l'élection présidentielle, François Hollande affiche désormais ouvertement ses intentions, espérant imposer auprès des Français l'idée de son retour. L’ex-président entend faire revenir au pouvoir une «gauche réformiste».
Un come-back de plus en plus probable. «Comment être utile aujourd’hui ? En me préparant». C’est avec ces mots que François Hollande a répondu au sujet de ses ambitions futures, dans un récent entretien à Marianne. Défenseur d'une «gauche réformiste», celui qui n'a pas pu se représenter en 2017 après une fin de quinquennat marquée par une très forte impopularité, poursuit sa «stratégie des petits cailloux», afin d’imposer sa présence comme candidat de la gauche en 2027.
Redevenu député de Corrèze en 2022, sous les couleurs du NFP, François Hollande, 71 ans, a de la concurrence sur son créneau social-démocrate, dont le leader de Place publique Raphaël Glucksmann ou l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve. Mais de plus en plus, l’idée du «pourquoi pas Hollande» prospère dans l’opinion, selon l'ancien premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadelis.
«compétition amicale»
L'ancien président se rend ainsi ce samedi à Liffré (Ille-et-Vilaine), pour une rencontre de la social-démocratie, où il croisera, outre Raphaël Glucksmann, le chef des députés socialistes Boris Vallaud, l'ancien candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot et l'homme d'affaires Matthieu Pigasse. Une «première étape» qui sera suivie par d'autres rendez-vous, promet-on de source proche, soulignant que «Hollande, Cazeneuve, Glucksmann savent qu'il n'y a qu'une place».
Comment les départager ? une «compétition amicale» va s'ouvrir entre les prétendants, estime un proche, à base de débats et de discussions. «À la fin, il faudra déterminer qui peut dominer Jean-Luc Mélenchon au premier tour, et être en capacité de l'emporter au second», résume Jean-Christophe Cambadelis. L'ancien chef de l'État met en avant sa différence : avoir «déjà été président», sans se représenter. «Je n’entretiens pas de relation passionnelle avec le pouvoir, mais avec la France», insiste-t-il.
Persuadé qu'il faut convaincre l'électorat «de la gauche et du centre dès le 1ᵉʳ tour», l'ancien chef de l'État est en pleine réflexion programmatique. Pour cela il multiplie les rencontres et reçoit des contributions de toutes parts. Objectif : une dizaine de «grands axes de pré-programme» à présenter fin août.
des chances «relativement faibles»
François Hollande souhaite miser sur la nouveauté, notamment pour se détacher de son programme de 2012, et ne pas donner aux Français une sensation de déjà vu. L’ex-président a ainsi déjà distillé certaines idées, souhaitant s'attaquer à «l'école et à l'université, et plus largement au savoir et à la recherche».
Autre signe clair de préparation, une association de financement de sa campagne vient de se créer, «Démocratie 2030», par des personnalités de la sphère économique. La publication d'un livre est également prévue vers l'automne. Plusieurs prises de parole de l'ancien président ont aussi suggéré une potentielle candidature.
Hostile à une primaire que souhaite le patron du PS Olivier Faure, François Hollande plaide pour une désignation d'un candidat en fin d'année, quand la «cristallisation» des sondages aura commencé, alors que Boris Vallaud souhaite une désignation le plus tôt possible. Mais le politologue Rémi Lefebvre juge ses chances «relativement faibles», même si, avant son premier mandat, «il était à 3%» avant d'être élu président.
Un bilan décrié
L'ex-président pense que dans «le chaos» de la gauche non-mélenchoniste où personne ne se détachera, «l'expérience sera la principale légitimité», analyse Rémi Lefebvre. Dans la crise mondiale actuelle, avec une situation financière du pays fragile, et un Parlement probablement éclaté, la candidature d'un ancien président peut par ailleurs être vue comme un élément de stabilité.
Mais le principal handicap de François Hollande reste son bilan, très mal perçu par une partie de la gauche, qui lui reproche la loi Travail, la déchéance de nationalité et la trahison de ses engagements de campagne. «Jouer la carte Hollande serait vu comme un aveu d'échec», juge Rémi Lefebvre, qui considère que la campagne se jouera sur «la nouveauté», donnant un avantage à Raphaël Glucksmann.