En pleine période de crise liée à la guerre au Moyen-Orient, l’Insee doit révéler ce jeudi 30 avril, le niveau de croissance et d'inflation de la France au premier trimestre de cette année. Un chiffre très attendu alors que règne une grande incertitude chez les spécialistes.
Un indicateur de la santé de la France. L’Insee doit annoncer ce jeudi quelle a été la croissance française au premier trimestre, marquée par l'envolée des prix liée à la guerre au Moyen-Orient : robuste selon certains économistes, elle n'était, pour d'autres, pas très bien partie avant même le début du conflit. Un premier chiffre de croissance qui devrait indiquer une trajectoire pour l’année, alors que le gouvernement vient d'abaisser sa prévision initiale de croissance annuelle de 0,1 point, à 0,9%, au même niveau qu'en 2025.
Cette révision, a déclaré lundi le ministre de l'Economie, Roland Lescure, «s’explique par l'affaiblissement de la demande intérieure privée du fait de la hausse de l'inflation et du regain de l'incertitude». Il a observé que la nouvelle prévision annuelle était «équivalente à celle de la Banque de France, du Fonds monétaire international et très largement en phase avec celle du consensus des économistes privés». Il a ajouté que cette révision était «minime» par rapport à celles effectuées par d'autres pays, comme l'Allemagne, «dont la consommation énergétique dépend davantage des importations du Moyen-Orient».
«Impact limité» sur les entreprises françaises
Si l’incertitude demeure, les prix à la consommation, qui n'augmentaient encore que de 0,9% sur un an en février - la guerre a commencé le 28 février - ont déjà bondi à 1,7% en mars, à cause des hydrocarbures. Le gouvernement prévoit désormais une inflation annuelle à 1,9% contre 1,3% initialement, de quoi rendre les acteurs économiques prudents, d'autant qu'une forte inflation entraîne une hausse des taux d'intérêt. Pourtant, dans sa dernière note publiée le 13 avril, la Banque de France estime que la guerre devrait avoir eu «un impact limité» sur les entreprises, anticipant une croissance trimestrielle allant «jusqu'à 0,3%».
L'Insee s'est pour sa part montré prudent dès le 24 mars, dans une note trimestrielle baptisée «Inflation ravivée, croissance fragilisée», en abaissant à 0,2% sa prévision pour les deux premiers trimestres, contre 0,3% dans sa note de décembre. Alors que la confiance des ménages repartait «légèrement à la hausse» en février, leurs dépenses de consommation en biens, qui représentent un quart du PIB, ont finalement reculé de 1,4%, atteignant un plus bas depuis dix ans (hors Covid).
Deuxième trimestre déjà affecté par la guerre
Interrogé mardi sur Radio-Classique, le directeur des études et synthèses économiques de l'Insee, Cédric Audenis, a observé que, depuis la révision du 24 mars, «les indicateurs sur la consommation en février ou sur la production industrielle ne sont pas bons, ce qui nous conforte dans l'idée que la croissance subsiste, mais qu'elle se tasse». Le commerce extérieur devrait avoir contribué positivement au PIB du premier trimestre. «Mais comme on a exporté des produits qu'on avait en stocks», autre composante de la croissance, «à la fin c'est neutre», remarque-t-il.
Le deuxième trimestre semble pour sa part déjà affecté par la guerre. Selon l'Insee, le climat des affaires s'est «assombri nettement» en avril, retrouvant son niveau de juillet 2024, juste après la dissolution, et la confiance des ménages s'est «dégradée fortement», connaissant sa plus forte baisse depuis mars 2022. «La hausse des prix de l’énergie semble peser lourdement sur le comportement d’achat des ménages», observe une économiste d'ING, qui anticipe pour sa part une croissance de 0,7%, voire moins «si le conflit s’enlisait encore davantage».