Festival Off d'Avignon : les spectacles à voir

A l'image de cette comédienne qui déambule dans les rues d'Avignon ses affiches sous le bras, 4 667 interprètes investiront le festival cette année. [ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP]

Dès aujourd’hui et jusqu’au 29 juillet, Avignon se transformera en plus grand théâtre du monde. Rien que dans le festival Off, qui débute cette année en même temps que le In, 1538 spectacles seront programmés et plus de 4500 comédiens se produiront dans 133 lieux. Mais dans ce maelström d’affiches et de propositions, comment s’y retrouver ? 

Entre séance de rattrapage, avant-première, rodage, tête d’affiche, première fois, petit tour d’horizon des spectacles qu’il ne faut pas rater. A commencer par « Adieu Monsieur Haffmann » qui, après avoir raflé quatre Molières cette année, dont celui de la meilleure pièce privée et du meilleur auteur pour Jean-Philippe Daguerre, prend ses quartiers en Avignon cet été. 

Pièces à succès : séance de rattrapage

Certes, le festival off d’Avignon est le lieu idéal pour découvrir de jeunes compagnies inventives, mais c’est aussi le moment de rattraper son retard.  Parmi les incontournables, « Adieu Monsieur Haffmann » (du 6 au 29 juillet Théâtre du Roi René) figure sur la première marche du podium pour un tas d’excellentes raisons.  Pour son récit incroyable – le pacte inattendu entre deux hommes et une femme pendant la seconde guerre mondiale - sa mise en scène millimétrée, et son jeu d’acteur tout en finesse. Des comédiens qui plongent le public dans le Paris de 1942, alors que Monsieur Haffmann, bijoutier juif, demande à son employé de prendre la direction de sa boutique et de le cacher. Ce dernier, stérile, accepte à une condition… improbable. Une histoire portée par une troupe impeccable où l'on retrouve Julie Cavanna, Molière de la révélation féminine, et Grégori Baquet, candidat malheureux des Molières reparti bredouille, malgré sa nomination pour la statuette du meilleur comédien. 

Toujours du côté des pièces ayant concouru pour décrocher la statuette dorée à l’effigie de Jean-Baptiste Poquelin, « Françoise par Sagan », nommé cette année dans la catégorie seul en scène, est un petit bijou. L’excellente Caroline Loeb se livre à un monologue construit à partir d’interviews données par l’auteure de « Bonjour Tristesse », entre 1954 et 1993, sur une mise en scène signée Alex Lutz.

Autre solo touchant, nommé lui en 2017, « Venise n’est pas en Italie » adapté du roman d’Ivan Calbérac, reprend du service avec une nouvelle distribution. Toujours sur une mise en scène de l’auteur, Garlan Le Martelot succède à l’inoubliable Thomas Solivérès. 

Les solos masculins sont d’ailleurs nombreux à tenir le haut de l’affiche. C’est notamment le cas de « Liberté ! », interprété par un habitué du festival Off, Gauthier Fourcade. Dans ce spectacle créé l’année dernière à Avignon, le comédien aux cheveux hirsutes, connu du grand public pour son spectacle Le secret des temps pliés, entraîne le public dans une réflexion drôle, surréaliste et pertinente sur le monde d’aujourd’hui, l’amour, la religion, la démocratie ou encore le libre arbitre. (Théâtre Essaïon). 

Lui aussi est un habitué d’Avignon. Mikaël Chirinian, incontournable depuis qu’il a adapté pour la scène et interprété « La liste de mes envies » de Grégoire Delacourt, reprend son dernier solo « L’ombre de la baleine », présenté pour la première fois l’année dernière dans la Cité des Papes. Un texte intime aussi drôle que bouleversant sur les liens familiaux, qu’il cosigne avec OcéaneRoseMarie devenue cette année Océan (Théâtre des Carmes).

A nouveau dans le registre de l’intime raconté avec justesse et sans pathos, l’ancien journaliste sportif Gaël Leiblang, revient à Avignon avec « Tu seras un homme papa » (Théâtre Luna). Une histoire vraie au sujet difficile – la perte d’un enfant et la résilience -  abordée à travers l’allégorie du sport. A voir. 

Avant-première, tête d’affiche et création mondiale 

Si les jeunes compagnies se bousculent dans le Off avec l’espoir de se faire repérer par des producteurs qui programmeront leurs spectacles, les têtes d’affichent viennent aussi retrouver le contact direct avec le public. L’occasion pour certains de peaufiner les derniers réglages, avant d’être à l’affiche des théâtres parisiens à la rentrée, ou de faire sensation avec des pièces attendues. 

Ainsi le théâtre du Chien qui fume crée l’événement. Après le succès de « Visites à Mister Green », quatre fois nommée aux Molières 2002, la suite de cette rencontre improbable entre un vieil homme irascible et un jeune cadre, arrive enfin sur scène. « Retour chez Mister Green » sera présentée en première mondiale à Avignon cette année. Les excellents Jacques Boudet et Thomas Joussier y endosseront à nouveau les rôles de Mister Green et Ross Gardiner. Alors que tout va pour le mieux entre les deux hommes, devenus amis, l’arrivée d’un étranger qui n’est pas tout à fait un inconnu va bouleverser la donne.  Et pour encore plus de plaisir, les deux pièces seront jouées en alternance.  

Eux seront à l’affiche des théâtres parisiens à la rentrée. Mais les festivaliers auront la primeur de découvrir Jean-François Balmer et Bénureau dans l’adaptation du roman culte de Jean-Louis Fournier : « Le CV de Dieu» (Théâtre l’Actuel). Une partition qui, campée par deux grands comédiens, ne devrait pas manquer de piquant. Et pour cause, après avoir fini le ciel, la terre les animaux et l’homme, Dieu déprime. Alors qu’il se met à chercher du travail, il rédige son CV et est convoqué pour une semaine de test dans un grand groupe. Après ce tour de chauffe à Avignon, cette comédie gagnera les planches de la Pépinière dès septembre.

Dernière ligne droite également pour Rachel Arditi, Nathalie Cerdà, Marie Ruggeri et Eric Savin. Avant d’arriver au Petit Montparnasse à Paris à la rentrée, le quatuor offre à Avignon une adaptation scénique de l’ouvrage de François Bégaudeau « Au début » (Le petit Louvre). Ils interprètent quatre récits extraits de cet ouvrage sur la maternité adapté par l’auteur lui-même. 

Une deuxième pièce pour Grégori Baquet. Alors qu’il jouera en troupe dans « Adieu monsieur Haffmann », le comédien Molière de la révélation masculine en 2014, également nommé cette année, multiplie, comme toujours avec lui, les rôles à Avignon. Il campera ainsi Hamlet (Théâtre des Halles) dans la pièce éponyme de Shakespeare, sur une mise en scène de Xavier Lemaire. Une version donnée pour la première fois à Avignon. 

Grégori Baquet n’est pas le seul à multiplier les casquettes. Le metteur en scène Xavier Lemaire, qui en 2015 avait mis en scène « Les Coquelicot des Tranchées », saluée par le Molière de la meilleure pièce de théâtre public, délaissera la direction d’acteur pour se glisser dans le rôle du comédien.  Il sera à l’affiche de « Signé Dumas » (Théâtre l’Actuel), pièce historique à succès signée Cyril Gély et Eric Rouquette. En 2004, la pièce avait fait l’objet de 7 nominations aux Molières, dont celui du meilleur comédien pour Francis Perrin. Ce spectacle dans lequel Alexandre Dumas et Auguste Maquet se disputent la paternité de d’Artagnan et Monte Cristo, reprend du service avec une nouvelle distribution. Davy Sardou et Xavier Lemaire y reprendront les rôles titres des deux écrivains. La pièce sera présentée pour la première fois à Avignon cet été, avant d’arriver à Paris à la rentrée.  

Toujours du côté des têtes d’affiche, Patrick Braoudé et Virginie Lemoine seront réunis sur scène dans « Meurtre mystérieux à Manhattan » ( Théâtre Actuel). Adaptée de la comédie culte de Woody Allen, la pièce fait ses premiers pas à Avignon. La comédienne touche-à-tout mettra aussi en scène « Suite Française » (Théâtre Le Balcon), d’après le chef d’œuvre d’Irène Némirovsky, seule écrivaine à avoir reçu le Prix Renaudot à titre posthume en 2004. 

Pour les enfants, la fantasque Marianne James partagera sa bonne humeur communicative. Accompagnée de deux musiciens, la grande brune dévoilera au théâtre Le paris sa dernière création « Tatie Jambon le concert ». Un spectacle musical familial mêlant rock, bossa, samba et électro pour faire vivre aux enfants « leur première rêve party ». Ça promet.  

Les artistes aiment Avignon, les metteurs en scène de renom aussi. Irina Brook, l’incontournable directrice du théâtre national de Nice, metteur en scène franco-britannique plusieurs fois récompensée, présentera pour la première fois dans le OFF son adaptation libre et réjouissante de La tempête de Shakespeare, sobrement rebaptisé Tempête ! (Théâtre Les carmes).  

Enfin, parmi les théâtres incontournables du Off, le Chêne noir intrigue toujours avec sa programmation qui a vu naître ces dernières années quelques pépites. En 2018, son directeur Gérard Gelas fait comme toujours le choix de l’éclectisme et programme plusieurs pièces qui devraient faire parler d’elles. Daniel Mesguich y mettra en scène « La mort d’Agrippine » de Cyrano de Bergerac. Mikaël Chirinian dirigera, entre autres, Rudy Milstein, passé par la Troupe à Palmade dans « J’aime Valentine mais bon… ». Une comédie sur l’engagement et plus encore.

Les questions identitaires y feront aussi l’objet de deux spectacles très différents. Jean-François Derec y jouera « Le jour où j’ai appris que j’étais Juif ! » sur une mise en scène de Georges Lavaudant. Thierry Lopez campera, de son côté, Charlotte dans « Ich bin Charlotte » de Doug Wright, prix Pultizer 2004 du texte dramatique. L’histoire de cette femme piégée dans un corps d’homme, ayant survécu au nazisme et au communisme, sera mise en scène par Steve Suissa. Toutes ces propositions scéniques sont inédites à Avignon. 

Avignon terrain de jeu des humoristes 

L’humour n’est pas en reste dans le Off. Au contraire. Nombreux sont les humoristes à venir se frotter à l’exigence du public avignonnais. 

Waly Dia a donc choisi de roder son nouveau spectacle au théâtre Le Paris. Il y retrouvera des humoristes aussi efficaces que lui, dont Antonia de Rendinger, Sandrine Sarroche, Arnaud Cosson ou encore Manon Lepomme. 

Christophe Alévêque présentera lui sa « Revue de presse ». Un exercice hilarant et cinglant qu’il maîtrise à la perfection, et qu’il présentera pour la première fois à Avignon. (Chien qui fume). 

Grand habitué du Off, Marc Jolivet donnera de son côté les premières représentations de son solo « Un an après ». L’occasion d’aborder un tas de sujets -  les voitures intelligentes, les dictatures, les nouvelles technologies – et de dresser avec humour et folie le bilan de Nicolas Hulot et d’Emanuel Macron. 

Dans la pure tradition du stand up, Dedo, le plus drôle des hardos de France, viendra quant à lui présenter son nouveau spectacle « Killing Joke » (Espace roseau). Seul avec son micro, il donnera sa vision de la pop culture, l’amour, les animaux, les religions, l’humain. 

Autre haut lieu de l’humour à Avignon, le Palace affiche une large programmation. Avec plus de quarante one man shows et spectacles d’humour, le choix ne manque pas. De nombreux spectacles y seront donnés pour la première fois à Avignon. C’est le cas du comique magicien François Martinez mais aussi des Décaféinés, après leur carton au Point-Virgule ou encore de Cartouche. 

L’humour s'y partage aussi en troupe. Artus reprendra sa première pièce « Duels à Davidejonatown ». Baptise Lecaplain, Pierre-Emmanuelle Barré , Thomas VDB et Yacine Belhousse proposeront avec « Noir », une expérience étonnante : rire dans une salle plongée dans l’obscurité la plus totale. Et pour avoir un large panel du paysage humoristique, le Palace organisera, tous les soirs, son best Off. Un plateau d’humoristes plein de surprises. 

Côté valeurs sûres, Alex Vizorek, Ben, Chris Esquerre et OcéaneRoseMarie, qui en juin dernier lors de la journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie a choisi de changer de genre et de devenir Océan, reprennent leurs spectacles à succès, respectivement « Alex Vizorek est une œuvre d’art », « Eco-responsable », « Sur rendez-vous » et « Chatons violents ». Ils joueront dans le très agréable théâtre des Béliers, tenu par Arthur Jugnot.

Ce dernier donnera d’ailleurs pour la première fois à Avignon son premier one man show « Moi  papa ? », présenté à Paris cette année. Il y aborde les angoisses d’un père face à l’arrivée d’un enfant. Une expérience faite d’apprentissages sur le tas, de surprises et de nuits sans sommeil racontée avec humour sur une mise en scène de Sébastien Azzopardi, ponctuée de magie et de projections visuelles bluffantes.   

Enfin, dans le lot des propositions vraiment originales, Yohann Métay reprendra son one-man « La tragédie du dossard 512 » (Théâtre Pandora). Un spectacle unique en son genre autour de la course à pied et de l’Ultra-trail du Mont Blanc. Une performance humoristique à voir, si ce n’est pas déjà fait. 

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