Le Pakistan honore l'Arabie, qui plaide pour la désescalade avec l'Inde

Photographie prise et diffusée le 17 février 2019 par le Département de l'information du Pakistan (PID) montrant le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (C) accueilli par une garde d'honneur chez le Premier ministre à Islamabad [HANDOUT / PID/AFP] Photographie prise et diffusée le 17 février 2019 par le Département de l'information du Pakistan (PID) montrant le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (C) accueilli par une garde d'honneur chez le Premier ministre à Islamabad [HANDOUT / PID/AFP]

L'Arabie saoudite a appelé lundi à la désescalade entre Inde et Pakistan sur la question du Cachemire, au moment où le prince héritier Mohammed ben Salmane s'apprête à se rendre d'Islamabad à New Delhi dans le cadre d'une tournée asiatique, en quête d'alliés et de contrats.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane, dit «MBS», a bouclé lundi après-midi sa visite au Pakistan, où il était arrivé la veille au soir accompagné d'une imposante délégation de ministres et d'hommes d'affaires. Raccompagné à son avion par le Premier ministre Imran Khan, il devait s'envoler pour l'Inde, où il rencontrera le chef du gouvernement Narendra Modi. Il est ensuite attendu en Chine jeudi et vendredi.

«normalisation» des relations

Cette tournée intervient dans un contexte régional très tendu, marqué par des frictions avec l'Inde et l'Iran voisins, qui accusent tous deux le Pakistan de soutien à des groupes insurgés impliqués dans deux sanglants attentats-suicides commis la semaine dernière sur leurs territoires. Le premier a coûté la vie à 27 membres des Gardiens de la Révolution le 13 février dans le Sistan-Baloutchistan, dans le sud-est de l'Iran. Téhéran a accusé «les forces de sécurité du Pakistan» de soutenir le groupe armé qui l'a commis. Le second, revendiqué par un groupe islamiste basé au Pakistan, a tué 41 paramilitaires au Cachemire indien jeudi dernier. Lundi, au moins sept personnes y ont par ailleurs péri dans une opération militaire en riposte à cet attentat.

Région himalayenne revendiquée par l'Inde et le Pakistan depuis la fin de la colonisation britannique en 1947, le Cachemire est divisé de facto entre ces frères ennemis d'Asie du Sud. L'Inde accuse de longue date le Pakistan d'y soutenir en sous-main les infiltrations et la rébellion armée, ce qu'Islamabad a toujours démenti. Signe de tensions croissantes, Islamabad a annoncé lundi le rappel de son ambassadeur en Inde «pour consultations». L'Inde avait pris une mesure similaire il y a quelques jours. Dimanche, Islamabad avait rejeté les «affirmations absurdes» de New Delhi et réaffirmé vouloir «une normalisation de ses relations avec l'Inde».

Le ministre d'Etat saoudien aux Affaires étrangères Adel al-Jubeir, qui accompagne MBS dans son voyage, a plaidé lundi matin pour la désescalade entre les deux capitales rivales.

Photographie fournie par le bureau du Premier ministre pakistanais le 17 février 2019 montrant le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane lors d'une rencontre avec le Premier ministre Imran Khan à Islamabad [HANDOUT / PMO/AFP]
Photographie fournie par le bureau du Premier ministre pakistanais le 17 février 2019 montrant le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane lors d'une rencontre avec le Premier ministre Imran Khan à Islamabad

«Pour ce qui est de la dispute entre l'Inde et le Pakistan, notre objectif est d'essayer de faire décroître les tensions entre les deux pays voisins et de voir s'il existe une voie pour résoudre ces différents pacifiquement», a-t-il déclaré. Il a par ailleurs pris la défense du Pakistan face aux mises en cause de l'Iran, accusant ce dernier d'être le «principal sponsor mondial du terrorisme».

Le prince décoré

MBS a pour sa part reçu lundi des mains du président pakistanais Arif Alvi le Nishan-e-Pakistan (Ordre du Pakistan), la plus haute décoration civile du pays, lors d'une cérémonie. Le prince, dont l'image internationale a été fortement ternie par le scandale provoqué par l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en octobre dans l'enceinte du consulat saoudien à Istanbul, avait été accueilli dimanche soir avec les honneurs à sa descente d'avion à Islamabad par Imran Khan. Les deux hommes avaient ensuite assisté à la signature de plusieurs protocoles d'accord entre leurs deux pays dans différents secteurs, pour une valeur totale estimée à 20 milliards de dollars. Le Pakistan fait face à une grave crise de sa balance des paiements et compte beaucoup sur son vieil allié saoudien pour l'aider à sortir de l'ornière.

Des soldats pakistanais patrouillent dans les rues d'Islamabad à côté d'affiches accueillant le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, le 17 février 2019  [AAMIR QURESHI / AFP]
Des soldats pakistanais patrouillent dans les rues d'Islamabad à côté d'affiches accueillant le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, le 17 février 2019

Pour les analystes, la tournée asiatique du prince, sa plus importante sortie sur la scène internationale depuis sa participation au sommet du G20 en Argentine en décembre, vise à assurer à l'Arabie une bonne position sur un marché régional en pleine croissance, et à démontrer à l'Occident qu'il a encore des alliés en dépit de l'affaire Kashoggi. MBS a par ailleurs ordonné la «libération immédiate de 2.107 prisonniers pakistanais détenus dans les prisons saoudiennes», a indiqué le ministre de l'Information pakistanais Fawad Chaudhry sur Twitter.

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