Primaire démocrate : quel rôle pour Alexandria Ocasio-Cortez ?

Alexandria Ocasio-Cortez est trop jeune pour se présenter en 2020 Alexandria Ocasio-Cortez est trop jeune pour se présenter en 2020[NICHOLAS KAMM / AFP]

Elle est la politicienne démocrate la plus populaire du moment aux États-Unis. Plus jeune représentante jamais élue au Congrès, elle s'est fait un nom plus rapidement que Barack Obama en son temps. Pour autant, elle n'est pas candidate à l'élection présidentielle, et ce, pour une bonne raison : elle n'a pas l'âge requis.

La Constitution exige en effet des candidats potentiels qu'ils soient âgés de 35 ans au moment de l'élection. Or, «AOC» n'aura que 31 printemps. Si elle développe des ambitions présidentielles, elle devra donc patienter jusqu'à l'élection de 2024, date à laquelle elle atteindra l'âge minimum de justesse.

De l'avis de beaucoup, elle aurait cependant pu faire une opposante de choix contre Donald Trump. Ses interventions au Congrès se transforment régulièrement en vidéos virales sur les réseaux sociaux et son éloquence couplée à ses idées très à gauche font d'elle une politicienne qui touche une bonne partie de la jeune génération. Un mélange intéressant pour les démocrates quand les actuels favoris sont tous des septuagénaires. De plus, lors des primaires à New York avant l'élection au Congrès, elle avait battu Joe Crowley, considéré comme indéboulonnable dans cette région. Une preuve qu'elle n'a pas peur des gros morceaux. 

Qui va-t-elle soutenir ?

Ce prodige de précocité va donc désormais être très courtisé pour la primaire démocrate. Mais dans quel but ? Outre donner une simple consigne de vote, la jeune politicienne devrait participer aux meetings, comme le font les anciens présidents qui ne peuvent plus se présenter. Ainsi, Barack Obama avait par exemple milité pour Hillary Clinton lors de l'élection présidentielle de 2016. Sa présence sur internet assurera notamment une visibilité importante au candidat qu'elle choisira de soutenir. Mais il est compliqué d'anticiper exactement son comportement, car sa position est inédite dans la politique américaine : «c'est vrai que je n'ai pas d'exemple de jeunes phénomènes qui ne pouvaient pas se présenter en raison de leur âge malgré une telle aura», affirme Nicole Bacharan, historienne spécialiste de la politique américaine.

Avant cela, il lui faudra d'abord décider à qui elle apportera son soutien parmi les 17 candidats déclarés, car AOC ne l'a pas encore annoncé. «On pourrait supposer Bernie Sanders, car elle a déjà travaillé avec lui, mais il y a un calcul à faire pour savoir si c'est vraiment le bon candidat. Il y en a d'autres qui sont à très à gauche comme elle, mais qui sont plus jeunes», explique l'historienne.

Le 10 mai dernier, interrogée par un journaliste américain, elle affirmait que Bernie Sanders et Elizabeth Warren semblaient correspondre à sa vision du bon candidat. La prise de position n'est pas encore claire, mais sa décision finale devrait rapidement être connue, car les premiers débats télévisés, lançant véritablement la campagne, sont prévus pour juin 2019.

Direction la vice-présidence ?

Et si la «mode AOC» prenait une ampleur inattendue ? Jusqu'à la voir devenir une vice-présidente potentielle par exemple. Ce n'est pas impossible selon Nicole Bacharan : «elle peut représenter l'aile gauche des démocrates, les femmes, les latinos, les jeunes... Elle est inexpérimentée politiquement, mais cela s'est déjà vu, comme Sarah Palin, qui était sur le ticket de John McCain en 2009». Toutefois, cela dépendra une nouvelle fois de ses positions lors de la primaire, le vice-président étant choisi une fois le candidat démocrate validé. 

Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Alexandria Ocasio-Cortez n'a pas décidé de réfréner ses ardeurs se faire des amis. Alors qu'elle s'active pour faire voter un «Green New Deal», une loi proposant l'abandon total des énergies fossiles à court terme pour privilégier les énergies renouvelables, Joe Biden, l'actuel favori de la primaire démocrate, a lui affirmé qu'il souhaitait un plan plus modéré. Ni une ni deux, AOC s'empare de son téléphone et tweet : «nous ne résoudrons pas la crise climatique avec ce manque de leadership. Les vies de nos enfants sont en jeu». Pas sûr que l'intéressé appréciera et aura envie de la voir à ses côtés pendant le reste de l'élection, et potentiellement quatre ans de Maison Blanche.

Un discours d'AOC sur le Green New Deal, retweeté plus de 85 000 fois.

Plus que son inexpérience, c'est sa véhémence sur les sujets qui lui tiennent à coeur qui pourraient annihiler le scénario d'une vice-présidence. Un colistier doit en effet, dans l'idéal, représenter une autre frange du parti, pour rassembler le plus de personnes possible. Mais Joe Biden est tellement centriste qu'elle pourrait ne pas accepter de partager un programme modéré. D'un autre côté, elle est si proche des positions de Sanders ou Warren que le gain politique n'est pas nécessairement important pour eux. Son nom ne sera donc peut-être pas le premier nommé pour la vice-présidence, mais elle reste importante sur l'échiquier malgré tout. Après à peine un an en politique, Alexandria Ocasio-Cortez pourrait bien se muer rapidement en «faiseuse de rois», tout en continuant d'affirmer sa personnalité et ses opinions politiques. 

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