Etats-Unis : à un an de la présidentielle, la procédure de destitution de Trump cannibalise la campagne

La procédure de destitution n'a pas fini de faire les gros titres, puisque la Chambre des représentants a adopté ce jeudi une résolution approuvant l'enquête visant Donald Trump. La procédure de destitution n'a pas fini de faire les gros titres, puisque la Chambre des représentants a adopté ce jeudi une résolution approuvant l'enquête visant Donald Trump.[NICHOLAS KAMM / AFP]

Dans un an, le 3 novembre 2020, les électeurs américains se rendront aux urnes pour choisir le prochain locataire de la Maison Blanche. Mais alors que la campagne présidentielle devrait s'accélérer, celle-ci est éclipsée par la procédure de destitution visant Donald Trump, qui accapare tous les débats.

Un processus d' «impeachment» lancé le 24 septembre dernier par Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, à la suite d'une plainte d'un lanceur d'alerte, portant sur une conversation téléphonique entre Donald Trump et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky fin juillet. Au cours de celle-ci, le président américain aurait demandé à son homologue d'enquêter sur son rival démocrate Joe Biden, ancien vice-président de Barack Obama et candidat à la primaire pour 2020, et sur son fils Hunter, membre du conseil d'administration d'une société gazière ukrainienne entre 2014 et 2019.

Depuis, les auditions à huis clos de témoins par les élus démocrates se succèdent, en même temps que les révélations. Dernière en date : la retranscription de l'appel entre Trump et Zelensky serait incomplète, selon le lieutenant-colonel Alexander Vindman, premier témoin auditionné à avoir écouté la conversation téléphonique entre les deux présidents. Contrairement à ce qu'avait affirmé le chef d'Etat américain, selon lequel elle était intégrale, elle contiendrait au moins deux omissions : une sur Joe Biden et une sur Burisma, l’entreprise gazière ukrainienne qui employait le fils de l’ancien vice-président.

«La campagne présidentielle a pris un gros coup dans l'aile. Aujourd'hui, quasiment plus personne ne la suit aux Etats-Unis, à part quelques spécialistes. Car quand on parle politique américaine aujourd'hui, on parle d''impeachment' et pas de la campagne», note Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas, auteur de Et s'il gagnait encore ? (VA Press) et Joe Biden, le troisième mandat de Barack Obama (VA Press).

La primaire démocrate mise de côté

Ainsi, du côté démocrate, la campagne pour la primaire - dont le premier vote aura lieu le 3 février dans l'Iowa -, qui avait réussi à intéresser les foules avant le lancement de la procédure de destitution, peine aujourd'hui à exister. Et Jean-Eric Branaa de citer un exemple pour illustrer ce manque d'intérêt : «La candidate Elizabeth Warren (deuxième dans les sondages derrière Joe Biden, NDLR) a été attaquée dernièrement par ses rivaux sur le vide de ses propositions sur la santé. Elle a donc présenté un plan ce dimanche pour expliquer comment elle financerait ses mesures. Sauf que personne n'a repris cette information. Résultat, elle est en train de chuter dans les sondages, car les informations ne passent plus.»

Quant à Joe Biden, favori des sondages, il a lui aussi été emporté par la procédure d' «impeachment», à laquelle il est directement associé. L'ancien vice-président de Barack Obama doit désormais se défendre contre les attaques de Donald Trump - qui l'accuse d'être «corrompu» -, au risque de passer moins de temps à détailler son programme présidentiel.

Et cela ne devrait pas s'arranger à l'avenir, puisque la procédure de destitution visant Donald Trump a pris un nouveau tournant ce jeudi soir. Au cours d'un premier vote-clé, la Chambre des représentants a adopté une résolution donnant un cadre formel aux investigations et autorisant l'organisation d'auditions publiques. Ces dernières devraient être suivies par des millions d'Américains à la télévision, 49,2 % d'entre eux étant favorables à l'enquête visant le milliardaire républicain (contre 42,8 % défavorables) selon la moyenne des derniers sondages. Ce qui phagocytera encore davantage la campagne.

Une aubaine pour Donald Trump ?

Pire, si la Chambre des représentants vote la mise en accusation du président à l'issue des investigations, un procès aurait lieu au Sénat. «Tous les sénateurs devront y assister, de 13h à 21h, six jours sur sept. Or, parmi eux, il y a plusieurs candidats importants à la primaire démocrate : Elizabeth Warren, Bernie Sanders, Kamala Harris... Pendant tout le temps du procès, ceux-là ne pourront donc pas faire campagne», explique Jean-Eric Branaa. Et ce, alors même que la procédure d' «impeachment» a peu de chances d'aboutir, le Sénat étant à majorité républicaine.

Et qu'elle peut même être «une bonne chose» pour Donald Trump selon le spécialiste de la politique américaine. Si les sénateurs votent contre la destitution, le président américain «pourra faire campagne en disant qu'il a été innocenté du rapport Mueller (portant sur l'eventuelle collusion entre la Russie et l'équipe de campagne de Donald Trump durant la campagne présidentielle de 2016, NDLR), puis à nouveau innoncenté dans la procédure d''impeachment', ce qui va jouer dans la tête de beaucoup d'Américains», estime Jean-Eric Branaa. De quoi se demander si les démocrates ne se sont pas tirés une balle dans le pied avec cette histoire de destitution.

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