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Coronavirus : pourquoi la vaccination en Afrique peine à se lancer

La vaccination a commencé dans seulement une poignée de pays africains, parmi lesquels le Sénégal. La vaccination a commencé dans seulement une poignée de pays africains, parmi lesquels le Sénégal. [Seyllou / AFP]

Pendant que les campagnes de vaccination anti-Covid battent leur plein en Europe ou aux Etats-Unis, elles peinent à démarrer en Afrique. La faute surtout à un manque de doses disponibles.

Selon les données du site de référence Our World in Data, moins de 4 millions de doses de vaccins ont pour l'heure été injectées en Afrique, soit 0,3 pour 100 personnes. Seulement une dizaine de pays, parmi lesquels l'Afrique du Sud, le Maroc, l'Egypte et le Sénégal, ont commencé à vacciner leur population. A titre de comparaison, plus de 60 millions de doses ont déjà été administrées en Europe (dont un tiers rien qu'au Royaume-Uni) et 75 millions aux Etats-Unis.

La lenteur du démarrage de la vaccination en Afrique a ainsi été qualifiée d'«inexplicable et intolérable» par Emmanuel Macron mi-février, au cours d'une visioconférence avec des dirigeants du continent, le président français déplorant une «inégalité criante» entre pays pauvres et pays riches dans l'accès aux vaccins.

En effet, si les Etats africains vaccinent peu, ce n'est pas car ils ne le veulent pas, mais plutôt car ils ne le peuvent pas. Dans la grande compétition mondiale pour les vaccins, ils ont largement été battus par les pays les plus développés, qui ont eu les ressources financières pour précommander des milliards de doses de vaccins avant même la fin de leur développement. En décembre dernier, l'ONG Oxfam indiquait qu'un groupe de pays riches représentant 13 % de la population mondiale avaient déjà commandé la moitié des futures doses de vaccins. Certains Etats (Etats-Unis, UE, Royaume-Uni, Canada, Australie) ont même pré-réservé assez de doses pour vacciner plusieurs fois leur population.

Un «nationalisme vaccinal» dénoncé à plusieurs reprises par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ainsi que par le président sud-africain Cyril Ramaphosa fin janvier, fustigeant «les pays riches du monde qui accaparent (les) vaccins». A cause de cette politique, les Etats africains dépendent aujourd'hui largement de la générosité des pays riches, en particulier du système Covax. Co-fondée par l'OMS, cette initiative internationale pour les vaccins comporte un mécanisme de financement qui doit permettre à 92 économies à faible et moyen revenu d'avoir accès aux précieuses doses.

Le Ghana premier bénéficiaire de Covax

Si l'objectif de ce programme est de vacciner 20 % des Africains d'ici à la fin 2021 en fournissant 600 millions de doses au continent, celles-ci se font attendre. Le Ghana a reçu seulement la semaine dernière sa première livraison mondiale de vaccins financés par Covax, et a commencé seulement ce lundi sa campagne de vaccination, à l'instar de la Côte d'Ivoire. Le Nigeria réceptionnera lui mardi près de 4 millions de doses du vaccin AstraZeneca dans le cadre du même mécanisme.

A côté du système Covax, Emmanuel Macron a une autre idée pour que l'Afrique rattrape son retard dans la vaccination. Dans une interview au Financial Times le 18 février dernier, le chef d'Etat français a plaidé pour que les pays riches transfèrent 3 à 5 % de leurs doses en stock aux Etats africains. Lors d'une réunion du G7 le lendemain, il a aussi proposé que l'Europe et les Etats-Unis livrent «le plus vite possible» 13 millions de doses de vaccins à l'Afrique pour que le continent puisse vacciner ses 6,5 millions de soignants.

Ce geste fort de solidarité n'est pas exempt d'arrière-pensées géopolitiques, comme il l'a lui-même reconnu. Dans le Financial Times, Emmanuel Macron a critiqué le «guerre d'influence des vaccins» qui s'installe, mentionnant la «stratégie chinoise» et la «stratégie russe». Les deux puissances sont en effet jusque-là les deux plus gros fournisseurs de vaccins aux Etats africains, en l'absence des Occidentaux. Une manière pour Pékin et Moscou d'accroître leur influence sur le continent, en jouant sur la «diplomatie sanitaire».

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