Après plus d’une semaine de «maintenance», la Russie a rouvert le robinet de gaz vers l’Europe en redémarrant ce jeudi le gazoduc Nord Stream. Moscou garde toutefois la main sur cette «arme» indispensable pour éviter une crise énergétique cet hiver en Europe. D’après les premières informations, le débit est identique à celui d’avant la maintenance, autour de 40 % de ses capacités.
L’Europe n’aurait pas pu s’en passer. Ce jeudi 21 juillet, la Russie a affirmé avoir rouvert le robinet de gaz vers l’Europe en redémarrant le gazoduc Nord Stream. Après dix jours d'entretien annuel du pipeline qui relie directement les champs gaziers sibériens au nord de l'Allemagne, l'Europe s'était préparée à ce que Gazprom coupe le robinet pour de bon. Une situation dont elle aurait eu du mal à se relever.
«Il fonctionne», a déclaré un porte-parole de la société Nord Stream à l’AFP, en début de matinée. Les premières données publiées par l’opérateur allemand du réseau, montrent que le débit est identique à celui d’avant la maintenance, autour de 40 % de ses capacités.
Qu'est ce que le gazoduc Nord Stream ?
Le gazoduc Nord Stream relie la Russie au nord de l'Allemagne, via deux conduites passant sous la mer Baltique de 1224 kilomètres et d'une capacité totale de 55,5 milliards de m3 par an. Une fois le gaz réceptionné, Berlin réexporte 40% de la quantité reçue vers ses voisins européens, notamment la République tchèque et l'Autriche.
En 2021, environ 40 % des exportations de gaz russe vers l'UE passaient par Nord Stream. Le gazoduc achemine environ un tiers des 153 milliards de m3 de gaz achetés annuellement par l'UE. Opérationnel depuis 2011, il appartient au russe Gazprom, qui en détient 51 % des parts. Des énergéticiens européens (Eon, Wintershall, Gasunie et le français Engie) se partagent le reste du capital.
Approvisionnement insuffisant en Europe
Dans le contexte de la guerre en Ukraine et du bras de fer entre Moscou et les Occidentaux sur l'énergie, Vladimir Poutine utilise le gaz comme «une arme», avait de nouveau dénoncé ce mercredi la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen.
En outre, même un foncionnement à 40 % de la capacité totale sera insuffisant pour garantir l'approvisionnement des particuliers et des entreprises durant tout l'hiver. Pour éviter une crise majeure, la Commission européenne a proposé mercredi un plan visant à diminuer de 15% la demande de gaz à court terme, avec la possibilité de rendre cet objectif contraignant en cas d'urgence.
En Allemagne, principal client de Gazprom, des pénuries pourraient se produire dès février si le débit n'augmente pas, selon les évaluations de l'Agence fédérale des réseaux. Un arrêt des livraisons de gaz russe réduirait la valeur du PIB allemand de près de 5 points entre 2022 et 2024, a calculé le Fonds monétaire international (FMI).
Incertitude quant au futur débit
Or, Vladimir Poutine a laissé entendre cette semaine que le gazoduc pourrait ne fonctionner qu'à 20% de sa capacité dès la semaine prochaine. La faute, selon le président russe, à des turbines qui équipent le pipeline et dont la Russie a fait un nouvel instrument de pression sur les Occidentaux.
Une première de ces turbines, qui alimentent les stations de compression, vient de faire l'objet d'une réparation au Canada dans les usines du groupe allemand Siemens. Elle est encore en cours d'acheminement vers la Russie.
Une seconde turbine doit, selon Vladimir Poutine, partir en maintenance la semaine prochaine, ce qui est susceptible de diviser encore les livraisons par deux.
Le gaz comme arme politique
Les décisions de Gazprom sur les livraisons de gaz sont depuis le début jugées «politiques» par le gouvernement allemand, qui ne cesse d'accuser la Russie d'invoquer des problèmes de turbines comme «prétexte».
Si les pénuries de gaz sont craintes cet hiver, l'explosion du coût de l'énergie se fait déjà sentir, menaçant de récession les économies européennes qui se remettent à peine de la pandémie de Covid-19.
L'urgence est d'ailleurs déjà là pour le premier stockeur de gaz en Allemagne, et à ce titre plus gros client de Gazprom : le groupe énergétique Uniper risque la faillite s'il ne reçoit pas à très court terme une aide de l'Etat.
Il doit, faute de gaz russe, faire ses achats sur un marché où les prix ont explosé. Une entrée de l'Etat au capital devrait être annoncée, Berlin craignant des effets en cascade comparables à un «Lehman Brothers» de l'énergie en cas de faillite du groupe.
![L’approvisionnement en gaz russe représente 15% des importations de gaz aux Pays-Bas, contre 40% en moyenne au sein de l’Union européenne. [Ina FASSBENDER / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/000_32cv284-taille1200_62b1a35ef3631.jpg?itok=1oS2p3K2)