Le président russe Vladimir Poutine a décrété cette année l'organisation du concours international de chansons baptisé «Intervision» pour concurrencer le concours Eurovision. Le finale se tiendra ce 20 septembre à Moscou.
La Russie ayant été exclue du très regardé concours de l'Eurovision après son invasion de l'Ukraine il y a près de trois ans, le président russe Vladimir Poutine a manifesté son souhait de relancer l’Intervision, un concours international de chanson très populaire du temps de l’URSS.
Un décret présidentiel a ainsi cette année prévu la tenue de cet événement du 10 au 20 septembre à Moscou et dans sa région, pour «développer davantage la coopération internationale dans le domaine de la culture et de l'humanitarisme».
Le projet revêt une importance politique majeure, compte tenu des premières nominations de Vladimir Poutine, dont celle du vice-Premier ministre Dmitri Tchernychenko à la tête du comité d'organisation et celle du conseil de surveillance du concours, confiée à l'influent chef adjoint de l'administration présidentielle Sergueï Kirienko.
Organisé dans les années 1960 et 1970, le concours de chant Intervision se déroulait principalement avec des pays du bloc de l'Est, dont la Pologne et la Tchécoslovaquie. Mais d'autres pays y ont également participé.
Depuis la chute de l'URSS, la télévision russe a diffusé plusieurs émissions du même nom à plus petite échelle, souligne l'AFP. Le projet de relancer le concours dans son ampleur d'antan était revenu sur la table en 2014 - cette année-là la participation du travesti autrichien Conchita Wurst à l'Eurovision avait été vivement critiquée en Russie - mais ne s'est pas concrétisée depuis.
Pour mémoire, avant d’être bannie du concours en 2022, la Russie a participé à l'Eurovision de 1994 à 2021. Elle l’avait remporté en 2008 avec Dima Bilan et son morceau «Believe» et, comme le veut la tradition, le concours avait été organisé l’année suivante en Russie, plus précisément dans le stade olympique de Moscou.
Concours miroir des relations entre l’Ouest et l’Est
L’initiative de Vladimir Poutine de faire renaître le concours «Intervision» cette année s’inscrit en fait dans l’histoire tumultueuse des relations entre l’Ouest et l’Est. Comme l’avait expliqué le chercheur Dean Vuletic de l'université de Vienne, interrogé en 2015 par l’AFP, et pour qui «L'Eurovision a représenté un formidable miroir des relations entre l'Ouest et l'Est durant la Guerre froide».
Le concours de l'Eurovision - qui reste aujourd’hui marqué par les considérations géopolitiques malgré le caractère officiellement «apolitique» - avait en effet été lancé en 1955 par les télévisions publiques occidentales, et lorsqu’en 1961 la Yougoslavie avait rejoint le programme, c’était apparu comme un geste fort d'indépendance de Tito, étant donné que l’URSS avait alors son propre concours, «Intervision».
A la chute du Rideau de fer, les anciens pays du bloc soviétique avaient rapidement adhéré à l'Eurovision, a aussi relevé le chercheur Dean Vuletic pour l’AFP. «C'était la première organisation occidentale que les anciens pays communistes pouvaient rejoindre» immédiatement, avait-il analysé, soulignant que l’intérêt de ces pays pour le concours avait par la suite décliné à mesure qu'ils intégraient des structures comme l'Otan ou l'Union européenne.
Une vingtaine de pays ont confirmé leur participation à l'Intervision 2025 dont des alliés (Bélarus, Arménie, Kazakhstan) et partenaires (Chine, Inde, Brésil, Iran) traditionnels de la Russie.
Vingt seront représentés ce 20 septembre, pour le grand final dont Cuba, la Biélorussie, le Kirghizistan, le Venezuela, Cuba, le Qatar, le Kazakhstan et les Etats-Unis.