En Indonésie, au Népal, aux Philippines et même en France, le drapeau du célèbre manga «One Piece» s'est érigé ces derniers mois en symbole de protestation de la jeunesse à travers le monde.
Une nouvelle ère. Orné d'un crâne souriant coiffé d'un chapeau de paille à ruban rouge, le pavillon noir de l'équipage de pirates dans la célèbre bande dessinée japonaise «One Piece» a dépassé les frontières de la fiction pour devenir un emblème de résistance pour la jeunesse.
«Même si nous avons des langues et des cultures différentes, nous parlons le même langage d'oppression. Nous voyons le drapeau comme un symbole de libération contre l'oppression… et nous devons toujours lutter pour l'avenir que nous méritons», a déclaré au Guardian Eugero Vincent Liberato, 23 ans, jeune diplômé impliqué dans l'organisation des manifestations à Manille (Philippines).
La culture populaire au cœur des revendications
Le dimanche 21 septembre, des dizaines de milliers de Philippins sont descendus dans les rues afin de protester contre la corruption présumée du gouvernement. Selon les allégations, des législateurs et fonctionnaires auraient touché des millions de pesos philippins en pot-de-vin ces deux dernières années pour des faux projets de secours contre les inondations.
«Pour chaque peso qu'ils nous volent, ils nous volent notre avenir et celui des générations futures. Dire que les jeunes sont en colère serait un euphémisme. Ils sont furieux», a ajouté Eugero Vincent Liberato, alors que le «Jolly Roger» du manga flottait dans la foule.
Les jeunes manifestants se sont toujours emparés des références à la pop culture pour exprimer leur opposition aux autorités. Le salut à trois doigts apparaissant dans la saga «Hunger Games» a, par exemple, été adopté ces dernières années en Thaïlande et en Birmanie comme symbole pro-démocratique contre les régimes militaires. En 2020, des protestataires thaïlandais ont fait référence à la franchise «Harry Potter» durant les contestations contre la monarchie.
Une symbolique forte
Très populaire en Indonésie, au Népal et aux Philippines, «One Piece», l'œuvre d'Eiichiro Oda s'est naturellement imposée comme un emblème, amplifié par les réseaux sociaux.
Le manga raconte l'histoire de Luffy, un jeune homme au corps élastique déterminé à devenir le roi des pirates, en découvrant le trésor légendaire, le «One Piece», avec son équipage de pirates, dit «l'équipage de Chapeau de paille».
Lors de son épopée initiatique, le protagoniste est confronté aux grands maux du monde, à l'instar de l'esclavagisme, le racisme, la xénophobie, la corruption et les désastres écologiques, etc.
Au fil de l'histoire, le drapeau va représenter bien plus que son identité sur les mers, mais son rêve de liberté absolue et son combat contre le gouvernement mondial. En outre, il illustre également le lien indéfectible qui les unit les uns aux autres.
«One Piece» est devenu le manga le plus vendu au monde et la série la plus vendue au monde dessinée par un seul auteur, avec plus de 500 millions d'exemplaires imprimés dans le monde. Fort de son succès, il a été adapté en série et films d'animation, en jeu de cartes, etc.
Le Népal face à la corruption politique et au népotisme
Des valeurs que les protestataires indonésiens, lors des manifestations meurtrières contre les privilèges jugés excessifs des politiciens début septembre se sont emparées, provoquant l'indignation des autorités. Un député a dénoncé une tentative de division nationale, tandis qu'un autre a estimé que son utilisation pourrait s'apparenter à une trahison.
Après que des personnes ont été ciblées par les forces de l'ordre à cause du fameux étendard, Amnesty International a averti que de telles actions violaient la liberté d'expression.
Ce même mois, le drapeau a été déployé sur les portes dorées du Parlement népalais au cours des manifestations de la «génération Z», les personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, parmi les plus importantes depuis des décennies, déclenchées par l'interdiction des réseaux sociaux et la colère face à la corruption politique et au népotisme.
Et la France n'a pas échappé au phénomène «One Piece», puisque le pavillon pirate est apparu sur des pancartes brandies pendant les mouvements sociaux de la rentrée à travers le pays.
«Un avenir viable»
À Toulouse (Haute-Garonne), durant la journée intersyndicale du 18 septembre, il était dessiné sur une bannière siglée «Bloquons tout», en référence à la mobilisation survenue la semaine précédente. Durant cette dernière, le 10 septembre, il était présent à Orléans (Loiret), sur une affiche à Morlaix (Finistère), ou encore, collé près d'un lycée bloqué, toujours à Toulouse.
«Ça représente la liberté pour tous. Dans One Piece y a des transgenres, des gays, des peuples oppressés… L'équipage de Luffy se bat pour eux, pour les minorités», a expliqué Nora, 20 ans, étudiante en langues étrangères, dans la manifestation parisienne au Monde.
Bien que les revendications varient selon les pays, le combat semble rester le même, à savoir «celui d’un avenir viable», selon Eugero Vincent Liberato.