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Régime d'état d’alerte, lutte anti-drones, renseignement dans l'espace… Comment la France va investir 10 milliards d’euros supplémentaires pour se préparer à la guerre

La volonté de l'exécutif est d'étoffer la loi de programmation militaire au regard du contexte international actuel. [Thibaud MORITZ / AFP]

Présentée en Conseil des ministres mercredi, l’actualisation de la loi de programmation militaire, qui octroie 10 milliards d’euros supplémentaires sur deux ans aux armées, permet à la France un réarmement massif, dans le contexte d'une guerre qui frappe aux portes de l'Europe. 

«Dans un monde dangereux et instable, pour être libre, il faut être craint». Ce sont les mots d'Emmanuel Macron, prononcés le 2 mars dernier, depuis la base de l'Île Longue, sanctuaire de la dissuasion nucléaire française, qui abrite les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) de la Force océanique stratégique, face à Brest (Finistère). Des mots qui rappellent l'urgence d'un réarmement, alors que les théâtres de guerre se multiplient, de l'Ukraine au Moyen-Orient

Après avoir annoncé l’augmentation du nombre de nos têtes nucléaires et de nos missiles, le rehaussement de toutes nos capacités offensives et défensives, maritimes et d'aviation, ainsi que leur coordination avec des partenaires européens, le président de la République - et chef des armées - a sommé son équipe gouvernementale de financer ce grand projet de réarmement pour se préparer à la guerre. L'objectif : étoffer la loi de programmation militaire au regard du contexte international actuel. 

En Conseil des ministres, le gouvernement a donc présenté sa feuille de route : 3,5 milliards d’euros supplémentaires cette année et 6,5 milliards d'euros en 2027, le tout axé sur les besoins les plus criants : les munitions, de tout type, la lutte anti-drones, la défense sol-air et le renseignement dans l’espace. Des moyens supplémentaires et du renforcement matériel, mais pas de développement capacitaire : le volume de Rafale, chars et frégates ne sera pas augmenté, a confirmé l'exécutif. 

Régime d'alerte et de sécurité nationale

En dehors du renforcement matériel, le projet de loi prévoit l’instauration d’un «régime d’état d’alerte et de sécurité nationale» en cas de menace grave. Il s’agit d’un dispositif «intermédiaire» qui permet de répondre aux besoins d’une crise de manière graduée, sans devoir instaurer l’État d’urgence, utilisé par le passé dans des situations critiques, en 2015 après les attentats et pendant la crise sanitaire en 2020.

Considéré comme un outil supplémentaire de gestion de crise pour le chef de l'État, seul à même de le décréter, il vise aussi à «alléger la réglementation en vigueur», via des mesures dérogatoires strictement encadrées. L’État pourra, par exemple, ordonner aux «opérateurs d’importance vitale» (EDF, la SNCF, entreprises de pétrochimie...) l’acquisition de stocks stratégiques, suffisants pour tenir plusieurs mois dans un contexte de guerre.

L’objectif est de recenser et de stocker nos approvisionnements stratégiques en urgence afin de pouvoir maintenir l’activité en cas de rupture du commerce mondial. Une situation qui semblait fictive par le passé, mais qui paraît d'autant plus plausible aujourd’hui compte tenu des derniers développements en Iran, notamment au regard du blocage du détroit d'Ormuz, qui a paralysé l'économie mondiale. 

Un arsenal législatif et matériel qui traduit la volonté de l’exécutif de faire face à un «choc majeur» dans «trois ou quatre ans», à horizon 2030, c’est-à-dire l’implication réelle et concrète de la France dans un conflit à venir, comme l'avait annoncé le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, l’an dernier.

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