Une vingtaine d’années après son essor en France, Julien Brécard, joueur professionnel français et ambassadeur PokerStars, estime que le poker continue de susciter un vif intérêt dans l’Hexagone malgré un manque de médiatisation et veut même croire à des jours encore meilleurs dans un avenir proche.
Vingt ans après son «explosion», l’engouement autour du poker est-il toujours aussi important en France ?
Je le trouve toujours très important, mais il est un peu différent. Les gens vont toujours jouer au poker pour l’adrénaline, l’appât du gain, etc. Mais le poker a beaucoup évolué depuis 2005. Il y a eu une vraie professionnalisation de la discipline avec des joueurs dotés d’un très bon niveau et qui travaillent énormément leur jeu. Même s’il existe bien évidemment toujours des joueurs qui continuent à jouer pour le plaisir et à gagner plus ou moins leur vie grâce au poker. Cela représente une bonne majorité des joueurs.
Mais pensez-vous que les gens s’y intéressent toujours autant ?
C’est difficile à dire et à quantifier. C’est vrai qu’il est peut-être moins à la mode et que tout le monde n’a plus sa mallette de poker à la maison comme à une certaine époque. Mais on bat très régulièrement des records d’affluence lors des événements organisés en France, surtout depuis la fin de la crise sanitaire durant laquelle il y a eu un regain d’intérêt pour le poker. Et je pense qu’on est actuellement dans une bonne période pour le poker en France, avec des chiffres très satisfaisants, que ce soit sur internet ou en live avec notamment de très beaux événements comme les WSOP à Las Vegas, qui attirent beaucoup de monde, ou les EPT, comme celui de Monte-Carlo.
On attend toujours ce joueur qui permettrait au poker d’être plus médiatisé
On parle souvent du poker en évoquant ses côtés négatifs. Mériterait-il d’être plus valorisé ?
Je ne peux évidemment pas dire le contraire. Ça va faire plus de 20 ans que je suis dans le monde du poker et pour moi, je le dis avec beaucoup de sincérité, c’est le plus beau jeu de stratégie qui existe. Donc oui, je pense qu’il y aurait clairement moyen d’intéresser les gens par beaucoup d’aspects, aussi bien en termes de stratégies, de calculs, d’observations, d’empathie, de relationnel, de réflexion entre autres… Par exemple, je pense que le calcul des probabilités, c'est quelque chose de très important dans plein de domaines de la vie.
Regrettez-vous qu’il soit beaucoup moins médiatisé que par le passé ?
Clairement. Il y a encore une dizaine d’années, il y avait des émissions tout le temps, sur plusieurs chaînes de télévision. Ce n’est plus du tout le cas maintenant et c’est forcément regrettable. Surtout que je pense qu’une émission aurait complètement sa place aujourd’hui à la télévision, même en prime time et non pas en 2e ou 3e partie de soirée comme par le passé. Mais il faudrait trouver un concept ou un format plus télévisuel. Mais il y a assurément quelque chose à faire. Et si le poker est moins médiatisé, c’est aussi parce qu’on n’a pas réussi à «starifier» les meilleurs joueurs.
Justement, le poker français ne manque-t-il pas d’une tête d’affiche comme Patrick Bruel à une certaine époque ?
Je suis complètement d’accord. On a eu Patrick il y a 20 ans, puis Elky (Bertrand Grospellier, ndlr), qui avait un peu repris le flambeau même s’il n'a évidemment pas la même renommée auprès du grand public. Aujourd’hui, on a beaucoup de joueurs très forts, parmi même les meilleurs du monde. Mais on attend toujours ce joueur qui permettrait au poker d’être plus médiatisé comme dans d’autres disciplines.
[ #LIVE ] Patrick Bruel en lice sur le Day 1B du Main Event à 5300€ de l’EPT Monte-Carlo !
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Copyright : PokerStars pic.twitter.com/5kfSyL8Dn2— L'Amateur de Poker (@jetonsethommes) May 5, 2025
Qui pourrait être en quelque sorte ce porte-drapeau du poker français ?
Je vais en citer trois assez naturellement en commençant par Alexandre Reard, qui est, pour moi, le meilleur joueur français du moment. C’est quelqu’un de posé et qui gère sa carrière un peu en bon père de famille. Je vais également citer Thomas Santerne, qui a la plus belle trajectoire de ces trois dernières années. Et puis, pour finir, une femme avec Cécile Ticherfatine, qui pourrait aussi montrer à quel point les femmes peuvent être rayonnantes dans ce milieu. Je pense qu’on a vraiment de quoi faire et que ce n’est qu’une question de temps.
Est-ce que la France ne pâtit pas d’un manque d’évènements à l’échelle mondiale ?
Pendant quelques années, cela a été le cas. Mais il y a désormais l’EPT Paris, organisé au Palais des Congrès qui n’a malheureusement pas pu avoir lieu au mois de février à cause de la loi de finances, qui avait été retoquée. Mais on prévoyait honnêtement des chiffres incroyables, sachant que Paris a déjà été, lors de la 2e édition en 2024, l’EPT avec la plus grande affluence en dehors de Barcelone. On a réussi à se placer devant toutes les autres villes comme Prague, Londres, Dublin, qui ont pu organiser des EPT par le passé. Et le Palais des Congrès offre même la perspective de battre l’affluence de Barcelone. L’EPT Paris pourrait ainsi devenir cet événement qui guide le poker français et le fasse rayonner au niveau international. Et cela pourrait donner encore un nouveau souffle au poker en France.
Le poker a donc encore de beaux jours devant lui en France ?
Oui surtout qu’on a aussi la chance d’avoir beaucoup de Français qui sont placés à des postes stratégiques comme Grégory Chausson (directeur des World Series of Poker), Hermance Blum (vice-présidente du World Poker Tour) ou encore Cédric Billot sur les European Poker Tour. Les meilleurs croupiers sont Français et on est parmi les meilleures nations du monde. Donc je pense que le poker a encore de très beaux jours devant lui en France.