À Miami, Carlos Alcaraz n’y arrive plus. Éliminé au troisième tour par Sebastian Korda, l’Espagnol confirme son malaise en Floride, un an après une sortie prématurée dès son entrée en lice. Plus qu’une simple contre-performance, c’est une forme de lassitude qui affleure.
Le soleil de Miami n’éclaire plus vraiment Carlos Alcaraz. Ou plutôt, il semble désormais se projeter sur lui une ombre persistante, presque inexplicable. Miami n’est plus pour l’ogre espagnol une escale radieuse mais un rendez-vous manqué, répété, entêtant et déroutant.
Dimanche, sur le ciment du Hard Rock Stadium, l’Espagnol a chuté dès le troisième tour du Masters 1000 de Miami, dominé par Sebastian Korda en trois manches (6-3, 5-7, 6-4). Un match où l’Espagnol n’a jamais semblé totalement habiter son tennis.
Ce n’est pas tant la défaite qui interroge, elle n’est que la deuxième de sa saison, mais sa résonance. Car à Miami, le septuple lauréat en Grand Chelem ne perd plus seulement des matches : il s’égare. L’an dernier déjà, il avait quitté la scène dès son entrée en lice, balayé par le vétéran Belge David Goffin. Douze mois plus tard, l’histoire se répète.
Le mystère Miami
Une anomalie d’autant plus étonnante qu’il avançait dans ce millésime 2026 avec une assurance déconcertante, auréolé du Grand Chelem en carrière après son sacre à l’Open d’Australie et sur une série de 16 victoires consécutives (stoppée contre Daniil Medvedev en demi-finale d’Indian Wells).
THE MOMENT SEBASTIAN KORDA BEAT CARLOS ALCARAZ IN MIAMI
Biggest win of his life
At 25 years old… he’s had so many injuries, he hasn’t been allowed to fulfill his massive potential
He’s letting nothing hold him back
Unreal talent ready to thrive 🇺🇸🥹
pic.twitter.com/lx4fjJy4NM— The Tennis Letter (@TheTennisLetter) March 22, 2026
Sur le court, l’intensité était là par séquences, presque par réflexe. Mais l’étincelle, elle, vacillait. Face à un Sebastian Korda inspiré, précis dans les moments clés, Carlos Alcaraz a semblé jouer à contretemps, comme si son tennis avançait sans son âme.
Une lassitude loin d’être inhabituelle
Plus que la défaite, c’est l’après qui frappe. Le regard. Le ton. Les mots. Dans les couloirs du stade, Alcaraz n’a pas cherché à masquer une fatigue plus profonde que physique. Une fatigue intérieure. Comme un joueur en décalage avec lui-même. Très tôt dans la deuxième manche, et alors qu'il avait perdu la première, l'Espagnol a vite admis que son seul objectif était... de faire illusion.
Je n'en peux plus, je veux rentrer chez moi
«C'est juste pour que ça paraisse mieux, a-t-il confié dans sa langue natale en s'adressant à son coach Samuel Lopez, dans son box. Pour que ça fasse 6-3, 6-4 ou 6-3, 7-5, quelque chose comme ça». Et lorsque son entourage a tenté de le remotiver, en lui réclamant de se battre jusqu'au bout, Alcaraz semblait lessivé : «Je n'en peux plus, je veux rentrer chez moi, mec. Je n'en peux plus, je n'en peux plus», a-t-il répété. Un constat sans appel que le gamin d’El Palmar avait déjà formulé au sortir de sa tournée américaine… L’an dernier.
«Là, tout ce que j'ai à l'esprit, c'est de déconnecter, a-t-il soufflé en conférence de presse. Prendre quelques jours libres, recharger les batteries pour être en forme et préparé pour la saison sur terre. J'ai besoin de retrouver le désir de jouer», a reconnu celui qui incarne pourtant l’énergie, la spontanéité, la joie presque enfantine sur un court.
Une pause, puis la terre battue
Ce tournoi agit désormais comme un révélateur. Là où ailleurs il déroule, impose, survole, ici Alcaraz doute. Ici, il se cherche. Le jeu se tend, les intentions se brouillent, l’énergie se dissipe, sans réelles raisons. Après la défaite, le discours s’oriente vers la pause. Couper. Respirer. Revenir autrement.
«J'ai hâte de passer quelques jours à me détendre avec ma famille et mes amis, a-t-il glissé en conférence de presse. Je ne sais pas combien de jours de repos mon équipe va m'accorder. Mais je reprendrai ensuite la routine et l'entraînement car la saison sur terre battue approche et j'ai hâte d'y être».
Car oui, le calendrier, lui, n’attend pas. La terre battue approche. Un terrain familier voire un refuge pour le Murcien. Là où Carlos Alcaraz redevient souvent irrésistible. L’an dernier déjà, cette coupure avait agi comme un déclic avec un éclatant retour à Monte-Carlo. Reste à savoir si, cette fois encore, elle suffira à dissiper ce blues floridien.