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Carlos Alcaraz-Jannik Sinner : une finale de rêve pour une couronne princière au Masters 1000 de Monte-Carlo

Les deux joueurs affichent exactement 1.651 points chacun remportés lors de leurs confrontations sur le circuit principal. [Corinne Dubreuil / Icon Sport]

Après s'être évités pendant quatre mois, Carlos Alcaraz et Jannik Sinner se retrouvent, ce dimanche, pour la première fois de la saison en finale du Masters 1000 de Monte-Carlo. Le titre est en jeu. La place de n°1 mondial aussi.

Il y avait quelque chose d'un peu contre-nature dans ce début de saison. Deux monarques régnant sur le même empire, mais évoluant dans des couloirs parallèles, sans jamais se croiser. Carlos Alcaraz et Jannik Sinner avaient traversé cinq tournois communs en 2026 sans qu'aucun d'eux ne tende la main à l'autre dans le tableau. Une anomalie, presque une frustration. Monte-Carlo vient y mettre fin. 

Ce dimanche, sur le court Rainier III, suspendu entre ciel azuréen et Méditerranée, les deux hommes qui se partagent le monde du tennis depuis près de deux ans vont enfin se retrouver. Pour la 17e fois. Comme si chaque saison avait besoin de son baptême du feu. Parce que la vie fait parfois bien les choses, pour se faire pardonner de cette attente, l'acte I de la saison, une finale, évidemment, va se doubler d'un autre enjeu : la place de n°1 mondial. Ainsi le retour des rois s'accompagne-t-il de celui de la couronne.

Une finale à deux titres 

Carlos Alcaraz, n°1 mondial et tenant du titre à Monte-Carlo, occupe le sommet du classement sans interruption ou presque depuis sa victoire à l'US Open face à Jannik Sinner en septembre dernier, sa 66e semaine à cette position. Mais la situation est instable, et l'Espagnol le sait. Il doit défendre pas moins de 3.300 points sur l'ensemble de la saison sur terre, à commencer dès la semaine prochaine à Barcelone où il avait atteint la finale en 2025. 

De l'autre côté du filet, l'Italien n'a que 1.950 points à défendre sur toute la saison sur ocre, et aucun jusqu'à Rome en mai. La mécanique du classement travaille inexorablement pour lui. Le n°1 mondial lui appartient de droit, tôt ou tard. Pour se donner le droit de ravir à l’Espagnol son trône, l’Italien a liquidé Alexander Zverev en 81 minutes lors de la demi-finale sur un score sans appel (6-1, 6-4). Une démonstration qui dit tout de l'état de forme du n°2 mondial en ce moment.

Sinner, une machine en quête du dernier joyau 

Le Transalpin reste sur 21 victoires consécutives en Masters 1000, et a remporté 42 de ses 43 derniers sets dans cette catégorie de tournois. Mieux encore : il devient seulement le quatrième joueur de l'histoire à atteindre la finale des trois premiers Masters 1000 de la saison, après Roger Federer en 2006, Rafael Nadal en 2011 et Novak Djokovic en 2015. La compagnie est choisie. 

Du côté de Carlos Alcaraz, le chemin fut plus sinueux. En demi-finale, il a dû se défaire de Valentin Vacherot, le héros local, devant un public acquis à sa cause. Le Monégasque avait successivement écarté Musetti, Hurkacz et De Minaur avant de céder face au tenant du titre (6-4, 6-4). Valentin Vacherot avait même pris l'avantage dans le second set, menant 4-3 avant que le gamin d'El Palmar ne remporte trois jeux d'affilée. L'Espagnol a su souffrir. Et cette capacité-là pourrait compter dimanche. 

En atteignant sa 10e finale en Masters 1000, Carlos Alcaraz est devenu l'un des trois seuls joueurs à avoir accompli cela avant 23 ans, aux côtés de Rafael Nadal et Novak Djokovic depuis la création du format en 1990. 

Une rivalité hors normes 

Les statistiques de leur duel n'appartiennent pas au registre ordinaire. Carlos Alcaraz mène 10-6 dans l'ensemble de leurs confrontations, ayant remporté sept de leurs neuf dernières rencontres. Sur terre battue spécifiquement, l'avantage est encore plus net : 3-1 pour le septuple vainqueur en Grand Chelem, et 2-0 dans leurs finales de Masters 1000. Pourtant, les chiffres bruts masquent une réalité plus subtile. 

Les deux joueurs affichent exactement 1.651 points chacun remportés lors de leurs confrontations sur le circuit principal. Vertigineux. Une symétrie presque surnaturelle, qui prouve à quel point chacun de leurs matchs se joue sur le fil, dans des espaces infimes. 

Une répétition générale pour Paris ? 

Monte-Carlo, c'est bien. Mais dans l'esprit des deux protagonistes, ce duel est aussi et surtout une mise en bouche pour Roland-Garros. Jannik Sinner lui-même l'a dit sans détour : retrouver Carlos Alcaraz sur terre avant Paris lui permettra de mesurer son vrai niveau sur cette surface, d'identifier ce qui reste à perfectionner. Une finale comme un instrument de mesure. 

Carlos Alcaraz, lui, l'a confessé : il a regardé tous les matchs de son rival pendant la semaine. Il sait. «Si je ne me trompe pas, ce sera notre 17e confrontation, donc je crois pouvoir dire que je le connais plutôt bien», a-t-il glissé. La connaissance mutuelle est totale, presque intime. Ce qui rend chaque rencontre d'autant plus fascinante : impossible de surprendre l'autre par le fond. Seule l'exécution tranchera.

Qui va l'emporter ? La question se pose, et l'honnêteté commande de ne pas y répondre avec trop d'assurance. Carlos Alcaraz a la supériorité statistique sur terre, le titre à défendre, la science de l'ocre. Jannik Sinner a la dynamique d'un homme en état de grâce absolue, une machine parfaitement huilée, et la faim de celui qui n'a jamais encore goûté au trophée monégasque.

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